mercredi 10 novembre 2010
J'entends le plic
J’entends le plic
et le ploc de la pluie
Le plic de mes talons
le ploc de mon corps
qui balance en cadence
j’ai seize ans
je suis une masse
d’hormones
ça coule et vibrionne
les regards qui me frôlent
font hérisser mes poils
j’ai alourdi mes joues
d’une couche de fard
barbouillé mon regard
d’un bleu pétard
Voilà
je plic, je ploc
ma démarche chaloupée
ma bouche molle
flamboie
sa saveur virginale
n’est-ce pas qu’un sourire
fait de rien une femme ?
un sourire, des talons aiguille…
J’ai glissé mes deux pieds
dans les pas de ma mère
ses chaussures argentées
à peine usées
se cachaient dans l’armoire
près d’une robe jaunie
je ne prends pas le bus
je me fous des vingt minutes
de marche
je veux que chacun sente
le fil de l’air se tendre
sous le poids cliquetant
de mon adolescence
que chaque seconde scandée
par le métal qui frappe
l’asphalte surchauffé
étouffe de sa musique
ma jeune insignifiance
je tangue, je tremble et cède
tous les deux ou trois pas
ma cheville se tord
mon genou flanche
j’avance
je fais semblant
La pluie se meurt en gouttes
et ses bruits minuscules
me rappellent que depuis
sans plic ni ploc
je plie
ma route
de travers
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