Conversation sur canapé




Je ne sais pas comment je m'étais retrouvé sur ce canapé. Enfoncé, absorbé par des coussins trop moelleux. Incapable de me relever, de bouger mes fesses, et de dire une quelconque chose sensée.
En face, il y avait les deux types. Je ne sais plus maintenant, comment j'avais fait leur connaissance, comment j'avais pu devenir suffisamment proches d'eux, pour me retrouver là, le cul planté dans des coussins aussi mous que ma pensée.

Les types, un intellectuel et un dentiste... Et pour compléter le tableau, un besogneux.

Celui que j'appelle l'intellectuel, écrit et publie : poèmes, articles, nouvelles... Je ne sais pas s'il a un autre métier. Si on peut vivre en écrivant, publiant des poèmes, des articles, des nouvelles...
Une fois, il m'avait fichu entre les mains, un de ses livres, j'avais rien compris. Une histoire de fille dans une baignoire, du sang, de la sueur, un coeur hors de poitrine, et des mots incompréhensibles qui dessinaient des trucs sur la page.

J'avais pris un air. Entre absence et concentration.
Je sais faire ça. Depuis l'école. J'ai pas assez de matière dans le crâne. Et j'ai perfectionné l'art d'être à la fois présent et invisible. Histoire que l'autre en face soit content d'avoir un public, mais qui me garantisse tout de même de rester tranquille dans ma tête, à penser à rien, ou à des trucs qui ne regardent que moi.
Ça y est, je parle d'autre chose, alors que ce soir là, j'ai été englouti dans des marécages de velours rose...

Je disais donc, y avait  l'intellectuel... et y avait Paul. Lui, en plus du sourire ultra brite, il pense... C'est le genre vieux beau, un peu enrobé, avec des idées sur tout. Mais je suis mauvaise langue, parce que franchement, ce type m'avait toujours fasciné.
Son intelligence... sa faculté à prêter attention aux autres. A moi. Que je parle du boulot ou du dernier match de l'équipe de foot du coin... je crois pas qu'il se forçait...pas l'impression qu'il faisait semblant.

Et puis, si je suis vraiment honnête, j'avoue qu' il m'en imposait aussi avec sa baraque, sa bagnole, sa femme, son air... Cet air qu'on a quand l'argent cesse d'être un souci.
Je le reconnais, dans mon rapport à l'argent, je suis un gars de mon temps. Ni pire, ni meilleur qu'un autre...

A côté de Paul, j'avais pourtant le sentiment de sortir de moi. C'est sûr, ça va faire rigoler... mais moi qui suis penché toute la journée sur un établi,  j'éprouvais en allant chez lui, une impression de lévitation. Le poids sur mes épaules disparaissait. Je me sentais léger, mes pensées avaient de l'espace, j'étais bien.

C'est bizarre cette sensation. Ça me fait penser à ce livre qu'on m'a raconté il y a longtemps, Des fleurs pour Algernon. C'est con je sais, mais c'est comme si j'étais Charlie Gordon et que Paul était le Docteur Strass, Strauss... je me rappelle plus bien son nom.

Au fil des jours, je  touchais du doigt un truc à peine cernable, mais drôlement excitant, qui me poussait hors de mon corps... Difficile à expliquer, toujours cette histoire de matière, hein... quand on n'en a pas, on est définitivement condamné à regarder les autres penser pour soi...

Je croyais qu'à force d'être immergé dans l'environnement familier de Paul, je finirais moi aussi par comprendre des trucs, par penser ces trucs. Je ne sais pas ce que je croyais... ou plutôt si, c'est stupide et ça va ricaner, mais je croyais que j'allais partager sa compréhension du monde.

Et ce soir-là, j'étais assis dans le canapé, enfin sur la méridienne rose fuschia. Je buvais des bières, parce que j'aime pas le vin, et que-je-ne-savais-pas-ce-que-je-ratais, parce-que-le-Tariquet-premières-grives-franchement-c'est-du-petit-lait.... On fumait, on causait, j'écoutais, je riais.

Et au fur et à mesure que la fumée de cigarettes, et les vapeurs d'alcool embrumaient la pièce et les esprits. Les mots ont ricoché, les meubles ont ramolli, mon cerveau aussi. Je me suis trouvé expulsé de la conversation en un rien de temps... Ils glosaient, ils pensaient, fustigeaient l'embourgeoisement, le raidissement des masses sur leurs acquis, l'étroitesse culturelle des gagne-petits.

Je les voyais s'écouter, le corps se balançant légèrement sous l'ivresse. Je les voyais me redessiner. J'observais mes mains calleuses, je devinais mes lèvres étroites, mes épaules tombantes, ma nuque courte.
Empêtré dans cette espèce de chamallow rose pétard, je me regardais me dissoudre et devenir aussi minuscule qu'une souris.

Les poupées de Claudie Guyennon-Duchêne

Claudie Guyenne-Duchêne , est une artiste d'origine lyonnaise qui a beaucoup voyagé, en Afrique notamment (Togo, Burkina Faso). Elle y a puisé des influences, que l'on retrouve dans ses poupées ou ses carnets de voyages.

Son inspiration s'est enrichie de ses séjours dans d'autres pays, dans ses rencontres avec des femmes à l'occasion d'ateliers... Elle utilise différentes techniques : gravures sur bois, collographie, collages, mais aussi broderie, couture, tricot. Elle utilise le textile et le fil comme un pinceau.

Elle est également illustratrice pour la presse et l'édition (éditions Grandir, Lirabelle...). Elle vit à Toulouse, et expose actuellement à la Médiathèque de Ramonville jusqu'au 19 juin.



A voir sur son blog... http://claudieguyennon-duchene.blogspot.com/

ça pousse dans le bitume

Pas de texte mais une petite vidéo sur une pépite urbaine (comme j'aime)...

La ville parfois se la joue "sur des talons hauts, maquillage outrancier ou chemises à cols ouverts et lunettes de soleil, provocante, narguant les solitudes" comme chez co errante

D'autres fois elle est pleine de bruits, de folie créative. Elle s'offre comme ça pour rien, gratis, juste pour le plaisir... c'est chouette aussi !
Autres pépites ici chez oakoak (où j'ai récupéré le lien de ladite vidéo)
Enjoy it



Bon l'activité cérébrale de ce blog va ralentir : je dois boucler pour le boulot, un livret d'accompagnement d'une future expo sur les pop up & cie avant fin juin, date de mon départ en (longues) vacances dans un autre hémisphère...
Toutes explications sans grand intérêt, mais le dire, c'est partir déjà un peu et oublier mon pensum actuel ;)

Se mettre à table

© Coya

Je suis sur la table
la tête tournée
vers l'évier
qui sent le sale

J'inspire j'expire
l'odeur de renfermé
Je cherche à concasser
ma pensée ébréchée

Je jette à tout hasard
un peu partout
et nulle part
mon goût ferreux
esprit hagard
L'homme est debout
collé à mes genoux
il cherche à évacuer
l'insensible d'un corps

Je sens lentement
ruisseler de mes pores
la terreur continue
les battements tordus
Le cœur scande
en petit métronome
les secousses du bois
qui grince sous mon poids


Je suis allongée
 sur la table
les jambes écartées
résolue à céder
un espace où diluer la
tristesse
Je ne ressens rien
Je n'ai aucun désir
Je guette la panique
de l'oiseau tyrannique
sous mon ciel couvert

Et le besoin d'amour
ton envie de tuer cet
oiseau sous ma peau
se résume à planter
un bout de ton corps
dans un bout de mon
corps
à écouter les pieds
de la table crisser
sur les carreaux
 de la cuisine

Crédit photographique Coya 

Orgueil de poète #VasesCommunicants

Premier vendredi du mois échange des Vases communicants ... C'est Morgan Riet qui pose son poème sur mon blog... juste retour des choses pour celui par qui je suis entrée en "virtualité poétique" ;)
Mes mots à moi sont
Je crois
que je serai satisfait de moi
le jour où j’aurai le sentiment d’écrire aussi bien
que je balaye les pièces de mon appartement.

Ah, si vous pouviez me voir à l’œuvre
et remarquer alors
avec quelle dextérité, avec
quelle grâce
je manipule ce balai, c’est un véritable…
ballet !
Il faut le voir, ce dernier,
comme il tourne entre mes mains,
sur la pointe des poils,
comme il ondule sur le sol, comme il s’entrechat
entre table et chaises,
comme il répand son aura alentour,
et comme il est encouragé toujours
par les chauds applaudissements
des plinthes, ainsi que des coins et recoins
si souvent négligés, bâclés –

reconnaissons-le, hélas –

par tous ces amasseurs de poussières amateurs
en matière d’approche esthétique
et de maîtrise de cette insigne technique
de surface.



Autres vases communicants du mois de juin
Tiers livre http://www.tierslivre.net/  et Dominique Pifarely http://pifarely.net/wordpress  
Joachim Séné http://www.joachimsene.fr/txt/  et Urbain, trop urbain http://www.urbain-trop-urbain.fr/
Morgan Riet http://cheminsbattus.spaces.live.com/  et Murièle Laborde Modély http://l-oeil-bande.blogspot.com/  
Anne-Charlotte Chéron http://feenmarges.blogspot.com/  et Christophe Sanchez http://fut-il-ou-versa-t-il.blogspot.com/