mardi 22 février 2011
En haut du crâne il y a
je sens, sans même la voir, sa main encore me fendre
la douleur monte d'un coup, elle oppresse mon ventre
je ne sais pas pourquoi l'angoisse se décentre
peut-être que l'intestin est un bout de cervelle
il coupe du bout de l'ongle
ma calotte cranienne
il fouaille, il gratte, il plonge
il cherche un truc, mais quoi ?
il sifflotte, il touille, il sale
ça sent la vieille soupe
dès que j'ouvre la bouche
il cherche un truc
et moi
je dérouille
*
Bon, à un moment faut bien prendre le taureau par les cornes.
Je cherche, pages jaunes, médecins, psychiatres.
Le type, là haut sous mon crâne, proteste : "tu vas tout de même pas voir un psy ?!! fais du sport, feignasse, c'est bon pour les angoisses"
J'y réplique : "j'aime pas courir"
y m'dit : "eh ben branle toi, gicle d'un seul coup ton stress"
j'y réponds : "j'ai mal à mon poignet"
Bon. Je trouve. Téléphone, blabla, rendez-vous pris, à dans trois mois.
Dans le cabinet (trois mois après), je m'assois. Ca sent un peu l'aseptisé.
Je cause. Je crois que ça marche comme ça, donc, je cause. Il m'écoute pas.
Il fouille dans son tiroir. Il en sort une chignole.
Et voilà qu'il commence à me perforer le crâne.
Du jus coule, mouille mon col.
Ca pue la soupe (confer plus haut)
Je proteste un peu, pour la forme
après tout, il connaît son métier, non ?
Non ?
Je le regarde. Je commence à me méfier.
Je cherche sur les étagères derrière lui, chais pas, un diplôme, un Vidal illustré, une seringue, un stéthoscope... chais pas quoi, quelque chose qui prouve qu'il n'est pas juste plombier.
Ben y a rien.
Rien qu'une foutue casquette.
Signé Mylène Farmer, au feutre, sur la visière.
Ca fiche un coup.
Je pense :
Mais il a des goûts de chiottes !
Et pour ne pas pleurer, j'écarquille les yeux
sur ses cheveux rouges qui dansent au rythme de la manivelle.
Le type, là haut, ricane.
