Jonas Burgert : peintre

"Jonas Burgert est un peintre allemand né en 1969. [...] Sa peinture, monumentale, est inspirée par le grotesque, le difforme et la décadence. Il représente des mondes parallèles, l'envers des choses, des réalités souvent sombres, jouant brillamment avec les contrastes, les perspectives et les proportions" (notice biographique extraite de : http://fr.ulike.net/Jonas_Burgert)

Henchmen, 2007


Kleiner Täter, 2007


Vertrauter, 2008


Kalk, 2008


Hitting every head, 2009

en voir plus sur http://jonasburgert.net/

Etre nègre de José LE MOIGNE

Photo José Le Moigne

Être nègre
Pour Raphaël Confiant

Et maintenant
je dis que je suis nègre
non pas noir
ni homme de couleur
mais nègre du sang pulsant dans mes artères

Oh cruauté des cordages
incrustés sous ma peau

Maintenant je dis que je suis nègre
de mes cheveux anciennement corbeau de kouli malabar
de mes cheveux anciennement grainés de nomades d’Afrique
de mes cheveux anciennement filasses de breton naufrageur

Maintenant
je dis que je suis nègre
de ma poitrine nourrie
à la rose des vents
de mes pieds déformés
de coupeur de canne
de mes pieds délicats
de danseur mondain

Oh biguines
oh gavottes
valses piquées
et autres menuets

Maintenant je suis nègre
de la pluie qui soupire sur ma complexité
nègre oh nègre
infiniment divers
claquant le tambour de ma langue
sur le fil acéré de la herse des mots
oh nègre dont la richesse
ne se classifie pas

José LE MOIGNE
Nîmes 15 septembre 2008



Découvert sur le blog de Patricia Laranco : http://patrimages.over-blog.com/
Poèmes de José Le Moigne à découvrir sur son blog : http://lebretonnoir.over-blog.fr
et sur le site Potomitan : site de promotion des cultures et des langues créoles

Les mots coulent comme de la cire

oeuvre sur voûte de verre pour la station "Carmes" - Jean-Paul Marcheschi

Depuis quelques jours
un bruissement discontinu
beugle sa chanson
sous mon crâne à demi nu
ça fait des chhhhh
ça fait des rrrrrrr
ça fait des hue
ça fait des dia

j'ai beau écarquiller les yeux
plisser le front tendre l'oreille
me retourner brusquement
les langues s'embusquent
immédiatement

ça fait un long collier
de mots désespérés
ça coule comme de la cire
de mon cerveau
sur le papier

travail-broyer-macher-poudre-d'os-et-gros-billets
presser-coeur-exploser-peurs-et-cadavres-mediatisés
ça fait une bouillie infâme
amère épaisse à avaler
ma main s'excite se pâme
et crache des mots obnubilés

et mon coeur...
mon coeur
ne sait où se cacher
il ballotte faible muscle
dans une cage

qui pourra me dépecer
remettre tout en place
le coeur les mots
et le cerveau

tant pis s'il faut rester
sur place
complètement démembrée
tant pis si la marche
du monde repose
sur des organes éparpillés


Ecrit de MuLM, février 2010
Mon coeur a failli exploser la première fois que je me suis retrouvée entièrement enveloppée dans un crâne immense couvert de mots, dans l'oeuvre de Jean Paul Marcheschi -station de métro Carmes, Toulouse  

Le coeur

© MuLM

C'est étrange quand on y songe
l'enfant dort le poing fermé
le souffle lent, la bouche close
je regarde sa poitrine
se soulever

j'épie son petit coeur
sur le drap plié,
de la taille exacte
du poing fermé

son petit coeur
au chaud blotti
dans un feuilletage
de chairs superposées

c'est étrange quand on y songe
de penser qu'une petite boule
de muqueuses
de la taille
d'une prune
d'une mandarine
d'une pomme de terre

tient à elle seule
la moitié
d'un petit
mètre carré

je songe à la balle
anti-stress
sur mon bureau
à ma bouchée
d'ogresse
pour l'abricot

voilà ce que subissent
les coeurs d'enfants ?
des étreintes
des morsures

c'est étrange quand on y songe
cette transformation du poing
en pompe à rêves
écrit de MuLM, février 2010