Comme d'hab, je me suis retrouvé derrière un type d'au moins un mètre quatre vingt.
Je le sais bien, pourtant, à chaque fois que je vais à un concert. Je sais bien que je ne verrai rien.
Alors que je pourrai écouter le CD, chez moi peinard, les doigts de pieds en éventail, mollement avachi sur mon canapé, à siroter des bières.
Au lieu de ça, je me fais chier à me tordre le cou, derrière des types d'un mètre quatre vingt. Des types deux fois plus jeunes évidemment, qui ne me calculent même pas, quand ils s'arrêtent pile poil devant moi...
C'est un concert mon pote, pas la foire aux politesses. On est peut-être ensemble, mais on veut jouir tout seul.
Ouais, je pourrais, mais je ne le fais pas : j'accompagne Rose.
Elle n'aime pas sortir seule et je suis son ami.
Je répète, ami.
Rien de plus. Elle m'avait dit un jour, combien elle avait eu de la chance de me rencontrer, un type sympa, respectueux, sans arrière pensée, elle avait de la chance.
La chance, mon cul.
Moi, je faisais comme les autres, hein, approche copain, vas-y que je t'écoute, je suis là quand ça va pas etcetera, histoire de préparer le terrain. Au fond, j'avais moi aussi, envie de baiser son ventre rond. Seulement après, je sais pas, impossible de me dépêtrer, de me rappeler le mode d'emploi, trop long, trop chiant, plus envie. Et puis comme elle était jolie à regarder, j'ai laissé couler.
Rose, c'est doux, j'aime bien le dire. Là d'ailleurs, je le murmure en boucle. Elle m'avait dit : "Ah tiens y a Machin (je me rappelle plus comment s'appelait le mec), je vais lui dire bonjour". Ses joues étaient de la couleur de son prénom. Je sentais gros comme une maison, que j'allais voir le concert tout seul, que j'allais rester là comme un vieux con, à attendre au cas où, parce qu'elle a pas le permis.
Rose.
Le type immense, finalement, me laissait voir la scène, quand il se penchait pour embrasser sa gonzesse, me renvoyant à la gueule par la même occasion, et son bonheur, et ma petite taille. Et cerise sur le gâteau, j'avais à côté de moi une jeune blonde, qui riait à pleine gorge, aux oreilles d'un homme au visage glabre.
J'étais cerné par leurs putains d'hormones.
Je précise : j'ai rien contre les blondes, et surtout pas celle là, qui avait un minois charmant. Mais je ne supporte pas les rires hystériques qui sentent la chatte.
J'avais envie de hurler à l'oreille du type à l'oeil de braise : Mais fais la taire, fais la taire, baise là ! Là, là maintenant, tout de suite, qu'on en finisse.
J'avais envie de planter mon poing sur le crâne de ce sombre crétin, de prendre leurs deux visages, de les rapprocher violemment, que leurs chairs se mêlent définitivement en silence.
Bien sûr je n'ai rien dit, j'ai même souri au type, quand nos regards se sont croisés. Je n'ai pas essayé de calmer mon coeur qui battait à mes tempes, j'ai laissé ma testostérone bouillonner. J'ai pensé à plus tard.
Moi sur le canapé.
Moi en train de me palucher.
Moi dans le noir, mon sexe, le prénom de Rose.
