dimanche 27 août 2017

Le Barachois vers 1950-1960 (c) Jean Legros

Publication sur Urtica : Tableau

Publication d'un court récit Tableau chez Urtica Lit Blog, le blog littéraire de Walter Ruhlmann. Un extrait pour la route :

"Ça avait commencé bizarrement. D’abord elle avait saigné. Le jour même où Bob était parti. Pure coïncidence bien sûr. Même si elle trouvait assez drôle de saigner des deux côtés. Enfin drôle, elle n’avait ri qu’intérieurement, ses lèvres enflées était trop douloureuses. De petits filets de sang formaient des lignes courbes sur son menton et son cou. Un flux irrégulier dessinait des routes en lacets sur ses cuisses et ses jambes. Elle était allongée par terre devant le miroir, et regardait la cartographie misérable s’élaborer sur sa peau en rouge et brun.

Bob était parti. Avec les meubles. Et l’argent. Il n’avait laissé que l’armoire et son miroir tout piqué, que sa tête heurtait plus d’une fois à son tour, quand la colère montait. Elle voyait dans les lignes brisées, le reflet de son corps mâché. C’était étrange, on aurait dit une carte du monde divisée en continents irréconciliables. Il y avait ces espaces vides, ces frontières, ces montagnes jaunes ou bleues - tout dépendait du début de leur formation, ces minces rus vermillon et cette rivière pleine de caillots grenat qui tentaient de recréer l’océan sous ses fesses.

 La fin sur Urtica Lit Blog donc 



jeudi 17 août 2017

j'accepte que le mot ne soit plus une voie entre nous
j'accepte de rester sur le quai d'en face, seule et prolixe de l'autre côté de la table
j'accepte d'enfiler matin et soir, soir et matin, l'impénétrable densité de son corps
j'accepte les démangeaisons incongrues de ses lèvres closes sur mes lettres ouvertes
j'accepte ce renversement
qui fait de lui un creux, qui fait de moi un plein
j'accepte que nos pièces ne s'imbriquent plus, qu'un contenant devienne contenu
ou le contraire
j'accepte que le mystère le défigure, que le mystère m'handicape
j'accepte la claudication de mes phrases, leur bruit de canne contre le trottoir de sa peau
j'accepte de ne plus avoir accès à son cerveau
j'accepte aussi l'idée de ne l'avoir jamais eu
j'accepte
cette brèche
qui nous lie dans le silence
ma main contre sa bouche

samedi 5 août 2017

suite #2

la phrase me trotte dans la tête
un truc du genre
      "on ne peut pas avancer sans racines"
un truc du genre
    "on ne peut pas avancer coupée 
     entre hier et ici"
ça trotte
ça galope
la phrase
est-ce l'amie d'exil qui l'a dit ? est-ce mon très cher psy ? est-ce moi ? est-ce lui ?
trop de pratique de la réinvention nuit
à la clarté d'esprit
et du reste
cela ne change rien
ça trotte
ça galope
les mots, les phrases
alors que moi
je ne bouge pas d'un poil
assise à la fenêtre à regarder
mes chevilles moignon balancer dans le vide
coupée
coupée
je l'ai dit, elle, ou lui
      "ce n'est pas une image"
coupée
la fille sans pieds
coupée
qui écrit des vers à défaut de marcher

suite

le poème autour de cette histoire
de livre/enfance/cuir/souvenir
blabla
ce poème étiré
- en dix vers seulement
minuscule/microscopique/invisible
à l'oeil nu
est une tache de gras sur un tee-shirt tendu
pendant un mois - cinq semaines exactement
j'avais baffré/baffré/baffré/
baffé
à ne plus savoir où mettre
et mes mains et ma bouche
l'île comme un apitoiement verbeux
gras et flottant à la surface de l'eau
à la surface des mo(r)ts
comme un pas de côté pour ne pas regarder
en face/dedans/seulement
qui je suis/étais/
ai été vraiment


mercredi 2 août 2017

© Copyright Edgar Marsy

début

je n'ai pas pu relire le livre
problème de vue ou de langue
l'enfance est illisible
les pages indéchiffrables à force d'être mangées
par des mains trop fébriles
je n'ai pas pu le livre, relire, relier
- adieu le cuir, la fibre, le cœur des souvenirs
le temps passe, tout devient noir
comme ma peau
complexe et incompréhensible
(c) Bruno Legeai