12 auteurs dans les jardins paysagers de Mézin, installés par deux sur des bancs, lisant leurs textes et ceux de leur binôme... Je serai avec Jean-Baptiste Pedini, nous échangerons nos mots.
Vous pourrez aussi  entendre Gilles-Marie Baur, Julien Campredon, Serge Cazenave-Sarkis, Anna De Sandre, Emilie Kah, Jean-Louis Lebreton, Jean-Jacques Marimbert, Dany Moreuil, Derek Munn et Marlène Tissot
Le programme , des infos au jour le jour sur le festival sur la page facebook, animée par Marianne Desroziers, l'organisatrice

la grenade est le crâne, la mémoire est le fruit
qui doucettement décomposent au fond de l'assiette

qui doucettement  exhalent des sucs âcres
baignent dans cet oubli où des insectes grouillent

on entend les élytres vibrer contre le cuir chevelu
on entend les frottements saccadés déchirer la longue cicatrice

sur nos visages, des mofettes s'exilent
des fumerolles font des dégâts  irréversibles

c'est ainsi que sur la table giclent nos souvenirs
sur la page, des souvenirs
car il est impossible d'user du nous quand il s'agit de tout reconstruire

les images qui me
qui nous reviennent
sont incomplètes, incomprises

tu me regardes et je m'épelle
je t'observe et te rappelle
au cœur de la phrase

chaque grain rose, sucré dissimule en son sein
un ciel bleu et violet, des nuages orangés
la peau flétrie d'enfance

dans le poème, le passé affabule
tout fleure nos absences
les mots nous recommencent



tu ne peux pas nommer                    tu n’as jamais pu
ce que tu éprouves ~
pour l'homme
à tes côtés

à chaque fois que son regard           le regard
se pose ^
sur une partie
de ton corps

n’importe laquelle tu sens               tu as toujours senti
dans un
repli >
de chair <

tu ne sais comment dire                 ton corps
le sentiment qui rampe - -
dans ta poitrine
le haut-le-cœur °

son corps                                         tu n’as jamais su
plié en quatre
à chaque
)) inspiration (( expiration

la peau qui se dilate
au creux () de tes poumons ( )
(c) Anka Zhuravleva

il faut rester à la surface
ne pas songer à du second degré 
 - l'expression te donne la chair de poule
il faut rester sur la croûte des mots
se contenter de leur lécher la peau
c'est âcre
acide
plus souvent insipide
tu fermes les yeux
avales
regardes l'homme gonflé à bloc
expulser par son orifice ad hoc 
- le bel églefin t'enfume
une sentence, un diktat, une solution
tout semble équivalent
dans ton oreille rouillent les mots qui s'y déroulent
sans espace ni ponctuation
unesentenceundiktatunesolution 
- le déroulé de lettres te ceinture la tête
tu danses, fanfaronnes
ne comprends pas
(c) Vincent Descotils

mappemonde

les points cardinaux sont la table, le lit, la bouche
le bateau dérive sans fin
fait un cercle
une boucle
entre les angles
le poème répété ad nauseam
cartographie défaite de mes trous de mémoire
où est le nord ?
l'homme allongé répète
d'où vient la droite
qui relie nos corps ?
(c) Kyle Thompson

sur la table

quand l'enfant bancal est né,  je n'ai pas su quoi
en faire
je l'avais porté longtemps pourtant dans une poche
sur le flanc droit ou le flanc gauche
l'enfant ne trouvait pas sa place

pendant des mois
peut-être même des années
tu regardais mon corps se déformer
j'observais ton regard
mon hernie entre nous était la douleur vive

quand l'enfant est né
je n'ai pas su quoi
te dire
pas su quoi lui dire
comment même le nommer

je l'ai posé sur la table
- ce meuble nous sépare matin et soir
je l'ai posé
l'ai fait rouler sous le plat de ma main
ai étudié chacune de ses larmes

il pleurait sans un bruit
marquait de noir
les fibres de bois sous mon crâne
je lisais

autour de nous
tout écrit

tu ne disais rien
- cela ne disait rien non plus qui vaille
je lisais son nom sur la table
poésie


Linguis

nous ne sommes pas très à l'aise avec les langues étrangères
nous manquons de pratique et de vocabulaire
nos bouches ne sont visiblement pas faites pour certaines voyelles
tu parles l'anatomique, je ne jure que par l'organique
et bien que nous ayons conscience de notre idiome commun
lorsque nous nous allongeons sur la page
étrangement l'un de nous balbutie
je pose ma main noire sur ta peau blanche
le sens de ton corps fuit dans un vide pendant que le mien calcifie
quelque chose heurte l'oreille, le réjouit
une musique dissonante monte des mouvements saccadés dans le lit

© Hervé Guibert

humeur à moudre

sometimes i feel sad
j'essaie une autre langue et me dis que peut-être
la tristesse fuira dans le mood incliné
ce friselis liquide à l'envers de la joue
je plisse dans les o
ma bouche et mes paupières
roulent des mécaniques dans les ronds de fumées
j'écoute le m
ma petite giclée contre une minuscule
à la fin de la phrase
se noie
le d
à moudre