vendredi 29 août 2014

(c) Christian Rex van Minnen

tableau

un coude, qu'on aperçoit par le trou d'un chandail jaune, se soulève de la table, se repose violemment. la main épaisse au bout fait une ombre au dessus de l'assiette, cogne un verre ébréché, interrompt le vol d'une mouche, l'accule sur la peau du melon. l'insecte, dérangé à nouveau  par les miettes de pain projetées lors de la découpe, reprend sa boucle, bourdonne. la main, encore elle, pose une tranche à droite d'une autre main, frêle et blanche, comme un éclat de porcelaine au bord de la scène. la table est carrée, une poêle trône à égale distance des quatre mains posées de chaque côté des assiettes. laquelle des quatre osera franchir la ligne, trancher l'odeur de viande trop cuite qui dérive et retombe en particules grasses sur la nappe à carreaux. aux angles, le silence. seuls un ou deux bruits s'invitent, un crépitement d'huile, des grincements de dents dont on ignore la bouche. le tableau est étroit, ils en débordent.

jeudi 28 août 2014

(c) Christian Rex van Minnen

nature morte

au milieu de l'assiette un fruit et un légume gisent ratatinés
sur la droite une feuille blanche grouille de pattes de mouche
sur la gauche une main sèche brune finit de momifier
le tout s'alanguit dans un cadre doré au milieu d'un mur
qui tombe par plaques dans un musée obscur


mercredi 27 août 2014

mardi 26 août 2014

fruit

je veux être
le duvet sur le fruit oublié derrière la poubelle
dans l'évier le carré de peau flétri rabougri couvert de poils
le presque rien accroché au métal

     là
         la moisissure
puis le hoquet
quand la main passe sur la peau  qui refuse insiste veut
sous les doigts s'évanouit pourrit renaît
velours vert multiplié


Série Sphère © Ganaëlle Maury

légume

je veux être
quelque chose
un
quelque chose
inerte et
organique
pas de tête
pas d'idées
pas de poésie
pas de fille qui
écrit fragmente
retour à la ligne
la poésie
la fille
comparaison
pas de raison
veut être
inerte comme
un oignon
ça pue
ça pique
ça a un cœur
ça contamine
ça confit le mot
inerte et organique





Séquence photographique (c) Duane Michals

lundi 25 août 2014

charogne #4




Reçu ce jour le n°4 de Charogne, tout beau, tout chaud, vous pouvez le commandez , dans ce numéro, vous pourrez lire aussi Yve Bressande,Mike Kasprzak, Timothée Mathelin, Pascal Pratz, Guillaume Siaudeau, Marlène Tissot, Laura Vazquez,  Thomas Vinau

On en parle #3

Cathy Garcia a lu Je te vois (éditions du Cygne, 2014), et en parle sur son blog 
Et je l'en remercie.


http://delitdepoesie.hautetfort.com/archive/2014/10/02/je-te-vois-de-muriele-modely-5459910.html

On en parle #2

https://www.facebook.com/photo.php?fbid=355851874581158&set=a.138609159638765.32544.100004690445820&type=1&viewas=100000686899395

     Merci à Cédric Bernard (Les Mots des marées) pour ce retour

Les doigts qui puent - Grégoire Damon

"j'aimerais écrire un poème sur les chevaux
un long poème
lyrique
rythmé
avec des consonnes plein les galops et le cliquetis des armes
avec des jeux de lumière sur l'écume au licol
des dents énormes
des croupes moirées
et des odeurs de foin
j'aimerais écrire un poème comme un hennissement
comme un souffle
comme on se cabre
comme on s'ébroue
le problème c'est que les chevaux ne sont
pas ce meuble altier qui vous effraie les Sarrazins en moins de deux
les chevaux s'en foutent de l'épopée
leur truc ce serait plutôt de vous croquer une phalange à l'heure de la pâtée piétiner le crâne quand vous ronflez bourrés
balancer leur queue dans les essaims de guêpes
(du moins pour l'expérience que j'en ai)
d'ailleurs
ceux qui aiment les chevaux
comme ceux qui aiment les chiens
comme ceux qui s'aiment eux-même à en glousser seuls sous les draps
doivent accepter de vivre avec les doigts qui puent
et ça
vraiment
c'est au-dessus de mes forces"

dimanche 24 août 2014

neige

Putain, ça fait peur !

ça se plante d'un coup
comme un poignard
(long, très long, et effilé)
que quelqu'un t'enfoncerait
d'un coup d'un seul
de la gorge au derrière
en passant par ton cœur

ça te plante d'un coup
cette prise de conscience
(immédiate et très claire)
d'être debout la tête en bas
solidement retenue sur la terre
par le big aimant
sous tes pieds
là là très très au fond
sous les couches
et les couches
de sédiments

toi plantée comme
une punaise
sur la boule qui tourne
parce qu'il faut bien tourner
et tout autour
un peu au-dessus
(en fait c'est en-dessous)
le vide
incommensurable
que tu caresses
la tête en bas
de la pointe de tes cheveux

jeudi 21 août 2014

tiens !
prends un fil et une aiguille
recouds tes lèvres à points serrés
reprise nous un sourire
bien large
le mouvement du coude doit être ample et léger
pique, tire, étire
crochète jusqu'en haut de la pommette
la joie des commissures
couds, couture
brode tes éphélides
hein, que le tableau est joli quand tu t'appliques un peu !

/

sois sage !
- sage
sage
sage
je le répète
doucement
trois fois dans ma tête
- sage
sage
sage
je bouge mes lèvres
muette contre la serviette
trois fois dans ma tête
jusqu'à ce que
ma bouche
- sage
jusqu'à ce que
ma bouche
sourit


/

je t'écoute attentivement, maman
je brode en rouge d'une traite
le poing d’exclamation

et nous voilà toutes deux
pleinement satisfaites
sourire et mot

lundi 18 août 2014

"Écoute-moi
J'ai quitté mon pays
Ma raison
J'ai quitté mon enfance
J'ai fait le voyage du fleuve
Avec
Les singes hurleurs à face d'homme
Les grands arbres abattus
Les cris de la forêt
Les cris de la nuit
J'ai eu ma prairie
J'ai bâti ma maison
Le moment était vierge
A l'heure blanche
Avec mon cheval rétif
Ma volaille périssable
Mon enclos branlant
Mes souvenirs ardents
Blessés
Le bonheur m'a suivi
Comme un chien à trois pattes
J'ai eu mon bonheur pour rien
J'ai eu mon voyage
Tout homme est un voyage
[...]"

Jours de rumeur, Jacques Bloy, Tarabuste, 1998

dimanche 17 août 2014

samedi 16 août 2014

"Je rêve d’une mort subtile, d’une mort camouflée, que le sursaut des masques travestisse en extase ou en rire.
Je rêve d’une mort qui s’ignore, innocente et sournoise, du couteau au détour des ruelles, de la balle perdue qui me préserve jusqu’au bout de l’horreur du choix.
Je rêve d’une mort anonyme, effacée, opaque à force d’ourdir ses raisons, ou n’en ayant pas, qui, ne justifiant et n’achevant rien, sauverait le secret qui n’existe même pas hors d’elle…
Quelquefois, l’on se souvient, ou l’on rêve : de l’adolescence savante, de celui qui au sortir d’elle, revenu de tout, faisant déjà corps avec sa dépouille, traverse seul la trouée vers la promesse des bateaux. [...]"

extrait de "JE ME SOUVIENS…(XVII): Rhapsody in black (1971)", Les Confins, André Rougier, 2014



"Il arrive au milieu de la vie que la mort vienne
prendre nos mesures. Cette visite
s'oublie et la vie continue. Mais le costume
   se coud à notre insu."

extrait de "Sombres cartes postales", dans Baltiques, Tomas Tranströmer, Poésie / Gallimard, 2011 

vendredi 15 août 2014

On en parle #1

Un article sur Je te vois par Patrice Maltaverne
sur Poésie Chronique ta malle, son blog de
libres chroniques poétiques
Pour le lire cliquer sur l'image ci-dessous

http://poesiechroniquetamalle.centerblog.net/97--je-le-vois-de-muriele-modely

(c) Alessandra Sanguinetti
tu
marches la nuit
le vide en son étreinte
baise tes paumes

l’abysse le soir
dans le lit dans le noir
n’effraie
aucune môme

tu mens
la nuit tu mens
dans l’oreiller tu feules
tes cris de chat

tu fais semblant
seize ou vingt ans
tu mens
après c’est le vieil âge

tu répètes à l’envi
cette incroyable phrase
l’histoire la même
toi collée aux barreaux
son corps embrasé chaud

enflamme la proie
le fauve sur le point
la tension qui distend
le temps

au fond de ta gorge
la gousse le grain d’ail
une épice entêtante
amère

sur le point de bondir
le désir sous tes ongles
sous la langue déjà
fermente



lire les poèmes précédents p. 61-70 dans le n°20 de la revue numérique Paysages écrits

Parution de "Je te vois", éditions du Cygne, 2014

Un extrait sur Poésiemuzik de Christophe Bregaint

Sanda Voïca en parle dans la revue Paysages écrits, voir là 

Lecture d'un extrait sur soundcloud

Jacques Morin en parle dans la revue Décharge n°165, voir

Jean-Marc Undriener en parle sur son site Fibrillations 

Cécile Guivarch en parle sur le site Terre à ciel ici 

Murièle Camac a rédigé une note de lecture sur son blog Les portes de la perception

Patrice Maltaverne en parle sur Poésie Chronique ta malle

Cédric Bernard en parle sur facebook 
 
Vous pouvez lire des extraits du recueil sur la revue numérique Ce qui reste

Cathy Garcia a rédigé un article publié sur différents sites (Délits de poésie, son blog ; Traversées ; La cause littéraire




*

http://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-je-te-vois.html

"la peur comme un serpent m’attache au lit
la fenêtre est ouverte j’entends le soleil
j’entends traîner les corps dans la rue
crépiter toutes les mues sous le ciel
j’entends le bruit et le silence aussi
le vide dans l’échancrure des tissus
des femmes mettent les voiles
d’autres les ôtent
à l’intérieur j’enfile ma peau
je sue l’encre ma peur dans les draps chauds
[...]"





mercredi 13 août 2014

L'Autobus n°20 - Les vaincus


Le n°20 de L'Autobus, revue dirigée par Fabrice Marzuolo sort en septembre
et j'en suis en compagnie de :

Basile ROUCHIN
Patricia PAUL
Jacques LUCCHESI
Alexandra BOUGE
Line SZOLLOZI
Frédéric VITIELLO

Pour la petite histoire, voilà ce que dit Fabrice de la revue, sur le blog de ladite :

On peut en savoir plus en s'adressant directement à  Fabrice Marzuolo, le conducteur du bus :
fabrice.marzuolo@wanadoo.fr

dimanche 10 août 2014

 (c)Tiina Kivinen

ta main passe
cela fait mal, oui cela fait mal
le rideau de larmes
mais rien n'est
"ni tout noir, ni tout blanc"
dis tu, ton poing évitant mon épaule
derrière, il y a le soleil
qui se reflète dans les quatre crevasses
que mes phalanges ont creusé dans le plâtre en tapant
comment en est-on arrivé là ?
quel autre que toi déchirera ma toile
qui d'autre que moi fera dans ton ciel
d'orage
le jour en pleine nuit

*

il n'y a pas de plus gentil garçon que toi
je le sais, je m'ennuie
je prends des mots, fantasme, revis
un vieux souvenir enfoui
dans la chrysalide
je ne suis pas un papillon
j'arrache avec application toutes les ailes accrochées au plafond

*

"tu es bizarre"
c'est ce que tu as dit la première fois
mes petites torsions larvaires te plaisaient bien alors
car j'étais seule, rien ne pesait
il y avait ce trou pendu un peu plus haut
mais j'y mettais ma bouche, sifflais

*

il y a toujours le trou
il attend sagement sous nos pieds
une nouvelle puis une autre
nous pousse
une peur
une angoisse
ombilicale
ou métaphysique
ou terre à terre
qu'importe
manie la pelle avec agilité
ou constance
ou complaisance
"tu es chiante"
c'est ce que tu dis maintenant
je m'interroge sur la commutativité des adjectifs à quelques années près


samedi 9 août 2014

© Dan Voinea, in absentia, 2012

je ne peux pas vivre dans une ville sans fleuve... n'insiste pas... la campagne ne m'a jamais fait pas rêver... je sais qu'un cours d'eau traverse la plupart des villes... mais moi, je veux un fleuve... pas une rivière, ni un ruisseau... un fleuve... des trombes d'eau, quoi... oui, mais pas l'océan... comment ça, c'est bizarre... tu veux savoir pourquoi... tu veux savoir pourquoi... ça me fait penser à... j'ai l'impression de ... en fait, je retrouve... le bruit sourd de pleurs derrière la porte... le flux, le reflux des larmes... la nuit... dans mon lit... l'écrasement continu des vagues contre les rochers... dans la pièce à côté... le corps qui tombe... l'écoulement de l'eau me rappelle... les odeurs de l'enfance...  le sel... à fleur... la peau... les yeux qui piquent... les hurlements dans l'oreille... les deux coquillages muets, alignés sur l'étagère près du poste de télévision... le sable qui tourbillonne en glougloutant dans la baignoire... au retour de la plage... les marques du maillot sur les fesses, les seins...  enfin le torse... il n'y avait pas de seins... des traces... des bouts d'images... de mots... sous la giclée d'eau... je veux vivre dans une ville près d'un fleuve... rien de plus... rien de moins... nous ne bougerons pas.

mercredi 6 août 2014

(c) Stefan Zsaitsits, Variations, 2012

le corps
est un rempart
contre

la peur, l'angoisse, la colère, la rage, les trucs abstraits qui stressent, oppressent, je ne les comprends pas,       la faim, les catastrophes, les guerres, dans le monde, nucléaires, fratricides, les démocides, les génocides, les filicides, les homicides, les larvicides, le sui-suicide,      de vers,        le désordre, l'énumération, la décompensation, la sur-saturation,          et puis aussi, là, tout de suite, le chef, les chefs, les petits chefs, j'opine du chef, je chefopine,    à peine

flap   flap   flap  
le mètre carré de peau dérive
sous le flot

Isabelle, Biarritz, 1995 © Claude Nori

mardi 5 août 2014

Ce qui reste - Vincent Motard- Avargues

Ce qui reste est la nouvelle revue numérique lancée par Vincent Motard-Avargues,  il y a quelques jours.
Le credo :
- un jour, un poète (on tient le rythme jusqu'à présent)
- cinq poèmes maximum par poète
pas de fioriture, le poème avant tout quoi... voilà, ce qui reste, quand tout se dilue dans le blanc de la page.

Vous pouvez découvrir le site et en cliquant sur la bannière ci-dessous

http://www.cequireste.fr/






Ma participation du jour est ici ; pour participer, c'est par

lundi 4 août 2014

(c) Gilbert Pinna, le blog photographique







à noter le hashtag du post : #Le petit cirque
(j'aurais voulu le faire exprès... :)

dimanche 3 août 2014

voilà j'ai  quitté le cirque virtuel, pouce levé, twitter, tagger, cliquer (je tournais en rond dans l'arène)
pour un relatif anonymat.

je cherche à retrouver l'espace du début, la respiration nécessaire pour essayer, me tromper, corriger, faire, refaire, et qui sait peut-être accepter de me taire.

je poste (voilà un verbe dont je ne me défais pas) pour un hypothétique lecteur qui ne me lirait pas. cela me laisse la possibilité de me mettre à nu, de me montrer telle que je suis : hésitante dans l'écrit et la pensée.
bah, qui me voit ?

*

l'oeil bande y paraît. écrire ces derniers temps s'apparente à une stérile masturbation
bah, et alors ?

*

comme au début, je lis des blogs et des blogs. est-ce que tout s'accumule pour une productive sédimentation ?
bah, fort heureusement des cris stridents me rappellent à la vraie vie (vers midi et vingt heures exactement)
(c) Bernard Plossu

"Elle n’est pas triste cette histoire. Ce n’est plus une histoire. A peine un acte. Celui de marcher et de rester planté là, à penser et repenser à ce temps où c’était une histoire."
Une main est aussi un poing, Stéphane Bernard

hier soir, juste avant le sommeil, dans ce moment fugace où parfois un poème surgit dans toute sa force et son unicité, à peine entraperçu aussi vite disparu, hier soir quelques mots (vers - ma tête est une pomme) ont passé très vite de l’œil à l'oreille.
ce poème n'est déjà plus (il n'a jamais vraiment été), mais je sais qu'il était question du mot qui manque, pour dire, comprendre quelque chose d'essentiel, alors que peut-être au fond ma langue ne veut que faire.

tout cela au réveil me paraît étrange, plus le temps passe plus j'ignore d'où viennent mes poèmes, ce qu'ils veulent dire. le poème d'hier soir évidemment m'échappe, mais en lisant les mots de Stéphane Bernard, je songe à l'acte à la place de l'histoire (j'utilise un autre déterminant, et cela change tout n'est-ce pas ?). je repense aussi au post de Dominique Boudou : "La métaphore. Cette impuissance de la poésie. Enrobée." les mots des uns, des autres tissent des fils mystérieux, impriment mais n'éclairent rien du chemin incertain.

je me demande ce que veulent réellement dire, faire, les foisonnements d'images dans mes poèmes, quel trou au fond veulent-il combler ?

samedi 2 août 2014