Longtemps j’ai fait l’amour
en pensant à maman
malgré tous mes efforts
pour chasser l’ectoplasme
il restait englué
sur mes cils tremblotants
c’était l’image d’elle
photo d’une ingénue
debout les jambes nues
dans une robe blanche
à l’ourlet décousu
la mode était au court
je n’étais même pas
l’ombre d’idée d’enfant
ce passé inconnu
comme une tache noire
incrustait ma rétine
ma mère rebondissait
sur mes deux seins tendus
l’homme baisait ma bouche
espérait mon plaisir
je pensais à maman
je me faisais violence
pour dominer mon ventre
et je serrais les dents
pour calmer mon cerveau
je ne voulais plus voir
sa mémoire sur les draps
longtemps dans le lit
avec l’homme
j’ai rejoué l’histoire
vieille et douloureuse
qui n’était pas à moi
qui n’était pas à elle
dont nous portions les chaînes
sans trop savoir pourquoi
*
Jouir est toujours une opération délicate, car chaque spasme fait éclater des chaînes à grand bruit près du lit. Ces cliquetis aigus font vibrer l’air ambiant. Parfois l’image se fend, et l’un des amants tombe comme une balle molle lourdement sur le sol.
Il regarde sans comprendre l’autre qui flotte encore, le visage déformé par une joie idiote.
*
Après l’amour, ce jus qui coule, qui n’emplit rien, n’est souvent que le reste d’un mort, broyé par un fangourin.
(Penser maillée, editions du cygne, 2012)
