lundi 25 mars 2019

linguis

nous ne sommes pas très à l'aise avec les langues étrangères
nous manquons de pratique et de vocabulaire
nos bouches ne sont visiblement pas faites pour certaines voyelles
tu parles l'anatomique, je ne jure que par l'organique
et bien que nous ayons conscience de notre idiome commun
lorsque nous nous allongeons sur la page
étrangement l'un de nous balbutie
je pose ma main noire sur ta peau blanche
le sens de ton corps fuit dans un vide pendant que le mien calcifie
quelque chose heurte l'oreille, le réjouit
une musique dissonante monte des mouvements saccadés dans le lit


(republication)

lundi 11 mars 2019

dimanche 10 mars 2019

ma précieuse, ma beauté


passe la langue sur la crénelure au bas de mes reins
mange de baisers cette trace de couteau
ce souvenir d'un vélo volé 
dans un temps 
où tu n'existais pas
ma peau était vierge, et maintenant te voilà
à raviver du doigt mes petites blessures
que ton corps descelle
que mon corps te scelle
ma précieuse
ma beauté
je baiserai moi aussi tes cicatrices
ton champ de chagrins, ton lichen aigu
nos matins lourds, nos nuits sans sommeil sous tes seins pendus
ma précieuse
ma beauté
tricotons des jambes, tricotons des bras 
nos saisons confuses et nos cheveux blancs
le temps
file
l'amour
va
source - Yulia Kazban

samedi 2 mars 2019

mon sourire, je te le donne

activer la pelle mécanique de la bouche
et aligner ses dents comme un rempart
mon sourire, je te le donne
qu'il trace ses morsures dans nos certitudes

activer la pelle mécanique de la bouche
histoire de remplir le vide, tous nos vides
celui autour
celui dedans
mon sourire, je te le donne
qu'il claque comme un drapeau dans le vent

activer la pelle mécanique de la bouche
mâcher des mots, les remâcher, cracher 
le bol alimentaire dans le bec d'un oiseau mort 
mon sourire, je te le donne
cogne la langue contre des vers

Radicelles - on en parle

Note de lecture de Radicelles par Murièle Camac sur son blog

"Un poème, une photo. C’est le principe de ce livre.
Les poèmes sont de Murièle Modély et semblent constituer comme une reprise et un prolongement, après quelques années, de son premier recueil remarquable Penser maillée. Corps, matière, enfance, île, langue, une violence sourde. Le recours au créole dans certains textes donne à ceux-ci une profondeur poignante.
Les photographies sont de Vincent Motard-Avargues et proposent, comme en écho visuel, une auscultation minutieuse de la matière, entre inquiétude et fascination.
A signaler aussi la très belle préface de Dominique Boudou"
A lire sur le blog