(c) Bill Domonkos

derrière l'œil
il y a un autre œil
un peu ivre, un peu vacillant
un œil lubrique, un œil injecté de sang
un œil qui gratte
qui flatte, qui claque
un œil supersonique,  un œil super bionique
qui te pense cher lecteur
dans ton simple appareil
dans ta nudité folle
dans tes ah, dans tes oh, tes mon dieu que c'est beau
tes regards de côté, ai-je bien fait d'apprécier ?
un œil qui aligne petites sottises et grandes vérités
ou le contraire
sûrement le contraire
car où mène l’œil qui pense
qui parle
avec sa gelée molle - nulle part
un œil nombril autour
duquel tout tourne
qui d'ailleurs tourne en rond
qui s'en fout, qui en joue
qui bande - rien d'inédit
jusqu'à finir aveugle dans le noir de l’écran
(c) Mikael Aldo

         

































"[...] Tu m'avais dit dès le début des mutations sauvages, que nous n'en réchapperions pas. Que tu préférais mourir en hurlant avec des milliers d'autres sur un pauvre radeau, qu'avaler sans rien dire la poussière métallique qui pleuvait matin et soir. Tu me l'avais dit, répété, soir et matin. Tu n'attendrais pas l'obscurcissement de l'horizon. Il n'y avait plus d'espoir, mais tu préférais te le dire en marchant. Et tu avais quitté la cage où nous tournions en rond depuis des mois, des années... des siècles peut-être. Nous courrions comme des chiens derrière leur queue, langue pendante derrière l'appendice zinzolin qui s'agitait frénétiquement sous notre nez. Une idée, des lettres, des mots que nous ne parvenions plus à assembler.

Tous les jours, jusqu'à l'heure précise où le soleil s’abîmait dans le fleuve, je parcourais la ville dans tous les sens, mon regard se heurtant à d'autres fantômes parcourant la ville dans tous les sens. Combien étions-nous encore à croire que quelqu'un viendrait nous sauver ?[...]"

extrait de mon texte publié dans Zinzoline n°9
"Z#9 : c'est tout frais
Le neuvième numéro de Zinzoline vient de sortir du four.
Il est tout chaud et croustillant grâce à Éric Babaud, Daniel Barbé, Émilie Baudrais, Alain Bergeon, Edwige Bertaudon, Angelo Bote, Laurence Bucourt, Angèle Casanova, Thomas Chéronnet, Franck David, David de Souza, Marianne Desroziers, David Escarpit, Simone Hick, Véronique Joyaux, Nadu Marsaudon, Murièle Modély, Maria Morisot / Moan Lisa, Christophe Pilard, Henri Plandé, Christophe Sartori , Alice Scaliger, Olivier Seguin, Lucie de Syracuse, Jacques Taris, Marlène Tissot, Olivier Ulivieri, Pierre Verny."
- avec un texte by myself ‪#‎ecrituresouscontrainte‬
(c) Mikael Aldo

les mots sont sur la page ou la peau
tout à fait factuels
sortir de la maison est un fait
s'entasser dans le métro est un fait
regarder avec insistance, éviter les regards tout aussi insistants
sont des faits
ne rien comprendre au bordel de la ville est un fait
y ôter deux lettres, mais ne pas saisir pour autant ce qu'est
la vie est un fait
marcher vite est un fait
penser court est un fait
aligner des phrases sans queue ni tête est un fait
semer la métaphore, cultiver, jouir de la peur
des mots
sont des faits
parler pour ne
rien dire
ne faire
que faire
la langue souvent est aussi sèche que la tête


(c) Tiina Kivinen

Le bonheur

à la fenêtre
tu
pauses
les yeux noyés
dans le bol de crème
derrière la vitre
la grande bleue
à ton oreille
les abeilles
dans l'un
ou l'autre
de tes ventricules
tu
rêves
un carré de ciel jaune
dans les cheveux



Voilà c'est fait, j'ai acheté l'économe :
Son manche est noir, sa lame est aiguisée, ses promesses infinies
Les soirées à venir seront longues et vibrantes, à éplucher en chœur nos désirs
À mettre à nu sous l'écorce des jours, sous les strates verticales du quotidien
Sous la monotonie grasse sur tes hanches et tes reins, l'aigu des chairs

Crois-moi, cela ne fait pas mal, de raboter un peu le sentiment 
Maintenant, tends les joues, les fesses, allonge tes deux bras
Laisse moi faire, découper en lamelles l'épiderme et le derme

Regarde, ne crie pas, c'est tout joli, ces bouts de toi, de moi
Dans le lit nous appellent, regarde comment j'épelle, pèle
Notre  a m o u r  en miettes


la grenade est le crâne, la mémoire est le fruit
qui doucettement décomposent au fond de l'assiette

qui doucettement  exhalent des sucs âcres
baignent dans cet oubli où des insectes grouillent

on entend les élytres vibrer contre le cuir chevelu
on entend les frottements saccadés déchirer la longue cicatrice

sur nos visages, des mofettes s'exilent
des fumerolles font des dégâts  irréversibles

c'est ainsi que sur la table giclent nos souvenirs
sur la page, des souvenirs
car il est impossible d'user du nous quand il s'agit de tout reconstruire

les images qui me
qui nous reviennent
sont incomplètes, incomprises

tu me regardes et je m'épelle
je t'observe et te rappelle
au cœur de la phrase

chaque grain rose, sucré dissimule en son sein
un ciel bleu et violet, des nuages orangés
la peau flétrie d'enfance

dans le poème, le passé affabule
tout fleure nos absences
les mots nous recommencent



tu ne peux pas nommer                    tu n’as jamais pu
ce que tu éprouves ~
pour l'homme
à tes côtés

à chaque fois que son regard           le regard
se pose ^
sur une partie
de ton corps

n’importe laquelle tu sens               tu as toujours senti
dans un
repli >
de chair <

tu ne sais comment dire                 ton corps
le sentiment qui rampe - -
dans ta poitrine
le haut-le-cœur °

son corps                                         tu n’as jamais su
plié en quatre
à chaque
)) inspiration (( expiration

la peau qui se dilate
au creux () de tes poumons ( )
(c) Anka Zhuravleva

il faut rester à la surface
ne pas songer à du second degré 
 - l'expression te donne la chair de poule
il faut rester sur la croûte des mots
se contenter de leur lécher la peau
c'est âcre
acide
plus souvent insipide
tu fermes les yeux
avales
regardes l'homme gonflé à bloc
expulser par son orifice ad hoc 
- le bel églefin t'enfume
une sentence, un diktat, une solution
tout semble équivalent
dans ton oreille rouillent les mots qui s'y déroulent
sans espace ni ponctuation
unesentenceundiktatunesolution 
- le déroulé de lettres te ceinture la tête
tu danses, fanfaronnes
ne comprends pas