dimanche 15 mars 2026
petits oiseaux au bec pointu qui pilonnent
Dans la rue, la misère des corps et des mots monte
des hommes fouillent les poubelles, des femmes interpellent
des gâteaux rassis devant les boulangeries
Dans la rue, des silhouettes dessinent des ombres avides
devant les vitrines surexposées des magasins de centre ville
Derrière les façades dans les bureaux, des hommes sûrs d'eux qui boîtent
Les riches, les pauvres ne vivent pas la même langue
ne partagent pas la même histoire, ne fraient pas sur la même planète
samedi 22 novembre 2025
dimanche 23 mars 2025
vraiment
est-ce que
où tombent tous ces bruits, ces cris
qui cognent comme la pluie
que font toutes ces mains
qui grattent à la fenêtre
comme des cils
allument, éteignent selon
le jour et la nuit
que disent ces doigts à pointes
qui s'insinuent par le creuset des rides
qui cherchent l'entrée des cicatrices
boursouflées, bourrelets extra, intradermique
de quel côté de la peau, le monde
toutes chairs compactées, s'évertue-t-il encore à exister ?
mardi 11 mars 2025
[...]
en grattant un peuon arrache les petites peaux
l’épiderme, le derme
on atteint l’os puis la moelle
on y trouve et s’y mêlent
les aïeux morts et
les enfants vivants
en grattant un peu
en lieu et place des veines
une écorce nouvelle où les morts
sont des nœuds irisés
fendant le bois d’ébène
en grattant un peu, le mort perd
son r et ravive la langue d’un petit e
que le mot soit la motte de terre jetée
un matin tôt sur le cercueil du père
lundi 9 décembre 2024
... Jour neuf (extrait)
de celui qui tient la loupe
de celui qui a le vocabulaire en bouche
de celui qui glose glousse glougloute
Parfois, on rit en douce
cette histoire de main nous passe
par dessus la tête
le ciel
les nuages
cette main qui ne nourrit pas son homme
mais invite
au voyage
samedi 7 décembre 2024
Tombée la nuit,...(extrait)
ce souvenir du commencement
que la mémoire trompeuse tente de ranimer
et on se demande si deux pinces d'inox
en tenaille sur nos tempes
peuvent renouer les fils du passé
on se demande
une chose saugrenue remplaçant l'autre
quand surgira le premier rayon de soleil
pour foudroyer la douleur tenace
qui vrille nos tympans
vendredi 4 octobre 2024
Gestion de natures mortes
les hommes aussi
vont et viennent
perches à fruits s'agitant
parfois la chose ou l'homme
la fente où planter les dents
bizarre ta pensée, massif
finira bien par décentrer
et la chose - ou est-ce l'homme
que s'écrasent au sol les mirabelles
leur chair saturée de sucre
lundi 3 juin 2024
... Longtemps
écorche, râpe
ma pensée et mes pieds
jusqu’à ce qu’un sursaut
dans la moiteur des draps
Longtemps, j’ai écrit
des circonvolutions
de ma bouche
de ma langue
mes neurones
sauce blanche du cerveau
montées en mayonnaise
ma névrose et la fuite
des images et des mots
Je glisse, je tombe
entraînant à ma suite ce trou noir, la mémoire
le déroulé des phrases, le bruit blanc des lettres
qui s’emballent, s'empêtrent dans mes gribouillis
cette plâtrée épaisse tout de non ou de oui
où chaque bulle d’air éclate sur la langue
Longtemps...
les fractures friables sur le dos de la bête
les blessures que mes pas épargnaient en riant
J’avais... six ans... dix ans... trente ans
la pointure élastique, presque toutes mes dents
le lait, la sagesse coulant et s’écoulant
de mes tétons pointant à mes seins lourds de graisse
une poignée d’années, toujours la même adresse
Longtemps, j’ai cru que le temps était une boucle
un bracelet métallique qui clique cliquetique
à mon poignet, la chaîne qui chante sa chanson
« Maillons, maillons, maillons
le recommencement »
J’ai atteint le sommet et maintenant je glisse
arrachant de mes mains des touffes d’herbes rousses
aiguisant mon haleine aux aigus des cailloux
que les plaies de ma bouche en rigoles nourrissent
la terre de l’enfance au fond de la vallée
Je glisse, je tombe, ricoche, entraînant dans ma chute
le bruit des souvenirs tout au fond de mes poches
sous mes fesses la douleur, le doux jaune ecchymose
[...]
lundi 27 mai 2024
V(i)eille - 3
de faire oublier par une fausse vigueur
pour éviter le gras ceinturant nos pensées
faire croire en contractant bien fort le périnée
qu'on éloignera longtemps la fuite des années
pourquoi se tartiner de beurre pour remplir les vides
regarder les regards louvoyer sur nos rides
pourquoi ne peut-on tout simplement pas
profiter
des lueurs de fin de jour
avant l’obscurité
V(i)eille - 2
vieille
dénudée et ridée
tourne en rond comme un poulet sans tête
sur le trottoir
fait des bruits de peaux flasques
agite ses cheveux longs et blancs, roule des yeux hagards
exhale une odeur sure
de poisson et de cendres
une femme vieille
vieille
lourde et tordue
offre son sexe mort aux regards des passants
titube sur le bord puis chute lourdement
dans l’un des nids de poule, petits tombeaux offerts
aux oiseaux souffreteux
à la misère des corps
V(i)eille
une femme aux yeux semblables aux miens
perd la vue
une femme au ventre lourd comme le mien
à moitié nue
ses cheveux grésillant dans un gris lumineux
à l’horizon, la lune tombe et crache
une histoire sombre dont on connaît la suite
un conte terrible dont on nous tait la fin
Le temps passe
une femme ouvre la bouche grand
claque des mâchoires comme une pelleteuse
creuse dans les fondations de la maison
une forme parfaite
rectangulaire
une forme parfaite
dont la surface s’amoindrit
à mesure que les os se tassent
une forme parfaite pour contenir
un corps rabougri perclus de souvenirs
lundi 29 avril 2024
5
sans fin
nos morts se désagrègent
le long
du puits sans fond
remontent
des phénomènes étranges
inexpliqués
des corps poreux
vers
des vivants noyés
dans une mare de larmes
sans rive ni bord
la fiction
inonde la maison
*
ceint par notre visage
un noir insondable
et quelqu'un demande
est-ce que tout va bien ?
sur la peau molle du crâne
on ne voit que les grimaces
les rictus et les bouches
cul-de-poule et personne
ne comprend vraiment
ce tout
va bien
*
petite Alice encombrée par ces morceaux
hétéroclites de souvenirs qui flottent à la surface
comment pourras-tu seulement retrouver pied
quand sauras-tu quitter ce conte
pour avaler le beau
le sur
réel
samedi 27 avril 2024
4
je ne partagerai pas une série de textes pour...
je ne dirai plus le nom de...
des chicots l'ont réduit au néant
il ne reste plus rien dans...
mon corps
est une canette dont la languette
a été tirée trop brutalement
de mes yeux, mes oreilles, mon sexe
des flux, des flots, des geysers
jaillissent et ruissellent sa...
la mort
de sa bouche édentée
malaxe et m'avale
entièrement
dimanche 21 avril 2024
3
une étole violette et une odeur d'encens
dans sa barbe bien faite, la lotion de benjoin
tapotée le matin, sur sa peau toute fraîche
l'apprêt bien ordonné pour filer l'homélie
je ne connaissais pas le petit curé
je ne connaissais plus le petit cadavre
caché dessous le bois du cercueil, la forêt
son humus et la mousse qui nous tendaient les bras
j'étais là et ailleurs et du curé singeais
tous les gestes et répétais
tous ses mots et tentais
de raccrocher la mort à l'autre mot idiot
l'homonymie sanglante poêlée au balsamique
des pensées chaotiques pour peine famélique
dimanche 17 mars 2024
lundi 11 mars 2024
Poussière dans nos têtes
poussière dans nos corps
poussière autour, poussière
dans les moindres recoins
de la poussière
partout
suffoque et pleut
envahit et croule
étouffe chaque cellule
je me demande qui
a planté sa paille pour siffler ma moelle
je me demande qui
joue du bongo avec les lobes de mon cerveau
Comme tous les autres, je marche, roule
roulis, éboulis
avec une tête creuse aboulique plantée sur un corps mou
cela fait de la musique quand nos coques vides se cognent
sur les trottoirs, c'est le ballet des crânes ruginés
le concert de leurs sonorités argentines
Où donc la chair s’est-elle fait la malle ?
dans quel bocal ont coulé nos pensées ?
ces poissons qui filent dans l’aquarium trouble
où l’on entend quand même malgré l’ignorance qui pèse
le maillet tapant la vitre vert-de-gris
où l’on entend aussi les acouphènes qui fêlent nos silences
la symphonie des cloches à un enterrement
jeudi 14 septembre 2023
rêche
râpe
crisse
sur le tableau du ciel
et tout s'émiette
grains de sable
à l'envers de paupières
va-t-on y voir plus clair
ou nos yeux exorbités vont-ils
continuer à rouler dans tous les sens
sur l'embrouillamini de chairs et de mots
usés jusqu’à la corde
*
Les images pèlent
sur nos yeux larmoyants
trop de gaz ?
trop de filtres ?
trop d'émotions?
on cligne
et ça claque, claquette, cliquète
on ne sait plus vraiment
si c'est la peau
la matraque ou les dents
qui s'agitent désespérément
mardi 15 août 2023
le matin avant le réveil
du reste de la famille
sur la table de la terrasse
reprendre ou dérouler le fil
m'enfiler t'enfiler les enfiler
par le chas de l'aiguille
raccommoder à petits points
les pensées décousues
repriser le poème toile de jute
des amours distendues
peau sèche
talon de vieille
qui s'effiloche
mots mailles
(vaille que vaille)
tenant à peine

