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samedi 7 décembre 2019

"Je n'ai souvent qu'une phrase...", poème de Anna Jouy

"je n’ai souvent qu’une phrase de poète pour que le songe enfonce la porte du vide
ce sont des lampes torches, des missiles de soleil
et la nuit est fendue
une phrase pour avouer que j’aime vivre
et que toutes les morts fondent comme des épées glacées à l’auvent des fenêtres
une seule phrase, mon dieu !où lancent-ils le crochet, la mouche et le moulin pour que je remonte des noyades
et respire le ciel"

lundi 17 novembre 2014

boyaux - Anna Jouy

"Je rentre chez moi, femme tiède.
J’aimais quand c’était la brûlure, un toit de soif au soleil.
Chez moi, maison cautérisée, chez moi abri qui boîte, qui cartonne, qui sardine.
J’aimais que glissent les quatre horizons, le stade des épreuves de largesse.
Je rentre chez moi, chambre sans vue où l’on tond la parole avant l’hiver, l’on mutile le parquet pour une cage de neige.
Pourtant on a craqué sur les foins qui dansent.
Chez moi, compagnie nettoyée du silence, curée de fosses et de fesses. Ventre empaqueté des départs, envol étiqueté boulet définitif.
J’aimais cela devait suffire.
Je rentre chez moi coupée, débourrée, découillée sinistre.Semences jetées dans de stériles étoffes de gaz et d’aperçus. Hoquets de peine et fracas sur des papiers perdus.
Je songeais mettre au monde les phylactères du plaisir.
Chez moi, rasée comme un osier de saule, tête en moignons de prières. Le ciel court et près du crâne.
tu regardais prier les fûts et ma forêt
Je rentre
Chez moi, l’asile, la nuit. Chez moi, l’invertueuse obscurité.
Le couloir."

Anna Jouy, poème extrait de son site Mots sous l'aube

dimanche 11 mai 2014

Le blog d'Anna Jouy #lire

"faillir, faire ces choix qu’on ne sait pas faire, qui ne sont peut-être que ceux de l’incapacité, ceux du vivre petit, du vivre sans.
faillir, perdre audace, se détester de toute sa peur, de toute sa misère. parce que rien n’est moins clair que cette évidence d’angoisse, de défi, d’essoufflement, partout dedans
faillir manquer de son courage, de sa force, faillir faiblir infiniment. n’en retirer que de la honte. du miserere lamento. entrer en mots, s’y dissoudre et puis dans le vrac peser sur la touche justifier
faillir comme errer, comme débander. sentir que tout en soi s’épuise, qu’on n’a rien en source, rien de plus qu’une espérance inégale, battue à la pompe... parfois la tension est si basse.
faillir. y être presque arrivée et lâcher."

faiblesse d'Anna Jouy, à lire son site

mercredi 1 janvier 2014

Agrès acrobates - Anna Jouy

"entre ses mains
le chant n'a qu'à bien se tenir
il relève les filets du silence

ses orgues barbares mitraillent à blanc les yeux noirs
et les cœurs assortis

toutes les femmes se cambrent sur le ventre de ses paumes
au pétrin de la glaise
du plâtre
d'un peu de sable
elles ne songent plus qu'à ça qui rampe entre leurs lèvres entrouvertes

l'ange pleure de se vouloir chair
l'homme supplie le ciel d'un peu d'air"


Anna Jouy, Agrès acrobates, p.31, p.i.sage éditeur, 2013 

vendredi 2 novembre 2012

Tarot-Eros par Anna Jouy

Vais-je m’élancer ainsi, me prendre un pied dans le ciel ? Inversion de fortune, ma maison peut-être tremble ? Les oiseaux sortent de terre vers des refuges de nuages. Ai-je perdu mes petites ailes dorées et est-ce une pluie de métaux lourds qui cinglera de mes pavés ?

Attraction permutée, pôles démagnétisés, ma vie se détache comme la plèvre des grandes tuberculoses. Je quitte ses bases et brasse des deux mains. M’accrocher à des cendres fugaces. Tenir ou ne tenir à rien…

il va neiger. 

C’est qu’arrive le temps des cabrioles et de ces allègements de la tête. C’est bien. J’atteins à grands trous, l’effet de passoire. Une pluie à rebours. Nuages et avortement de coton. Mais si le ciel me donne signes, pourquoi fait-il en mon ventre des fœtus morts et ces injections de foutre candide ? Mes entrailles seront-elles le dernier espace mûr avant la folie ?

il va neiger n’est-ce pas ?

Soleil silo. Il me crache sur l’île des sueurs. (pour lui poète trouble) fraternité des souches et de l’étoupe, le fleuve à l’entonnoir. Un fil rouge vient de saigner ma gorge et mes points de côtés. L’astre entre glaives et piqûres écrit sur ma peau des basanes profondes, y grave une ride à la ligne. Les flots qui m’enceignent sont si clairs, je crois qu’ils arrivent des soupirs du monde. À la rouelle, ils distribuent nos efforts. Temps de lumière et temps de feu. C’est vivre qui importe et le jour est ce territoire ouvert.

neigera-t-il, dis moi… ? 

Tenir à la main le bâton rouge et les yeux plantés dans l’étoile. Que mes grelots résonnent, qu’ils fassent le bruit qu’il faut. Je ne veux m’aveugler que la tête haute et que chaque pas fraye avec les bêtes et les chiens. À ma taille des yeux et des perles. Je me sens porter la cartouchière du bonheur et des lueurs. La munition essentielle! Dans mon baluchon, que des pierres, pour l’équilibre des pas et ne pas monter trop vite. Briser mon genou pour ce repas de membres désossés. J’ai des choses à vivre qui n’auront rien de léger.

Enfin ! Tous mes flocons montent au ciel. 

Détachée, puisque Anna je « suie »

Et j’écris



Tirage tarot 
Maison-Dieu /envers 16 
Soleil / endroit 19 
Le mat/ endroit (sans nombre)
Total 35 3+5 = 8 la justice qui écrit une plume à ses pieds et tient la folie dans l’équilibre biaisé des tensions 




pour Maryse Hache
Premier vendredi du mois, c'est vase communicant, second passage de flux entre Anna Jouy et moi-même : 
“Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d'un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations.” 
Mon texte chez Anna. Vous pourrez lire ici même d'autres textes d'Anna Jouy et
La liste des vases communicants est comme d'habitude disponible sur le blog dédié, le groupe facebook ou le scoop-it.

lundi 17 octobre 2011

Revues et lu #2

Anna Jouy parle des revues Verso 146, Nouveaux Délits 40 (j'en suis ;) et Traction Brabant 42 
Et pendant que vous y êtes, lisez les poèmes ciselés d'Anna Jouy
Pour la mise en bouche, un extrait :

Lunes d'iris

je posterai mon ciel  sur le bord des fenêtres pour des oiseaux affamés et des miettes heureuses
et le monde lira le vol
 une étreinte d'ailes sur des volets qui claquent
je posterai 
non  ce baiser que je tiens sur ma bouche ni ce rouge de cire qui ferme le mystère
 
mais des cils
le spasme du cou
le dépôt  d'amour d'un bruit dans une oreille  [...]

vendredi 2 septembre 2011

Reprise d'Anna Jouy - Vases communicants

Rhume de cerveau, éternuements de l'intelligence. Je bégaie des idées comme des postillons d'humeur. Problèmes de saison, automne de toutes les couleurs des vertes et des pas mûres. Une pensée après l'autre, le rouet est plein et déborde. Après qu'en reste-t-il qui tienne à l'estomac? Pas grand chose et parfois même la chiasse normalité de tous les transits.
Je dépense mon temps en semailles, le champ est vaste et à peines labouré. Je fais mon semis d'un geste de repiqueuse, il me faut une machine à coudre pour sillonner mon pré
et la terre tissu conjonctif est dure comme de la futaine de cow-boy. Je vois Millet prier ses pauvres angélus et le tablier sale des travaux sans fin.
Je monte la charge, au loin mon troupeau de moucherons bourdonnent et sucent le sang des fleurs.
Il est temps de respirer en dehors du sable aqueux des vieilles bruines qui rentrent par le nez et font baver les narines. D'essuyer les peintures de leur grisaille de suie et de restaurer la lumière. Temps de sortir du cadre et de visiter les jupes fraîches de l'automne la main dans le sac et les bas de laine douce.
J'use en vain mon cœur en petites oboles, le divin n'aime pas la fumée de mes sacrifices. Caïn courbe l'échine sous le poids des cendres. L'œil impitoyable du critique use le sens des lignes et des perspectives du tableau, les prières sont lourdes et rasent le gazon.
A l'horizon les Indiens lèvent le camp et leurs cheminées ont pris le chemin du départ.


Premier vendredi du mois, c'est Vases communicants,
 ce mois-ci c'est Anna Jouy qui pose ses mots magnifiques chez moi...
et qui m'accueille chez elle par là http://annajouy.over-blog.fr/m/article-82985067.html


La liste de tous les vases communicants de septembre  
sur la page facebook dédiée aux vases 



mardi 19 juillet 2011

... La gourmandise est un joli défaut

Je continue avec Ces missiles d'allégresse d'Anna Jouy. Comme souvent dans les textes d'Anna, de la jouissance à la lecture, chaque missile atteint sa cible quelque part entre là et là (vous laisse situer où ;). Jubilation de la lecture, grâce à la richesse des images qui déferlent. Anna m'a dit être "réalisatrice de poèmes", et c'est exactement ça, on la lit, et on se fait un film (sur grand écran of course)


extrait :
"tu sens la mauve mon amour la fleur aux dents et ce petit fracas de gel à soleil tapant
le grain d'orage le fruit trop mûr
la solitude
l'air des gares après le dernier train
le sable éteint du vin
le temps le temps le temps
qui sèche tout et dresse des sarcophages
[...]"

Ces missiles d'allégresse, Editions de l'Atlantique, collection Eros/Thanatos, 2011

samedi 7 mai 2011

Anna Jouy

Extrait de Prise de sang :

"j'ai dans le creux du bras un bleuet qui pousse

une excroissance d'ecchymoses
comme une planète vue d'ailleurs
avec ses continents déserts et ses amazonies
j'envoûte à la saignée un perroquet d'azur
et d'ébrouer le bras je vole. ..
[...]"

 son blog
(j'ai découvert Anna Jouy grâce aux revues  Nouveaux délits et Comme en poésie : de la poésie à vif comme j'aime)