Un bref instant d'art et de poésie

Allez hop, je rejoins aujourd'hui l'aventure collective Evazine (piloté par Jean-Louis Millet) où sont réunies les propositions de poètes, artistes placticiens ... Pour en savoir plus sur le projet allez, car moi je vais juste citer quelques poètes de ce numéro d'octobre-novembre

Bruno Toméra
"Serrant mes mains dans ses mains 
elle me dit 
"Gamin, c'est une bulle de savon, la vie, 
ça pique les yeux et c'est fini." 
On a roulé sur le trottoir. 
Bras dessus bras dessous.
Le temps est plus bourré que nous, 
tous les deux c'est trop tard, 
elle en avance, moi en retard. [...]"

JL Millet
"[...]
L’indécision des nuages face à la pluie
Le filet d’eau doucement abstrait par les sables du désert
La femme assise dans la banquette face à moi tirant compulsivement sur le bord de sa jupe
Les visages, tous, virant aux masques
La douleur de l’espoir d’un bonheur [...]"

La Ville
1.
Je cherche dans les villes que je parcours
Une ville et un rêve : un rêve devenu ville
Je cherche telle avenue
Ressemblant au grand fleuve jaune
Où s’écoulerait l’humanité
Pensante et désirante
Diversement comblée
Par son propre passage
[...]"

Pour lire les poèmes en entier, cliquer sur leurs auteurs :)

Microbe 68 & du neuf by Marzuolo

Nouvel opus de Microbe (pas encore reçu) en partance vers les boîtes aux lettres des abonnés, et bien contente d'apprendre que le supplément est de Fabrice Marzuolo voilà un coco bel oeil qui donnera l'occasion de le (re)lire, vu que le blog de l'Autobus s'est fait la malle... sur une petite route de campagne sans doute ;)


Le 68e (+1) numéro du Microbe est prêt.
Ce numéro, sous-titré « 68 (+1), opus névrotique », a été préparé par Marc Bonetto.
Au sommaire :
Photos de Corinne Leridon
Textes de
P
ierre Anselmet
A
rmand
le Poête
C
hristian
Chavassieux
F
ernand
Chocapic
É
ric
Dejaeger
P
atrick
Frégonara
C
athy
Garcia
V
irginie
Holaind
jac-zap
C
armelo
Marchetta
H
ervé
Merlot
V
éra
Mund
E
mmanuel
Régniez
M
arla
Semarre
M
arlène
TissotMarzuolo - Le coco bel oeil.jpg
T
homas Vinau

Les abonnés le recevront dans quelques jours.
Les abonnés « + » recevront également le 31e mi(ni)crobe signé Fabrice Marzuolo : LE COCO BEL ŒIL DU NET.
Les autres ne recevront rien. Pour tous renseignements, contactez-Eric Dejaeger

Les marges de Jean Prod'hom

A découvrir absolument Les marges, le site de Jean Prod'hom
et en particulier ce texte

Un trou au vilebrequin dans le tohu-bohu

Extrait :
"[...]il convient malgré tout de se réserver une possibilité, tandis que nous parvient de la terre, lointain, un tohu-bohu sans queue ni tête, la possibilité de creuser sur les rives du fleuve qui roule ses eaux puissantes, au vilebrequin, un trou où loger le rien, et d’y écouter la mer comme dans un coquillage"

Le rendez-vous


Je la retrouve tous les lundis dans le café près de la gare. Dans une salle petite, bruyante et très fréquentée. Le café est à proximité du lycée professionnel. A côté des habitués accoudés au bar, l'haleine chargée dès huit heures du matin, il y a des jeunes qui rient fort et chahutent avant le début des cours. J'en connais certains, mais je ne parle avec aucun d'entre eux.

Je m'installe généralement près de la fenêtre pour avoir un peu de lumière, car les lambris aux murs ont pris une patine sombre, mélange de gras et de fumée de cigarettes. Les rideaux sont sales, mais cela m'est égal que la poussière me picote les yeux.
Je la regarde, elle m'ignore. Elle suçote le bord de son verre d'eau.
Nous ne sommes pas assises à la même table ; une banquette, parfois deux nous séparent. Selon les jours et son humeur, elle m'offre le spectacle de sa nuque, ou celui de sa bouche qui chipote son eau minérale...

Il y a en fond sonore la radio, le rire de jeunes et les raclements de gorge sporadiques et glaireux de quelques hommes âgés. Les verres cliquètent sur le comptoir en inox. Le serveur fait glisser énergiquement les tasses sur l'étagère métallique. Le patron tripote régulièrement sa caisse enregistreuse.
Des pièces tombent au sol. Des talons claquent. La porte du café s'ouvre et se ferme en grinçant.
L'ensemble produit une mélodie discordante, je n'entends rien...

Parce que je mets mes mains contre mes oreilles. Et parce que m'isoler du monde extérieur me permet d'absorber Pélagie, en entier, dans ma tête. Ce n'est pas difficile, elle n'est pas épaisse.
Elle a un visage émacié, deux billes vertes perdues dans les orbites, et des tas de petits os autour. Pélagie est très maigre : sa tête est une minuscule balle perchée sur une brindille.

Je reste juste immobile, dans cette salle, à la regarder suçoter son verre du bout des lèvres. Je respire à peine pour ne pas la faire basculer de sa chaise sur le sol. Je me mords les joues pour ne pas pleurer. Saleté de poussière.
Je pense à avant, quand son rire charnel m'enveloppait de son odeur de sucre. Avant, quand je n'avais pas peur de voir son corps se désintégrer bruyamment. J'essaie en vain d'ignorer le squelette de verre à travers sa peau translucide.

Si je viens tous les lundis au café, c'est pour m'assurer que cette fois encore, elle ne s'est pas brisée en mille morceaux. Et aussi pour continuer à croire que peut-être...

Elle me parle quelquefois. Sans lever les yeux. Elle décoche un "Dégage", ou mieux trois mots "Me regarde pas". Je la préfère silencieuse. Dès qu'elle ouvre la bouche, ses dents claquent et font un bruit perçant désagréable. Si je m'écoutais, je me jetterais sur elle, pour la faire taire d'un baiser.

Oui, je voudrais pouvoir poser ma bouche sur ses lèvres gercées.
Je viens tous les lundis pour ça. Et je sais qu'elle vient aussi ce jour, pour bien me signifier tout ce que je n'aurai pas.
Elle me l'a dit la dernière fois où nous étions assises à la même table. Elle ne peut plus m'embrasser... Pas à cause de mon corps lourd ou de mon visage poupin. Pas seulement non.
Ma salive trop riche la révulse. Elle doit dorénavant se passer de mes baisers.

Republication d'un texte mis en ligne ici en mai 2010

Lichen


Il grimpe sur le lit
Ses bras flasques ouverts arrosant
les peaux moites d’effluves moisis

Il dit à la fille
Viens-zy
Viens-zy donc garce
Manger du spore

Elle grince parce qu'elle n'est pas fille
À peine créature aux cheveux longs et gris
Eclatant des papules sur un corps amaigri

Elle dit à l'homme
Viens-zy
Viens-zy baiser de ta langue aigre
Les auréoles brunes
De nos petites morts

Ils rient
Des mots
En fondant leurs toisons sur la mousse du lit

Ils plient
L'amour
Dans le concert gluant de leurs débris

publié initialement sur L'entresort de Perrine Le Querrec
dans le cadre des vases communicants d'octobre

Image : Spooning couple, Ron Mueck, 2005

Ici, on noie les algériens



Ici, on noie les algériens, Bande Annonce du documentaire de Yasmina Adi, sortie en salle le 19 octobre 2011

Les mauvais jours de Jean Bourgeois

Juste envie de partager l'émotion que m'a procuré le livre de Jean Bourgeois.
Recueil d'une grande beauté où le lecteur, on, nous, sommes invités à sonder l'étrange étrangeté de l'existence " Dans l'embarras de soi/ Où nous glissons parfois nos jambes / Des après-midis entiers / A ne rien faire"
Sensation de vertige quand on ne sait pas vraiment, qu'on est là de côté, qu'on ignore ce qui nous pousse et pourquoi... Ce trouble si difficile à cerner...Plutôt que de dire mal, je cite quelques passages avec l'aimable autorisation de l'auteur :) dont vous pourrez lire d'autres textes sur son blog On est là mais ça ne durera pas. On peut toujours sourire du reste...

Ecrire en hiver (p.50)

C'est toujours mieux qu'une journée vide
Un jour où l'on écrit
Deux ou trois mots qu'importe
Si ce n'est que ça
C'est mieux que rien
On se dit qu'on a fait quelque chose
Pour ne pas s'avouer qu'on n'a rien fait
C'est comme la vie
Comme tous ces jours pour rien
Occupés à quoi au juste
Qu'on barre d'une croix le soir
Dans la cellule
Au fond de la nuque
Où c'est l'hiver depuis longtemps
On est vivant
On a écrit ça :

On
Est
Vivant

Mais
Il
Fait
Froid


Trop tard (p.47)

Ce n'était pas grand chose
Ce que j'avais à dire
Ca tenait plus du silence que des mots
Quelque chose comme une hésitation
Ce n'était pas grand chose
Juste une vie entière
Dans une promesse un peu folle
Puis l'instant a passé
Et tout de suite
Il fut trop tard

Revues et lu #2

Anna Jouy parle des revues Verso 146, Nouveaux Délits 40 (j'en suis ;) et Traction Brabant 42 
Et pendant que vous y êtes, lisez les poèmes ciselés d'Anna Jouy
Pour la mise en bouche, un extrait :

Lunes d'iris

je posterai mon ciel  sur le bord des fenêtres pour des oiseaux affamés et des miettes heureuses
et le monde lira le vol
 une étreinte d'ailes sur des volets qui claquent
je posterai 
non  ce baiser que je tiens sur ma bouche ni ce rouge de cire qui ferme le mystère
 
mais des cils
le spasme du cou
le dépôt  d'amour d'un bruit dans une oreille  [...]
(ça c'est moi qui dis ça)
qui d'autre ?

la vieille de douze ans
qui morfle à l'intérieur
c'est moi !

cette femme qui rit
la jupe blanche tirée
sur ses cuisses gonflées
c'est moi.


et j'ai toujours
les ciseaux
pas très loin
planqués
dans la poche
ou ailleurs
il y a les orifices

car scrupuleusement
je coupe

cela fait un peu mal
le bruit de la photo
fendue de haut en bas

très consciencieusement
je coupe

cela tiraille un peu
l'odeur du papier
de soie qui crisse

avec application
je coupe

entre mes jambes droit
jusqu'en haut du diaphragme

ou mon visage épars
qui ne tient qu'à

un fil
dans le miroir

Le Facteur Cheval : où le songe devient réalité

">
"Voici mon rêve, à l'oeuvre je me suis dit...
J'avais alors dépassé depuis trois ans ce grand équinoxe de la vie qu'on appelle quarantaine."

Revues et lu

L'Autobus 4
consacré aux revuistes, Cathy Garcia - Nouveaux Délits, Patrice Maltaverne - Traction Brabant, Eric Dejaeger - Microbe, Claude Vercey - Polder, Jacques Morin  - Décharge, Jean Paul Morin -Cave Littéraire
S'abonner, plus d'infos ici
extrait
"[...] sans les revuistes,, les poètes existeraient encore moins. C'est possible, si ! si !
Pas bien grave au fond, même publié chez Leclerc, un poète ça reste dans l'ombre.
Les objets, les êtres sont vite remisés, oubliés, et comme dans la chanson, on crie : au suivant !
Alors pourquoi créer des revues ?
Parce qu'un suivant en revue c'est du poète en bouteille !
Et que ça donne un peu d'espoir aux naufragés -la vue de cette bouteille, au loin, qui flotte sur rien..."
Fabrice Marzuolo

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Traction Brabant 42
"le poézine [qui]  a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif."
S'abonner, contacter Patrice Maltaverne

extraits :
"l'univers sent le brûlé
a dit l'astronaute au nez pointu
moi je n'avais jamais pensé  à ça
l'odeur de l'espace"
 
"PERDU (Tout n'est pas)
 
Sur la pointe des pieds, une fille vide ses ordures au tri. Entre ses fesses, on voit le ruban plus ou moins fleuri de son string. On a beau dire, ça rassure."
Alain Sagault
 
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Comme en poésie 47
Invitation de Jean Pierre Lesieur aux couples en poésie & moult voix poétiques
S'abonner en contactant Jean-Pierre Lesieur ici
extraits :
"André Chenet/Cristina Castello
 
pour conjurer la douleur
apprivoiser le verbe
du silence
André
 
Toc-toc
 
Je t'aime quand le lundi nous quitte
Quand le mardi s'annonce
Quand le mercredi nous fait un clin d'oeil
Quand le jeudi s'habille pour la veille
Quand le vendredi fait toc-toc à la porte
et tient du miracle
Cristina
[...]"
 
"Le déménagement de ma mère
[...]
Qu'emmèneras-tu mère, si tu laisses jusqu'à ton corps dans cette capsule oblongue, remis à lui même, inséré dans l'épaisseur du sol -selon le processus antique- pour cette fonte des neiges viscérales ? Ton corps chargé comme  une batterie longue-durée et très basse, qui fait qu'imperceptiblement la terre autour chauffe, luit, remue ; se nourrit et se soigne de toi"
Olivier Aulry
 
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Nouveaux Délits 40
La revue de poésie vive, numéro hommage à Beb Kabahn et Yann Orveillon, et des poèmes de Patrick Aveline, Guillaume Siaudeau (et moi :)
S'abonner c'est par
extraits
"Je courais à l'envers à la source des mots
Le langage pâlit.
La verve à éclore.
Et le nid refroidi s'alluma de ce feu"
Beb Kabahn
 
"c'est mathématique
 
il y aura toujours
plus de poèmes
que de poètes
je trouve cela
plutôt rassurant"
Guillaume Siaudeau

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et ça n'a rien à voir, le dernier pop up de Philippe UG pour les enfants : Drôle d'oiseau , aux éditions Les Grandes Personnes, pour la touche de couleur et le foisonnement

Tranchant de Perrine Le Querrec - Vases communicants
















Plus elle maigrit plus elle se trouve grosse.
La peau tendue aux quatre coins du corps, les os en angles qui poussent et se bousculent sous la toile de derme, ça ne suffit pas, ça ne suffit plus. Si elle pouvait, inciser ici et là, plonger la cuillère dans le fatras et creuser un peu, extraire nerfs et chair, garder juste ce qu’il faut de force pour écraser les oiseaux entre deux pierres, clouer les grenouilles sur les troncs, entendre le sang des autres s’écouler, secouer les boyaux de sa tête, se cacher dans un pli de la terre.

Image : « holy moley », j alex goss


Premier vendredi du mois, c'est Vases communicants,
Perrine Le Querrec pose ses mots chez moi...et m'accueille chez elle par là http://entre-sort.blogspot.com/ 
La liste de tous les vases communicants d'octobre sur la page facebook dédiée aux vases

Tu m'as posée comme un verre


Tu m'as posée comme un verre au bord de la fenêtre
Je sais tu n'as plus soif et le soleil est bas
Tu marches comme une ombre dans le salon je traque
D'un reflet tes yeux noirs filant sur le béton

Tu ne bois plus mon eau trouble le temps passe
Les traces de calcaire sur nos lourdes embrasses
Mes deux courbes salines déformées par le mot
Immense qui sépare ta bouche d'un verre d'eau

Eh oui c'est le pyrex et les papillons posent
de moins en moins leurs flammes
Heureusement
Parfois il pleut sur tes lèvres mon verre
Tu lèches
Plic ploc le fond de mon vieux bock

Parfois tu souffles sur le bord de la lame et je
musique













credit photo Nataliya Litova