Troisième participation commune pour Bruno Legeai (http://autredi.blogspot.fr/) et moi-même à la revue virtuelle FPDV
C'est par là !
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jeudi 4 octobre 2012
vendredi 30 mars 2012
lundi 12 décembre 2011
Liqueurs - Bruno Legeai & Murièle Modély
Ça tombe...
Elle sent bien que ça tombe
Tout autour d'elle, tout tombe
Son visage au-dessus
Elle sent bien que ça tombe
Tout autour d'elle, tout tombe
Son visage au-dessus
Son corps étriqué qui lentement s'enfonce dans le matelas mou
La sueur les mots le souffle et la salive
Il pleut
Elle sent crépiter son plaisir impérieux
Sur les angles improbables de jambes et de bras
Sur son corps bûche dans l'âtre de la chambre
En flammes
Il pleut
Et son ventre de braise
Et sa tête de bois
Elle sent bien que tout tombe
Retombe...
Elle se dit que peut-être sous les cendres, il reste
Un brandon, ce desir
Et sa suie sur le drap
La sueur les mots le souffle et la salive
Il pleut
Elle sent crépiter son plaisir impérieux
Sur les angles improbables de jambes et de bras
Sur son corps bûche dans l'âtre de la chambre
En flammes
Il pleut
Et son ventre de braise
Et sa tête de bois
Elle sent bien que tout tombe
Retombe...
Elle se dit que peut-être sous les cendres, il reste
Un brandon, ce desir
Et sa suie sur le drap
Texte myself
samedi 26 novembre 2011
La fraise - Bruno Legeai & Murièle Modély
Photo de Bruno Legeai
Il y a une fraise sur le rebord de la fenêtre. Une fraise rouge, charnue, parfaite. Je ne sais pas comment, je ne sais pas par qui… il y a cette bille sanguine, et mon regard surpris.
L’automne arrive enfin, je le sens, il est là. Les nuages, le soir, sont de plus en plus bas.
Est-ce que c’est moi ou le ciel s’apaise? Qui donc a déposé sur le béton la fraise?
Je la regarde, petit soleil carmin, darder ses rayons chauds dans le creux de ma main. J’ai posé mes deux paumes sur la vitre un peu froide ; mon paletot peluche, mon corps, mes os sont lourds. Je sens pourtant ma peau devenir velours, la pulpe du fruit mûr rosir mes joues râpeuses.
Je ne pense à rien, je regarde la fraise. Ses akènes rebondissent, picotent mes rétines. Comme des gouttes d'or, ils embrasent la ligne. Est-ce que je rêve ou est-ce que la peau cède ? Quel est ce jus sucré qui soudain me ruisselle?
Il y a une fraise sur le rebord de la fenêtre. Et tes yeux rieurs, ton corps vif, tes mots frais.
Dans le jour finissant, je vois ta bouche exquise, dont je baise & dévore la saveur vermillon.
L'univers photographique de Bruno Legeai est à découvrir (entre autre) sur son blog Les jours
samedi 22 octobre 2011
mardi 27 septembre 2011
L'odeur - FPDV
Tu t’es enfin rassise sur le bord de la natte, tes jambes blondes tendues dans l’herbe sèche. Je te regarde en douce. Tu portes le tee-shirt à rayures bleues que tu adores, sur ce short en jean minuscule que je déteste.
Tu boudes. Tes yeux, ta bouche, ton nez, tout est plissé. Ta peau sue sa mauvaise humeur, sous le soleil de ce début d’après-midi d’été.
Je souris de côté, tu as encore sur la lèvre trois miettes de cet immonde gâteau au chocolat. Je te le ferais bien remarquer, mais je me tais. Tu as seize ans et tu es un volcan sur le point d’exploser.
Tout ça parce que j’ai soulevé le bras de ton père pour baiser son aisselle ; tout ça parce qu’avec la même langue, j’ai léché mes dix doigts juste avant le dessert.
Tu t’es levée. « Putain, maman, t’es dégueulasse, tu nous sers le gâteau avec tes doigts qui puent »
Soit dit en passant, tu as mangé ta part, avec des haut-le-cœur c’est vrai, mais tu l’as mangée…
Et maintenant tu boudes, un gouffre nous sépare. Soyons juste, à moi aussi, ton parfum écœurant et sucré de vanille me soulève le cœur.
Alors comment t'atteindre, pour te dire ton père allongé sur le sol, mon ombre sur son torse, ses yeux clos sous mes mains, l’envie de mordre encore sous le bras de ton père, la poussière et la mer ?
Comment te faire simplement comprendre mon penchant pour l’âcre, la sueur, les humeurs, ce qui vit, ce qui meurt, qui chavire le corps ; cet avant-goût tenace de l’odeur fade et chaude de la terre meuble ?
lundi 4 juillet 2011
Addiction #2
C'est une espèce de parasite à reproduction rapide. Ça plante ses griffes à n'importe quel endroit du corps : la tête, le ventre, le sexe, les jambes... et ça s'agite, le suceur profondément enfoncé dans l'épiderme.
Tu sens la circulation des fluides, il avale, il injecte, il pond. Tout ça en même temps. La performance, tu le sais, n'est pas une question de taille. Cette bête particulièrement virulente, ne dépasse pas les 300 microns. Ton coeur te le signale, il toque, comme un malade, 180 fois à la porte. Bien sûr, il arrive qu'elle te laisse en paix. Quand elle s'accouple notamment, à un autre parasite. De son espèce ou d'une autre.
La survie est dans l'hybridation.
La bête le sait.
Tu le sais.
Tu as arrêté tous les traitements.
Les molécules chimiques n'ont plus aucun effet sur tes suées, tes poussées d'adrénaline, tes peurs, du noir, du plein, des gens.
Le seul truc qui t'apaise maintenant, c'est la boire. Tu ne fais d'ailleurs plus que ça, boire entre quatre murs, pendant les crises.
Tu as même fait fabriquer une paille métallique, que tu plantes à chaque attaque de panique. Très précisément, entre les clavicules de ton enfant.
Tu sais que c'est mal, mais tu ne peux pas t'en empêcher... La question est, pour elle, comme pour toi : est-ce qu'on meurt de dévoration ?
Publication initiale sur http://fpdv.over-blog.org/ - juin 2011
Tu sens la circulation des fluides, il avale, il injecte, il pond. Tout ça en même temps. La performance, tu le sais, n'est pas une question de taille. Cette bête particulièrement virulente, ne dépasse pas les 300 microns. Ton coeur te le signale, il toque, comme un malade, 180 fois à la porte. Bien sûr, il arrive qu'elle te laisse en paix. Quand elle s'accouple notamment, à un autre parasite. De son espèce ou d'une autre.
La survie est dans l'hybridation.
La bête le sait.
Tu le sais.
Tu as arrêté tous les traitements.
Les molécules chimiques n'ont plus aucun effet sur tes suées, tes poussées d'adrénaline, tes peurs, du noir, du plein, des gens.
Le seul truc qui t'apaise maintenant, c'est la boire. Tu ne fais d'ailleurs plus que ça, boire entre quatre murs, pendant les crises.
Tu as même fait fabriquer une paille métallique, que tu plantes à chaque attaque de panique. Très précisément, entre les clavicules de ton enfant.
Tu sais que c'est mal, mais tu ne peux pas t'en empêcher... La question est, pour elle, comme pour toi : est-ce qu'on meurt de dévoration ?
Publication initiale sur http://fpdv.over-blog.org/ - juin 2011
mardi 28 juin 2011
Addiction #2
un texte again
sur FPDV
oeuvre de Solange Knopf sur le thème du mois de juin
(Addict or not Addict that's the question ? ;)
lundi 27 juin 2011
Addiction
Boire, manger, fumer, faire quelque chose, n'importe quoi. Avoir les mains prises. S'agiter, s'exciter, branler. C'est bien de ça, hein, qu'il s'agit, baiser ou être baisé.
Alors j'avale, liquide, solide, peu importe : faut se remplir pour ne pas avoir mal. C'est pas trop difficile, suffit de secouer le bras comme les autres, genre pantin désarticulé.
Ouais, faut prendre un air, taper dans le dos des potes, et trinquer. Un verre, une saucisse, une femme à la main.
Même s'il arrive de plus en plus souvent, qu'un manque me fonce dessus sans prévenir. Généralement en fin de mois, vers le vingt. Plus une tune pour me payer tout mon bazar.
C'est souvent le soir, quand je suis seul avec mon frigo, mes poches, et mon lit vides. J'ai même pas l'ombre d'un demi cacheton, pour me booster le cœur, pour assommer le silence d'un battement uppercut. J'ai froid, je tremble, et parfois même je pleure.
Mais j'ai plus d'un tour dans mon sac.
Alors je prends une ficelle, ou un couteau, ou si je tremble trop, mes mains. Je descends sur l'immense terrain vague derrière l'immeuble, je m'accroupis dans un coin sombre, et j'attends... Y a toujours une bête, un chat, un rat, qui passe.
Alors je le crève, comme j'ai dit plus haut, avec une corde, un couteau, à mains nues... Faut bien que le cerveau immobile, qui commencait à se carapater par tous mes orifices, s'arrête de couler.
Et la mort de la bête, mon vieux, c'est aussi efficace qu'une piquouze de cholestérol en plein dans la carotide. Et toute cette purée de mots rentre aussi sec, et en ordre, dans le crâne. Comme une armée de fourmis obéissantes. Tu vois, j'ai de quoi voir venir...
Je me demande seulement ce que je ferai, le jour où ils commenceront à bâtir leur foutu centre hospitalier.
publié initialement sur FPDV, juin 2011, Addiction
Alors j'avale, liquide, solide, peu importe : faut se remplir pour ne pas avoir mal. C'est pas trop difficile, suffit de secouer le bras comme les autres, genre pantin désarticulé.
Ouais, faut prendre un air, taper dans le dos des potes, et trinquer. Un verre, une saucisse, une femme à la main.
Même s'il arrive de plus en plus souvent, qu'un manque me fonce dessus sans prévenir. Généralement en fin de mois, vers le vingt. Plus une tune pour me payer tout mon bazar.
C'est souvent le soir, quand je suis seul avec mon frigo, mes poches, et mon lit vides. J'ai même pas l'ombre d'un demi cacheton, pour me booster le cœur, pour assommer le silence d'un battement uppercut. J'ai froid, je tremble, et parfois même je pleure.
Mais j'ai plus d'un tour dans mon sac.
Alors je prends une ficelle, ou un couteau, ou si je tremble trop, mes mains. Je descends sur l'immense terrain vague derrière l'immeuble, je m'accroupis dans un coin sombre, et j'attends... Y a toujours une bête, un chat, un rat, qui passe.
Alors je le crève, comme j'ai dit plus haut, avec une corde, un couteau, à mains nues... Faut bien que le cerveau immobile, qui commencait à se carapater par tous mes orifices, s'arrête de couler.
Et la mort de la bête, mon vieux, c'est aussi efficace qu'une piquouze de cholestérol en plein dans la carotide. Et toute cette purée de mots rentre aussi sec, et en ordre, dans le crâne. Comme une armée de fourmis obéissantes. Tu vois, j'ai de quoi voir venir...
Je me demande seulement ce que je ferai, le jour où ils commenceront à bâtir leur foutu centre hospitalier.
publié initialement sur FPDV, juin 2011, Addiction
samedi 18 juin 2011
Elle se rappelle de ce matin dans la salle de bain, c'était y a quoi, un jour, un mois, un an... elle ne se souvient pas bien, les dates sont toujours floues.
Elle se rappelle juste de son visage. Nu. Dans le miroir. Pour la première fois, elle avait aperçu les dentelures, creusées ici et là, dans la chair et dans l'os.
Et elle l'avait maudit. Lui et ses mots d'amour, ses attentions tendres, ses morsures avides.
Ses mots comme des fauves machouillant son corps vide.
Sa bouche vomissant son intranquillité, "c'est dans l'ordre des choses qu'on s'affaisse, qu'on coule, que les chairs se défassent".
Il dit qu'il aime ça. Elle sent craquer ses os sous ses molaires, elle entend sa colonne vertébrale juter sur son menton.
Il dit ça, il sourit, et elle le hait plus fort.
Elle pleure.
Sur elle, évidemment.
Sur qui d'autre, sinon ?
Elle n'a pas d'enfant à se mettre sous la dent.
Publié initialement sur FPDV, au mois de mai 2011, thème Cannibalisme
dimanche 1 mai 2011
La main
Tu es assis de l'autre côté de la table, pas vraiment en face de moi. Tu t'es écarté, puis tu as déplié entièrement ton journal.
C'est le matin. Tu ne me regardes pas.
Dans la cuisine, il n'y a que la radio et ces lettres impatientes, qui se bousculent sous mes yeux, avant de perdre sens contre tes doigts.
Le papier journal est un océan gris, tes doigts y flottent comme des îles.
C'est bizarre.
A force d'avoir arpenté tes deux mains, j'ai fini par oublier qu'un jour, je frémissais pour elles.
J'oublie mon regard dessillé, sur les creux et les bosses de ces territoires vierges. J'oublie la découverte et mon dépaysement. J'oublie mes lèvres qui creusaient, dans ta chair leurs sillons.
J'oublie aussi les chutes de pierres sur ma tête.
Voilà, tes mains sont vides.
Chaque ride, chaque ligne s'effacent en ma mémoire.
Elles forment un lieu diffus, que j'ignore et connais.
Il y a bien ces étoiles, qui constellent avec l'âge, le dos de tes mains pâles. Mais elles n'éclairent rien de notre quotidien.
C'est le matin. Tu ne me regardes pas.
Dans la cuisine, il n'y a que la radio et ces lettres impatientes, qui se bousculent sous mes yeux, avant de perdre sens contre tes doigts.
Le papier journal est un océan gris, tes doigts y flottent comme des îles.
C'est bizarre.
A force d'avoir arpenté tes deux mains, j'ai fini par oublier qu'un jour, je frémissais pour elles.
J'oublie mon regard dessillé, sur les creux et les bosses de ces territoires vierges. J'oublie la découverte et mon dépaysement. J'oublie mes lèvres qui creusaient, dans ta chair leurs sillons.
J'oublie aussi les chutes de pierres sur ma tête.
Voilà, tes mains sont vides.
Chaque ride, chaque ligne s'effacent en ma mémoire.
Elles forment un lieu diffus, que j'ignore et connais.
Il y a bien ces étoiles, qui constellent avec l'âge, le dos de tes mains pâles. Mais elles n'éclairent rien de notre quotidien.
publié sur FPDV en avril
thème du mois de mai : le cannibalisme (vous invite d'ailleurs à dévorer la livraison du 1er mai par Guillaume Siaudeau)
jeudi 17 mars 2011
FPDV - Les salopes
Une petite participation sur FPDV - Formule polyvalente à dilution variable
(thématique de mars : les salopes)
FPDV
(thématique de mars : les salopes)
mercredi 23 février 2011
Elle est maigre
Elle est maigre. Elle n'a ni seins ni fesses, mais elle s'obstine à mettre des décolletés, qui ne mettent en valeur que ses côtes.
Aujourd'hui on voit aussi ses hanches : elle a mis un jean taille basse. Comme elle est très blanche, on a l'impression que l'os sous la peau est un couteau japonais en céramique, planté dans son pantalon.
Je la regarde.
Une heure plus tôt, sur la table de la cuisine, il y avait une casserole de pâtes, trois boîtes de camembert, deux baguettes, un pot de cornichons, un boîte de petits pois, un pot de nutella, des raviolis.
Une heure plus tôt, j'avais ouvert la porte et l'avais vue manger. De dos. Sa tête s'agitait dans une danse. Il n'y avait que le bruit de sa mastication sur le fil du silence.
Elle ne m'avait pas entendue, j'ai fait semblant aussi.
Je la regarde de haut en bas. Je cherche maintenant sur son corps, où toute cette bouffe a pu se réfugier. Mais rien ne dépasse.
On ne sent même pas l'odeur aigrelette des régurgitations dans son haleine mentholée. Sa bouche est nette, la table aussi.
Il ne reste aucune trace de la fête solitaire.
A part peut-être dans ses orbites
où ses yeux figent
dans la bouillie bilieuse
du bol alimentaire
Aujourd'hui on voit aussi ses hanches : elle a mis un jean taille basse. Comme elle est très blanche, on a l'impression que l'os sous la peau est un couteau japonais en céramique, planté dans son pantalon.
Je la regarde.
Une heure plus tôt, sur la table de la cuisine, il y avait une casserole de pâtes, trois boîtes de camembert, deux baguettes, un pot de cornichons, un boîte de petits pois, un pot de nutella, des raviolis.
Une heure plus tôt, j'avais ouvert la porte et l'avais vue manger. De dos. Sa tête s'agitait dans une danse. Il n'y avait que le bruit de sa mastication sur le fil du silence.
Elle ne m'avait pas entendue, j'ai fait semblant aussi.
Je la regarde de haut en bas. Je cherche maintenant sur son corps, où toute cette bouffe a pu se réfugier. Mais rien ne dépasse.
On ne sent même pas l'odeur aigrelette des régurgitations dans son haleine mentholée. Sa bouche est nette, la table aussi.
Il ne reste aucune trace de la fête solitaire.
A part peut-être dans ses orbites
où ses yeux figent
dans la bouillie bilieuse
du bol alimentaire
publié initialement sur FPDV
vendredi 21 janvier 2011
La maison - FPDV
Voilà on y est, c'est la maison...
oui, y a plus de fenêtres... mais on s'en fout : qu'est-ce qu'on a à cacher ?la porte ?... je sais pas où elle est... mais ça aère la pièce comme ça
les trous dans les murs ?... Ben ça aussi ça fait de l'air !
Pourquoi tu pleures ?
qu'est-ce que tu croyais ?
que tout allait rester en l'état par la seule force de ton
désir
c'est comme tout chérie,
tout branle, vacille, s'effondre
les seins
les fesses
la bouche
les tuiles
tout tombe...
c'est la vie, ça s'effrite
la pierre comme les souvenirs
Te reste ta carcasse
alors de quoi tu te plains ?
t'es pas bien au chaud entre tes os ?
publié sur FPDV
(Formule Polyvalente à Dilution Variable)
A voir toutes les productions du mois de janvier sur le site
thématique du mois : la maison
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