lundi 30 mai 2011

les mots coulent, filent
fusent, fluxent ininterrompu
gerbe, lave, giclée drue
la gorge est un geyser

je parle

poinçonner, découper
déchirer, confettir
me retrouver sèche
la langue de bois
à défaut de la gueule

au milieu des serpentins
des suées, de la fête
jeter mon dévolu
sur une fille, un garçon
plus souvent une fille
pour me voir en miroir

et je parle

c'est facile
suffit d'ouvrir les lèvres
celles sur mon visage, celles dans l'oesophage
celles dans mon cerveau, ou celles chronophages

j'écarte les lignes de l'intime
comme des jambes
pour que file, fuse, fluxe
la molle sarabande

ça coule et rien n'arrête
le ballet de mes dents
entre les jambes rouges

car ce soir c'est la fête
et j'ai fardé ma bouche
et j'ai fendu la foule
et j'ai cherché l'oreille
où vomir ma bile

je rectifie
dehors dedans
ailleurs en même temps  

mes mots ne sont pas aigres
ils sont juste un peu faux
un peu mous, un peu faibles
et un peu xylophages

dans le débordement
je laisse dans la salle
ma chiure continue
je déballe et pourtant
je ne dis
rien

*

sur le sol
les lettres mortes
craquent sous mes talons

un garçon soudain passe
me saisit par le bras
je ravale ma phrase
épaisse polenta

il m'entraîne
dans la musique
et je danse

je panse dense
le réceptacle vide
la pensée mouchetée
l'effusion labiale

petit pas
de côté