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lundi 3 août 2015

"Une leçon" de Stéphane Bernard

"replongé dans cette eau des autres, le corps gît vite parmi les objets
qu’avec lui-même il a rejetés. livres, carnets, chimies jonchent le sol.
plus loin que le reflet dans la porte vitrée des pieds de la petite table
des enfants, ce qui organise la vie dans ce corps, c’est-à-dire je,
observe le reflet des voûtes plantaires inertes, des segments
des mollets qu’un halo grisâtre de poils recouvre. je pense à lui mort,
au cadavre défectueusement pudique dans le salon. au trésor
mais sans rien, et qui, sa serrure forcée, n’offrira que l’immondice
où le sceller. l’ombre sanieuse à frotter. et qui gâchera quelque chose
mais quoi ? je regarde - parmi les livres, les carnets, les chimies –
les reflets de ces jambes, de ces pieds derrière ceux de la petite table
comme des barreaux. je reconnaît la Leçon d’anatomie du docteur Tulp.
je regarde, observe le faux Rembrandt. s’étonne mais sans brusquerie.
les jambes sont bien reproduites. les pieds, à s’y méprendre. ce
en quoi je consiste. aujourd’hui. toujours. copie de bonne facture
d’un détail dans une peinture de maître. reproduction incomplète
d’un mort de l’art. je figure un mort. détruit par décision de justice,
déchiré par la science. comme ce corps d’Aris Kindt, détrousseur,
la jeune quarantaine. et que le pinceau à jamais auxiliaire d’un regard
lui entier dépèce et rapièce dans un geste, une vibration qui parfait
une imitation de ce qui est qui est et de ce qui est de ce qui n’est plus."


Stéphane Bernard 
son blog, Une main est aussi un poing

lundi 20 octobre 2014

"Il est dit que je dois creuser le trou indéfiniment
je mets le doigt dans la gelée, ma tête a des allures de fruit
rouge
safrané
d’un beau bleu électrique
j’ai longtemps infusé au large de l’Afrique
il reste dans la boîte, sur mes épaules
des odeurs, des saveurs
la bouche ouverte, l’île
au fond du récipient sous les pelures
la coulure des pigments et le noir basaltique [...]"

 La suite à lire


Terre à ciel accueille aujourd'hui une suite de mes poèmes
Vous pourrez y lire également dans la rubrique Un ange à notre table, des poèmes de Stéphane Bernard, Stéphane Poirier, Christophe Jubien, et Jacques Estager


mardi 6 mai 2014

Le blog de Stéphane Bernard #lire

"ce qu’il faut absolument être : effroyablement soi.
je répète sans cesse. ce que je suis.

vingt-cinq ans.
je reluque mon image dans le miroir d’un meublé.

punaisée au-dessus, l’icône faite
par Malanga d’un Pop nu.

queue pendante, œil dur.
dominant la vasque où je crache."


Poème Deux nus, Stéphane Bernard, à lire son blog