Brève de voyage

jardin de l'Etat


Petit marché


Bal la poussière


Saint Expedit


14 juillet : marmaille en folie

le Colosse

piment i poak !



 
et pour finir le rose est à la mode ici... certaines le portent...

... d'autres le boivent

Fumées

Si on considère le taux de pollution de mon environnement urbain, ma localisation sur un des carrefours les plus fréquentés de la ville, ma génétique, mes problèmes circulatoires, mes diverses allergies et les pics de stress auxquels j'expose régulièrement mon organisme, je peux objectivement considérer que malgré ma petite quarantaine, il ne me reste qu'une petite poignée d'années à vivre.

Sans compter les kilos de goudron avalés depuis les vingt dernières années...
J'aurai aussi pu commencer comme le petit moustachu par une formule du genre : "Longtemps j'ai crapoté mes clopes... ".
Le temps est parti en fumée dans mes poumons ou ailleurs, il n'a laissé aucune saveur.
Je n'ai pas envie de me souvenir.

Je suis une vieille à la peau fripée, qui boit des bières éventées dans un café miteux.
Je m'installe toujours à la même table graisseuse, uniquement concentrée sur mes mains ridées qui portent avec constance le verre à ma bouche. Ce qui se passe dehors, ce qui se passe avant, ce qui se passe après, est sans intérêt. Je porte le verre humide à mes lèvres, et laisse l'amertume dévaler une gorge prochainement ravagée par une excroissance, un kyste, un lymphome quelconque.

Si la nécrose n'attaque pas les tissus corporels gorgés de tabac, je peux compter sur la fumée ambiante. Dans le café, tous fument, des boyards, des brunes, des blondes. Tous crachent leurs miasmes sur les meubles alentours et mon corps alangui.

Et puis le halo dans lequel je baigne est rempli de petits cadavres. Je n'ai pas toujours été seule.
Je reconnais vaguement dans les formes ectoplasmiques qui flottent dans l'air, des moignons d'enfants, des sexes racornis, des cheveux filasses, des ventres tendus, des membres tuméfiés.
Cela fait des volutes. Elles enserrent ma tête, s'emmêlent autour de mon cou, s'infiltrent dans mes narines. Pour lutter contre cette sensation d'oppression, pour libérer mes voies respiratoires, je bois.

Et je rote, je pisse, je racle, je renifle, je biaise primairement contre l'anéantissement. Je confis lentement dans des fumées mortuaires.