samedi 18 juin 2011

Elle se rappelle de ce matin dans la salle de bain, c'était y a quoi, un jour, un mois, un an... elle ne se souvient pas bien, les dates sont toujours floues.
Elle se rappelle juste de son visage. Nu. Dans le miroir.

Pour la première fois, elle avait aperçu les dentelures, creusées ici et là, dans la chair et dans l'os.

Et elle l'avait maudit. Lui et ses mots d'amour, ses attentions tendres, ses morsures avides.
Ses mots comme des fauves machouillant son corps vide.
Sa bouche vomissant son intranquillité, "c'est dans l'ordre des choses qu'on s'affaisse, qu'on coule, que les chairs se défassent".

Il dit qu'il aime ça. Elle sent craquer ses os sous ses molaires, elle entend sa colonne vertébrale juter sur son menton.

Il dit ça, il sourit, et elle le hait plus fort.

Elle pleure.
Sur elle, évidemment.
Sur qui d'autre, sinon ?
Elle n'a pas d'enfant à se mettre sous la dent.


Publié initialement sur FPDV, au mois de mai 2011, thème Cannibalisme