vendredi 31 décembre 2010

Microbe 63












Le 63ème numéro du Microbe est à l’impression.

Au sommaire :
Collages de Cathy Garcia
Nicolas Brulebois
Jean-Marc Couvé
Anna de Sandre
Éric Dejaeger
Patrick Frégonara
Antoine Geniaut
Isabelle Jarlin
Roger Lahu
Pierre Mainguet
Carmelo Marchetta
Murièle Modély
Jany Pineau
Thierry Roquet
Salvatore Sanfilippo
Guillaume Siaudeau
Marlene Tissot

Les abonnés le recevront début janvier. Les abonnés « + » recevront également EASY WRITER, mi(ni)crobe 27 signé Roger Lahu. Les autres ne recevront rien.

Pour s'abonner contacter Eric Dejaeger

jeudi 23 décembre 2010

Noël sera poétique ou ne sera pas


*


*

Il débarque dans la rame
sourcils froncés
sort d’un fourreau
un livre et tire à vue
dans la foule
des balles qui dessinent sur les fronts
des yeux de merlan frit

Fabrice Marzuolo

*



Novopolis de Philippe UG, Livre d'artiste
Calligrammes de Michel P, les éditions du Capitaine
Un Bretzel entre nous de Thierry Roquet, MI(ni)CROBES
Tristana d'un trait de Thierry Roquet, MI(ni)CROBES 
Photo de l'hôtel de la dernière vacance de Fabrice Marzuolo

mercredi 22 décembre 2010

A table


Elle me convoque dans son bureau.
Je suis pas très finaude, mais je sais bien que c'est pour une engueulo.
Comme elle a fait une grande école, et qu'elle a appris avec les meilleurs marketeurs-gestionno-participatif (et tout est dans le participatif, hein, faut pas seulement se faire prendre à sec par derrière, faut aussi tendre son cul et opiner du chef), je sais qu'il va y avoir de l'enrobage. Qu'elle va pas me postillonner son mécontentement direct sur la gueule.

Et voilà comme prévu, ça pommade.
Elle cause de ma place, de ma responsabilité, de ma compétence...
Blablabla blablabla.
Putain, je surveille des filles qui rangent des boîtes toute la journée.

Mais bon faut être un minimum coopératif. Après tout, c'est elle qui me fait bouffer.
Alors je commence une phrase, genre explication. Je m'emberlificote. Je recommence, je bafouille (j'ai jamais été douée pour m'exprimer). Je dis une chose, son contraire, je reste la bouche ouverte.
Je mets, j'avoue, pas beaucoup d'entrain à ma participation.

Elle me regarde dans les yeux (ça aussi, elle l'a appris), et elle continue, d'une voix traînante et douce, à recadrer gentiment. Mais comme je reste passive, malgré mes efforts pour avoir l'air de, tout son corps se met à tenir un autre discours.
Ses narines se pincent, ses sourcils se lèvent, un sourire crispé déforme sa lèvre. Je vois bien qu'elle lutte pour pas élever la voix, pour pas me secouer comme un prunier. Je sens bien aussi le mépris qui raidit sa bouche.

Je suis une limace, je reste immobile. J'attends que ça passe. Que ça coule à gros morceaux, que ça glisse de ma tête jusqu'au sol. Elle va devoir faire avec ma mollesse, je vais m'accommoder de sa supériorité.

Chacun est dans son rôle finalement : elle me cause comme à un gosse, je prends l'air soumis.
Je me dis de temps en temps, que j'aimerais bien lui rentrer dans la gorge son assurance, sa coiffure parfaite, son teint de pêche.
Mais en fait, je ne fais rien que regarder ses gros mollets sous le plateau de la table.

Choper un Microbe...



...même minuscule, ça racle, ça tacle, ça gratte, ça décape...

ça file direct dans le cerveau :
"les mots sont points. De vue, de croix, de suture" (Cathy Garcia) ; il y a "du bon gars, élevé au grain, sans pesticide ni OGM" (Marlène Tissot) ; il y a "la poule au cul béni" (Jany Pineau) ...

de la poésie microscopique qui nourrit mon hypocondrie ;-)

s'abonner c'est par ici (blog d'Eric Dejaeger) 

mercredi 15 décembre 2010

Ojos que saben hablar

Animal print

Ojos que saben hablar, blog de l'artiste Mariana Lobosco

lundi 13 décembre 2010

Cela faisait longtemps


Cela faisait longtemps que je n'étais pas allée au café seule
je veux dire longtemps que je ne m'étais pas accoudée à un comptoir
je veux dire qu'il me reste en tête quelques vieux clichés aussi épais
que les sourcils froncés de mon père
je veux dire que pour mon père une fille
la sienne ça ne va pas seule au café

bon, je vais avoir quarante ans, je ne suis plus une fille
alors j'ai poussé la porte et posé mes fesses beaucoup moins vives
beaucoup plus molles sur le tabouret violet près du bar

ah putain ces bruits...
le choc des cuillères, le râle du percolateur, les jets de vapeur
c'est doux comme musique, ça picote les rides
le rouge colombien, ça dilate les poumons
et me revoilà vierge et sacrément liquide
les yeux en maraudage sur les bras de cette fille
qui passe une éponge sale sur les miettes de sucre
elle fait sonner sa caisse, cliqueter quelques pièces
elle sent bon le tabac, une odeur de maïs
une voix rauque, un rire gras

cela faisait longtemps que je n'avais pas offert mon corps
mon cerveau mes yeux aux accords convenus
du café microscope
plus jeune je transgressais
(l'interdit de papa)
et j'avalais sans soif les filles
les gars la vie minuscule
(j'aimais pas le kawa)
j'avais le temps à perdre
et les mots à semer

mais là raide seule plantée
sur mes (presque) quarante balais
la mousse du café 
sur mes lèvres taiseuses
je peine

mercredi 1 décembre 2010

Un fumet de poulet

Benoît a posé sa fesse droite sur le bord de la table.
Une table située légèrement en retrait.
Sans lever les yeux, il sait que la fête bat son plein. A quelques mètres, ça grouille, ça parle, ça enfourne des petits fours dans des bouches largement maquillées, dans des gosiers encombrés de salive. Une concentration d'hormones féminines fait monter la température et une odeur de volaille.

On fête le départ du big boss, qui n'a plus de big que sa voix de ténor. On distingue à peine sa silhouette sous les sourires factices, les mots de circonstances et l'absence de certains. Il ne restera rien de ses quarante et une années de règne.
Autour du buffet, ça s'empiffre et suppute. On cherche sans le dire, dans les traits des visages, le pli du chef.

Le favori des derniers mois est maintenant out ; il n'en finit pas de remâcher sa rage.
Alors la fesse droite posée sur la table, un livre de philosophie ostensiblement dressé devant son visage, il fait semblant de lire.
Généalogie de la Morale de Friedrich Nietzsche, traduit par Patrick Wotling, édition de poche. Il tient le livre droit comme une épée ; chaque regard furtif se heurte à sa lame affutée.

Benoît affirme sans un mot son mépris infini pour leur médiocrité crasse. Et sa hauteur de vue.

Imperceptiblement, ses fesses quittent le plateau de la table, son ombre se met à grimper sur le mur de la salle. Peu à peu son corps, ses vêtements flottent dans le vide. Il finit même par balayer le plafond de son épaisse mèche blonde.

Mais il ne se rend compte de rien, ses yeux sont toujours fixés sur la page 10 de son livre. Plus personne maintenant n'a à subir son orgueil offusqué.

Chacun peut cependant profiter, nez retroussé, lèvres pincées, du fumet de poulet qui s'échappe de ses chaussures.
Les jambes de Benoît balancent mollement sur les nuques courbées.

dimanche 21 novembre 2010

Les mots comme des épluchures



les mots comme des épluchures
en spirale sur la table
je me suis trop écossé l'oeil

un moignon minuscule
flotte dans une assiette
des secondes goutte
à goutte de ma bouche

l'horloge scande
le rabougrissement
d'une boîte débile
qui branle en équilibre
sur mon cou immobile

le repas est servi
les peaux mortes dessinent
des cartes serpentines
ne mènent nulle part

je pense :
combien de déchets pour une fulgurance ?

autour de la table
l'espace se désagrège
des mots
encore des mots
défont les paysages
obscurcissent le ciel
creusent dans l'abyssal

c'est la nuit
le monde coule
à chaque cuillerée

mardi 16 novembre 2010

Apprendre


Elle aurait pu dire :

« Maintenant tu prends ce putain de livre, et tu lis cette page !

Je ne vais pas te laisser faire n’importe quoi, pousser toute tordue comme une fille des rues, courir comme une folle dans la cour, avec des cagnards les pieds nus.

Tu ne seras pas comme moi, à nettoyer la merde des bourgeois, à quatre pattes sous leurs yeux. Je ne te veux pas ma fille, les mains et les genoux calleux.

Tu vas apprendre, et plus vite que ça !

Tu le dois à ton père, qui crève sur les chantiers, pour avoir mêlé son sang au mien. Pour avoir cédé à ma couleur de miel, à mes yeux en amande, mon odeur de charbon.

Tu le dois à sa vie dévastée, à cette humiliation de devoir trimer comme un nègre, lui le fils de blanc. Lui qui serait ce soir, à deviser tranquille sous une varangue, près d’une femme en robe longue entourée de quelques enfants blonds.

Tu dois apprendre ma fille.

Tu es ma revanche. Ta peau noire de suie, ton cerveau plein de mots, voilà mon triomphe et ma rage jetés à leurs visages lourds de mépris.

Et il n’y a que ton savoir qui peut remplacer ma beauté éphémère dans le cœur de ton père. »

Elle aurait pu dire tout cela, mais elle restait silencieuse.

Elle se tenait raide, assise sur une chaise branlante. Sa bouche crispée sur une colère froide, le bloc de glace emplissant sa gorge sèche et l’espace minuscule de la maison.

Sur ses genoux, un livre était ouvert. Les pages étaient tendues, presque à se déchirer sous la pression des doigts. Une lampe à pétrole éclairait les visages d’une lumière faiblarde. Elle jetait des ombres étranges sur les murs recouverts de vieux journaux. Le visage de la mère devenait méconnaissable sous les yeux de l’enfant : des lettres et des photos dansaient comme des diables sous ses sourcils froncés.

La fillette était par terre, la robe sale remontée sur ses cuisses. Une mince cordelette la rattachait au pied de la table. Des traces violettes, souvenirs fugaces de sa résistance, zébraient la peau de sa cheville.
L’enfant était immobile, la tête penchée sur le sol en terre battue.
Elle attendait le cerveau vide, un mot de sa mère qui aurait tordu le cou à ce serpent visqueux qui pressait ses poumons.

La mère aurait pu…

Mais elle a abattu le livre sur la tête de sa fille, et d’un geste brusque a écrasé son visage sur les pages noircies.
- Lis !

Le mot a claqué comme un fouet sur l’échine.


Texte publié le 5 novembre sur Lignées le blog de Samuel Dix-neuf Mocozet dans le cadre des vases communicants

crédit photo picstout

mercredi 10 novembre 2010

J'entends le plic


J’entends le plic
et le ploc de la pluie

Le plic de mes talons
le ploc de mon corps
qui balance en cadence

j’ai seize ans
je suis une masse
d’hormones
ça coule et vibrionne

les regards qui me frôlent
font hérisser mes poils
j’ai alourdi mes joues
d’une couche de fard
barbouillé mon regard
d’un bleu pétard

Voilà
je plic, je ploc
ma démarche chaloupée
ma bouche molle
flamboie
sa saveur virginale

n’est-ce pas qu’un sourire
fait de rien une femme ?

un sourire, des talons aiguille…

J’ai glissé mes deux pieds
dans les pas de ma mère
ses chaussures argentées
à peine usées
se cachaient dans l’armoire
près d’une robe jaunie

je ne prends pas le bus
je me fous des vingt minutes
de marche
je veux que chacun sente
le fil de l’air se tendre
sous le poids cliquetant
de mon adolescence

que chaque seconde scandée
par le métal qui frappe
l’asphalte surchauffé
étouffe de sa musique
ma jeune insignifiance

je tangue, je tremble et cède
tous les deux ou trois pas
ma cheville se tord
mon genou flanche
j’avance

je fais semblant

La pluie se meurt en gouttes
et ses bruits minuscules
me rappellent que depuis
sans plic ni ploc
je plie
ma route
de travers

credit photo

je pèse lourd... et pourtant parfois je vole



Blast
Manu Larcenet
Dargaud, 2009

dimanche 7 novembre 2010

FPDV


une "chosette" sur 
FPDV : Formule Polyvalente à Dilution Variable
(thématique de novembre : les monstres)
 c'est là 

vendredi 5 novembre 2010

Le pèlerin –hommage à Pessoa #vases communicants



C’était un de ces après-midi là. L’été avait cédé sa place à l’automne. Le soleil était encore chaud. Des familles se promenaient par grappes compactes au bord d’un étang. Sur cette petite allée noyée de lumière, j’arrivais à peine, de loin, à deviner leur mouvement. Elles coulaient lentement le long des pavés tièdes. Ce devait être dimanche.
Je marchais depuis plusieurs heures. Le soleil avait commencé à décliner. Mais personne ne semblait y prêter attention.

Je n’avais pas vu de ville depuis plusieurs semaines. Après une période de réflexion, j’avais dû me résoudre à traverser le massif. Les températures clémentes m’avaient encouragé. J’avais ensuite longé des hameaux, flâné sur le seuil de granges désertées –la désalpe avait eu lieu récemment, je sentais encore l’odeur des bêtes- et regardé vivre les néo-ruraux (c’est ainsi qu’une femme, jeune, visiblement fière, s’était présentée à moi. Vêtue d’un grossier gilet de chanvre elle m’avait offert un thé au beurre de yak, d’un goût douteux, mais devant son enthousiasme je n’avais rien dit. Je distinguais à peine son enfant nu, allongé sur une peau de mouton, derrière les fumées d’encens) dans leur extase simple du retour à la nature. Nous avions été interrompus par le ronronnement d’un gros 4x4. Son mari, tiré à quatre épingles, rentrait du travail. Je m’éclipsai avant qu’il ne me propose un verre de vin bio.
La descente vers la ville avait été agréable. Elle m’avait pris deux jours. J’aurais pu la faire d’une traite, mais je m’étais égaré en suivant les chemins selon leurs fantaisies géométriques. Si un rai de lumière me séduisait, je m’y engouffrais. Si j’apercevais un début de trace parmi les broussailles, je m’y attardais. Parfois, je laremontais. Suivre la trace d’animaux sauvages. Perdre la sienne.
Seule la faim m’avait tiré du bois.

Je marchais donc, hébété, parmi les peaux hâlées –les vacances, l’été, je le disais, n’étaient pas loin. Ces foules irréelles bercées d’une indolence fantasmée, sans dieu ni maître paraît-il, tendaientleur visage vers l’astre pour réveiller le souvenir quelconque d’un séjour all included. En attendant le suivant, il faudrait travailler. C’est donc cela, qu’elles essaient d’oublier, ces familles, en faisant semblant de croire que le soleil ne déclinera pas. Travailler et s’avilir, dans l’obscurité, demain, pour les prochaines vacances et dire ensuite que tout cela n’existe pas.

Songeant presque tout haut, alors que j’étais maintenant au cœur de la doucereuse coulée, je me mis à longer la berge au plus près afin d’éviter toute manœuvre d’évitement. N’avez-vous pas, vous aussi, l’impression de remonter la foule ? Mon pas était sûrement déréglé, ma démarche suspecte. J’étais seul. On me regardait de travers. Je filais droit devant. La sueur glaçait mon front.

Après l’étang, qui devait être un lac après tout, à juger de sa longueur, je débouchai sur une vaste prairie. En son centre régnait une étrange activité. La foule y était compacte. Je ne comprenais pas ce qu’il se passait. Contre toute attente –j’ai toujours pensé contre moi-même- j’entrepris de m’approcher.

Plus de molle coulée. Les familles étaient maintenant disposées en cercles concentriques, comme pour protéger quelque chose. Je parvins, après quelques contorsions et les regards de mères courroucées, jusqu’à l’objet du désir. Sa masse étincelante arrachait quelques petits cris aux enfants subjugués –la foule des familles avait été jusque-là étrangement silencieuse, je le réalisai soudain. Des visages clignotaient sur le métal brûlant, on se précipitait à l’intérieur, les enfants se passaient de mains en mains, par dessus les têtes, pour parvenir dans l’habitacle. Pour recevoir l’absolution ?
Je m’étais éloigné rapidement. Quelques images anciennes traversaient mon esprit. J’y voyais des enfants noirs, à demi nus, hanter la carcasse d’un Black Hawk calciné.

Rapidement, un peu essoufflé, je pris le chemin de la forêt.


Texte rédigé par Samuel Dixneuf-Mocozet - http://samdixneuf.wordpress.com/ dans le cadre des vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d'un autre (...). Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.
Mes mots à moi sont

Autres vases du mois de novembre

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Pierre Ménard http://www.liminaire.fr/  et Daniel Bourrion http://www.face-terres.fr/
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Cécile Portier http://petiteracine.over-blog.com/  et Joachim Séné http://joachimsene.fr/txt/
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Anita Navarrete-Berbel http://sauvageana.blogspot.com/  et Lauran Bart http://noteseparses.wordpress.com/
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Piero Cohen-Hadria http://www.pendantleweekend.net/  et Brigitte Célérier http://brigetoun.blogspot.com/

dimanche 31 octobre 2010

Halloween



Ce soir encore supporter ta face de
citrouille
faire semblant, t'écouter, jouir
supporter tes gosses et leur mollesse de
légume
ne pas me reconnaître dans leurs cheveux
oranges
remercier cette contamination
américaine
qui me permettra une nuit
une nuit seulement
d'être lugubre
sans subir tes jugements

dimanche 17 octobre 2010

Rêve

une nuit
j'ai vu entrer dans la chambre
ma mère
un couteau de boucher à la main
immobile
sur le lit je regardais mon sang inonder
le tapis

le réveil
fut moite, mes draps dégorgeaient
la sueur
encombrait et ma bouche et mes yeux
une  peau
racornie flétrissait salement entre mes doigts
crispés

ce n'était pas ma chair, pas mon coeur momifié
pas un vieil ombilic dans le creux de ma paume
mais un très vieux billet recouvert de baisers
continuant à pourrir dans leur acidité

samedi 16 octobre 2010

Exposition de pop-up à Toulouse

L'exposition Livres en forme(s) : pop-up & Cie a lieu à la Médiathèque et dans 3 bibliothèques de quartier de Toulouse du 22 octobre au 19 décembre.

L'occasion de découvrir les trésors du Fonds de Conservation jeunesse : un panorama historique et des livres d'artistes avec un zoom particulier sur l'oeuvre de Philippe UG.
Vous verrez ça et plus encore...























VERNISSAGE LE 22 OCTOBRE A 18 H
A LA MEDIATHEQUE JOSE CABANIS
EN PRESENCE DE L'ARTISTE PHILIPPE UG

Un catalogue très illustré accompagne l'exposition... :)

photos : visuel expo, elephant's wish de B. Munari, le livre joujou de Bres,  Catoptrum microcosmicum de Remmelin, Jeux t'aime, de Vidaling, Cristal de Philippe UG, Axinamu de Pittau et Gervais

jeudi 14 octobre 2010

Il ne suffit pas

... à ma manière
je dis la même chose
(en moins bien)
il ne suffit pas d'être contenant
pour être contenu

(en moins bien
évidemment
car il ne
suffit pas
de se mettre
à la ligne
pour être
poète)


donc
pour en revenir
à ces histoires de chair
qui s'emboîtent
se déboitent

un jour
ça ne marche plus

Le fil cède
la tête roule
les dents tombent
les seins chutent

sur un ventre trop lourd
trop plein
trop vide

la matrice se creuse
sous le ciel orageux
il pleut des morts

jusqu'à ce que
je
ne pleuve plus du tout

jusqu'à ce que
tu
cesses que mes bouts

s'éparpillent 

quelque part

au soleil

mercredi 13 octobre 2010

Le désir

Humer la peau de l’autre
pour éteindre le feu
la soif inextinguible

Frisson épidermique
nourrie de solitude
de silences et de vide

Les yeux gobent
avides
un sourire
une cicatrice
l’ourlé de lèvres fines
le granuleux d’une joue

La langue se défend
de laper
leur présence
d’exhiber l’indécence
de sa gloutonnerie

A ce moment
les narines frétillent
de cette odeur maligne
dans le bus, le métro, dans la rue, au boulot
c’est le corps qui frémit et exhale ces sucs

Parfois, le corps de l’autre cède
et mélange phéromones à ce pic d’hormones…

La femme de l’homme
L’homme de la femme
jouit

Et dans la redescente
dans les traînées blanches
de la pensée qui pointe
des mots qui prennent forme

Le corps redevient nu
et l’estomac révulse
à la vue du sac
de peau grenue
qui balançait plus tôt

L’objet de gourmandise
n’inspire que dégoût

La femme et l’homme,
L’homme et la femme,
enfilent mutiques
leurs visages hermétiques.


écrit de MuLM publié ici même en mai 2009

mardi 12 octobre 2010

Manifestation

Aujourd'hui, j'ai eu du mal à suivre le cortège.
C'est débile quand on y songe ce mot... je ne peux pas m'empêcher dès que je l'ai en bouche, de m'imaginer le défilé bruyant de voitures accompagnant celle de mariés...
Là c'était plutôt une procession de grincements de dents, de moues désabusées, plutôt de fin de soirée...

Je traînais des pieds.
Peut-être parce qu'il y avait les enfants. Peut-être parce que l'ambiance était triste. Peut-être parce que j'étais fatiguée. Peut-être à cause du silence.

Nous étions très nombreux, genre "Nous partîmes cinq cents; mais par un prompt renfort / Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port". Mais aucune jubilation dans cet effet de masse. Parce qu'au port de toute façon, nous savions bien que personne n'empêcherait notre chute dans l'eau...

Alors nous avons marché longtemps, avec des mots par-ci par là, de la colère rentrée, des épaules tombantes, des mines renfrognées.
J'ai marché parce qu'il fallait le faire, parce qu'il n'était pas seulement question de se retirer à tel ou tel âge, mais bien d'accepter d'offrir un monde déliquescent sur un plateau à mes enfants. D'accepter de leur dire que cette vision là serait la norme, d'admettre que mes valeurs ne pourraient pas être les leurs... car leur monde n'est déjà plus vraiment le mien...

La ville me bombardait de ces vitrines, objets, lumière, strass, stress.
Nous avons cédé, usés bien avant la fin de la manifestation. Les enfants agacés et chouinant pour un rien.
Nous avons cherché un lieu où calmer la faim et le vide.

Tout était bondé, les terrasses étaient pleines.
Cela dégueulait jusqu'aux poubelles. Chaussures à talons, petites vestes cintrées, montres swatch, robes desigual, blousons redskin, jeans temps des cerises, sacs valérie bruno, parfums à la vanille...
Nous voilà tous les quatre assis sur une pauvre terrasse à avaler de misérables spaghettis rebaptisés tagliatelles à écouter notre voisin de table dragouiller la serveuse...

Le patron est sorti discuter avec l'homme. Ils se connaissaient bien. Un habitué sans doute.
Son téléphone a sonné. Toutes les tables ont pu profiter de la chanson qu'il avait mise en guise de sonnerie : "aïe aïe aïe, j'ai mal à mon trou de balle, ouille, ouille ouille, tu t'es fait enculer". Ils se sont bidonnés.

J'aurais voulu être ailleurs, mais impossible de verrouiller ma pensée...
L'addition posée sur la table, 45 euros pour bouffer des pâtes. Les rires gras.  Les fringues dans les magasins le long du parcours. Un type en train de refaire le monde dans son bureau.
Voilà, c'est ça le monde réel : du cul, du fric, du laid, de la baise.

12 octobre #2

... ET REGARDER OU ON MET LES PIEDS !

12 octobre

VAUT MIEUX MARCHER !...

lundi 11 octobre 2010

Est-ce que tu m'aimeras quand tu seras morte ?


ma fille demande : "maman, est-ce que tu m'aimeras toujours quand tu seras morte ?"

j'aurais pu dire
non ma chérie, quand on est mort, c'est le néant
pas de sentiment, rien que du vent

j'aurais pu dire
non mon coeur, je vais pourrir
devenir terre, peut-être fleurir sur un balcon

ou bien encore
non mon amour, seule ta mémoire
s'échinera à conserver des bouts de moi

je n'ai rien dit

j'ai pensé
que même squelettique, l'os brillant
je tapoterai de mes phalanges
son matelas, son oreiller, son lit tout chaud

j'ai pensé
que dans la nuit noire je continuerai
à lui chanter "dodo la minette"
en claquant furieusement des mâchoires

et puis aussi
que mes pensées morbides
rampaient sale vermine
dans sa chambre de gamine

dimanche 10 octobre 2010

Pleine lune #3


maman baise ma bouche
en plantant son couteau 

je regarde ahurie
ma poitrine projeter
un flot de sang

je ne savais pas que
mon corps couvait
une telle puissance

maintenant tout s'en va
bêtement dans le sol

seul mon coeur d'idiote
ballotte et tressaute
contre les pavés

pour enfin s'échouer
dans l'eau croupie
de la cité

samedi 9 octobre 2010

Pleine lune #2


La femme a ouvert les poitrines. Ses mains n'ont pas tremblé, ses yeux n'ont pas cillé.
Elle a mis les bouts de chairs dans un sac en toile de jute. En sortant de la cuisine, le panier de légumes s'est renversé, les pommes de terre ont roulé en tout sens sur le sol.
Comme les yeux des enfants.

Dans le sac,  il y a trois coeurs fumants.

Maintenant elle cherche une terre meuble où faire croître ses graines, où les empêcher de virer herbe folle, où elle ne les verra pas devenir chiendent.
Elle arpente les rues de Clermont, les muscles tétanisés par le poids. Des murmures pèsent au bout de ses bras. Elle ignorait que les coeurs parlaient. Leurs gémissements entravent ses pas, la font marcher au hasard. Cette ville, qu'elle connaît comme sa poche, ne lui offre pas le moindre bout d'herbe, le bitume succède au béton.

Elle grogne, souffle, renacle, avance sans faillir, mais la lune rousse arrête son élan.
La femme cède : le sac rebondit, les coeurs roulent, s'arrêtent dans l'eau croupie d'un caniveau.
Malgré tous ses efforts, ils ne boutureront jamais dans la terre auvergnate.

vendredi 8 octobre 2010

Pleine lune


Deux hommes marchent. C'est la nuit, les nuages sont lourds et moites, ils masquent leurs visages. Leurs silhouettes floues vacillent sous le ciel. On entend nettement le bruit de leurs bottes et leurs corps impavides claquer sur le trottoir.

C'est soir de match.

Près de la fontaine, de l'autre côté de l'avenue, la bière coule à flot. L'odeur de mousse dilate leurs narines. Quand leurs ombres tranchent, tous les trois mètres environ, la lumière des lampadaires, leurs cheveux roux grésillent dans la nuit électrique.

C'est pleine lune.

Leurs dents pointues luisent entre leurs babines. Elles crèvent d'éclater quelques coquilles vides.

Au coin d'une petite rue, une femme apparaît. Elle traîne en ahanant un sac en toile de jute. On entend à chacun de ses pas un feulement timide. Elle grogne, souffle, renacle, mais avance sans faillir. Son lourd chargement cogne le pavé.

Ils se figent, regardent la femme arriver le visage crispé.
Une odeur de musc se mêle au houblon, des gémissements perturbent leur chanson.
Ils la regardent : elle est lippue, a les cheveux crépus, le corps recourbé. Et au bout de ses mains un encombrant paquet qui râle et râle encore.

Les deux hommes se tendent. L'envie soudaine leur prend de jouer aux osselets.
Avec un crâne, avec des dents, avec des doigts.

L'atmosphère s'épaissit, s'alourdit de sueurs, de désirs et de peurs.
La décharge est violente, elle éclate le ciel. Les nuages se fendent mettant la lune à nue.
Une lune ronde, blonde qui tombe comme une masse à leurs pieds.

La femme lâche son sac, les hommes reculent d'un pas.
Des morceaux rouges et bruns s'accrochent à leurs bottes.
Des chats malingres et gris s'approchent de la lune, lèchent sa joue humide, tentent de ranimer son corps éparpillé.

lundi 4 octobre 2010

Longtemps...


Longtemps j’ai fait l’amour
en pensant à maman
malgré tous mes efforts
pour chasser l’ectoplasme
il restait englué
sur mes cils tremblotants

c’était l’image d’elle
photo d’une ingénue
debout les jambes nues
dans une robe blanche
à l’ourlet décousu

la mode était au court
je n’étais même pas
l’ombre d’idée d’enfant
ce passé inconnu
comme une tache noire
incrustait ma rétine

ma mère rebondissait
sur mes deux seins tendus
l’homme baisait ma bouche
espérait mon plaisir
je pensais à maman

je me faisais violence
pour dominer mon ventre
et je serrais les dents
pour calmer mon cerveau
je ne voulais plus voir
sa mémoire sur les draps

longtemps dans le lit
avec l’homme
j’ai rejoué l’histoire
vieille et douloureuse
qui n’était pas à moi
qui n’était pas à elle
dont nous portions les chaînes
sans trop savoir pourquoi

*

Jouir est toujours une opération délicate, car chaque spasme fait éclater des chaînes à grand bruit près du lit. Ces cliquetis aigus font vibrer l’air ambiant. Parfois l’image se fend, et l’un des amants tombe comme une balle molle lourdement sur le sol.
Il regarde sans comprendre l’autre qui flotte encore, le visage déformé par une joie idiote.

*

Après l’amour, ce jus qui coule, qui n’emplit rien, n’est souvent que le reste d’un mort, broyé par un fangourin.

(Penser maillée, editions du cygne, 2012)

dimanche 3 octobre 2010

dimanche 29 août 2010

De retour de vacances...

... dans la valise, je ramène de quoi nourrir mon corps et ma tête... :)



 



"Et si chaque histoire que nous écrivons est semblable aux autres.
Déjà il y a un début et une fin.
et puis qu'inventons-nous ?
Aussi pour montrer au lecteur que mon imagination reste fertile, je lui offre quelques possibilités pour débuter une histoire.
Couillon que je suis , pour écrire comme pour peindre il faut avoir quelque chose à dire, la technique ne suffit pas."

André Rober, Un ours sous les tropiques, K'A éditions, collection Aster, 2008

samedi 24 juillet 2010

Brève de voyage

jardin de l'Etat


Petit marché


Bal la poussière


Saint Expedit


14 juillet : marmaille en folie

le Colosse

piment i poak !



 
et pour finir le rose est à la mode ici... certaines le portent...

... d'autres le boivent

samedi 10 juillet 2010

Fumées

Si on considère le taux de pollution de mon environnement urbain, ma localisation sur un des carrefours les plus fréquentés de la ville, ma génétique, mes problèmes circulatoires, mes diverses allergies et les pics de stress auxquels j'expose régulièrement mon organisme, je peux objectivement considérer que malgré ma petite quarantaine, il ne me reste qu'une petite poignée d'années à vivre.

Sans compter les kilos de goudron avalés depuis les vingt dernières années...
J'aurai aussi pu commencer comme le petit moustachu par une formule du genre : "Longtemps j'ai crapoté mes clopes... ".
Le temps est parti en fumée dans mes poumons ou ailleurs, il n'a laissé aucune saveur.
Je n'ai pas envie de me souvenir.

Je suis une vieille à la peau fripée, qui boit des bières éventées dans un café miteux.
Je m'installe toujours à la même table graisseuse, uniquement concentrée sur mes mains ridées qui portent avec constance le verre à ma bouche. Ce qui se passe dehors, ce qui se passe avant, ce qui se passe après, est sans intérêt. Je porte le verre humide à mes lèvres, et laisse l'amertume dévaler une gorge prochainement ravagée par une excroissance, un kyste, un lymphome quelconque.

Si la nécrose n'attaque pas les tissus corporels gorgés de tabac, je peux compter sur la fumée ambiante. Dans le café, tous fument, des boyards, des brunes, des blondes. Tous crachent leurs miasmes sur les meubles alentours et mon corps alangui.

Et puis le halo dans lequel je baigne est rempli de petits cadavres. Je n'ai pas toujours été seule.
Je reconnais vaguement dans les formes ectoplasmiques qui flottent dans l'air, des moignons d'enfants, des sexes racornis, des cheveux filasses, des ventres tendus, des membres tuméfiés.
Cela fait des volutes. Elles enserrent ma tête, s'emmêlent autour de mon cou, s'infiltrent dans mes narines. Pour lutter contre cette sensation d'oppression, pour libérer mes voies respiratoires, je bois.

Et je rote, je pisse, je racle, je renifle, je biaise primairement contre l'anéantissement. Je confis lentement dans des fumées mortuaires.

lundi 28 juin 2010

Conversation sur canapé




Je ne sais pas comment je m'étais retrouvé sur ce canapé. Enfoncé, absorbé par des coussins trop moelleux. Incapable de me relever, de bouger mes fesses, et de dire une quelconque chose sensée.
En face, il y avait les deux types. Je ne sais plus maintenant, comment j'avais fait leur connaissance, comment j'avais pu devenir suffisamment proches d'eux, pour me retrouver là, le cul planté dans des coussins aussi mous que ma pensée.

Les types, un intellectuel et un dentiste... Et pour compléter le tableau, un besogneux.

Celui que j'appelle l'intellectuel, écrit et publie : poèmes, articles, nouvelles... Je ne sais pas s'il a un autre métier. Si on peut vivre en écrivant, publiant des poèmes, des articles, des nouvelles...
Une fois, il m'avait fichu entre les mains, un de ses livres, j'avais rien compris. Une histoire de fille dans une baignoire, du sang, de la sueur, un coeur hors de poitrine, et des mots incompréhensibles qui dessinaient des trucs sur la page.

J'avais pris un air. Entre absence et concentration.
Je sais faire ça. Depuis l'école. J'ai pas assez de matière dans le crâne. Et j'ai perfectionné l'art d'être à la fois présent et invisible. Histoire que l'autre en face soit content d'avoir un public, mais qui me garantisse tout de même de rester tranquille dans ma tête, à penser à rien, ou à des trucs qui ne regardent que moi.
Ça y est, je parle d'autre chose, alors que ce soir là, j'ai été englouti dans des marécages de velours rose...

Je disais donc, y avait  l'intellectuel... et y avait Paul. Lui, en plus du sourire ultra brite, il pense... C'est le genre vieux beau, un peu enrobé, avec des idées sur tout. Mais je suis mauvaise langue, parce que franchement, ce type m'avait toujours fasciné.
Son intelligence... sa faculté à prêter attention aux autres. A moi. Que je parle du boulot ou du dernier match de l'équipe de foot du coin... je crois pas qu'il se forçait...pas l'impression qu'il faisait semblant.

Et puis, si je suis vraiment honnête, j'avoue qu' il m'en imposait aussi avec sa baraque, sa bagnole, sa femme, son air... Cet air qu'on a quand l'argent cesse d'être un souci.
Je le reconnais, dans mon rapport à l'argent, je suis un gars de mon temps. Ni pire, ni meilleur qu'un autre...

A côté de Paul, j'avais pourtant le sentiment de sortir de moi. C'est sûr, ça va faire rigoler... mais moi qui suis penché toute la journée sur un établi,  j'éprouvais en allant chez lui, une impression de lévitation. Le poids sur mes épaules disparaissait. Je me sentais léger, mes pensées avaient de l'espace, j'étais bien.

C'est bizarre cette sensation. Ça me fait penser à ce livre qu'on m'a raconté il y a longtemps, Des fleurs pour Algernon. C'est con je sais, mais c'est comme si j'étais Charlie Gordon et que Paul était le Docteur Strass, Strauss... je me rappelle plus bien son nom.

Au fil des jours, je  touchais du doigt un truc à peine cernable, mais drôlement excitant, qui me poussait hors de mon corps... Difficile à expliquer, toujours cette histoire de matière, hein... quand on n'en a pas, on est définitivement condamné à regarder les autres penser pour soi...

Je croyais qu'à force d'être immergé dans l'environnement familier de Paul, je finirais moi aussi par comprendre des trucs, par penser ces trucs. Je ne sais pas ce que je croyais... ou plutôt si, c'est stupide et ça va ricaner, mais je croyais que j'allais partager sa compréhension du monde.

Et ce soir-là, j'étais assis dans le canapé, enfin sur la méridienne rose fuschia. Je buvais des bières, parce que j'aime pas le vin, et que-je-ne-savais-pas-ce-que-je-ratais, parce-que-le-Tariquet-premières-grives-franchement-c'est-du-petit-lait.... On fumait, on causait, j'écoutais, je riais.

Et au fur et à mesure que la fumée de cigarettes, et les vapeurs d'alcool embrumaient la pièce et les esprits. Les mots ont ricoché, les meubles ont ramolli, mon cerveau aussi. Je me suis trouvé expulsé de la conversation en un rien de temps... Ils glosaient, ils pensaient, fustigeaient l'embourgeoisement, le raidissement des masses sur leurs acquis, l'étroitesse culturelle des gagne-petits.

Je les voyais s'écouter, le corps se balançant légèrement sous l'ivresse. Je les voyais me redessiner. J'observais mes mains calleuses, je devinais mes lèvres étroites, mes épaules tombantes, ma nuque courte.
Empêtré dans cette espèce de chamallow rose pétard, je me regardais me dissoudre et devenir aussi minuscule qu'une souris.