Elle roule vite. Très vite. Elle tient sa moyenne.
C'est facile, suffit juste de maintenir le pied au plancher.
Elle pense qu'elle pourra peut-être faire signer des clients avant la fin de la journée. Elle pense à la mallette remplie d'échantillons qui ballotte dans le coffre. Brièvement, légèrement. Et puis rien... L'idée gicle entre les panneaux de signalisation qui filent. Les vitres sont baissées, les mèches de ses cheveux s'emmêlent sur son visage. C'est comme ça. Toujours. Sur l'autoroute, tout s'efface.
Les paysages, les camions, le bruit, le chahut, alentour, au dedans. L'espace bave rouge à l'angle des paupières. La faute à la force centrifuge. Ça s'éclate fruits mûrs, contre la paroi nasale. Parfois elle saigne, d'autres larmoie. La faute à la pression sur les capillaires. Ça coule, les gens, le présent, la mémoire, sur le chemisier blanc. C'est l'été et l'air rentre en tremblant, par sa bouche.
Grand ménage en vitesse : elle se vide du cerveau jusques en bas des fesses. Elle est un réceptacle creux en mouvement.
A l'arrêt, elle le sait, il faudra à nouveau faire semblant. Alors elle roule. A fond.
Surtout ne pas s'arrêter. Va savoir ce qui pourrait se passer si l'envie de pisser la stoppait sur une aire.
Au choix, elle pourrait reprendre ses esprits devant une fontaine, s'éclabousser les pieds dans des chiottes à la turque, marcher dans de la merde en montant dans l'auto, mâchouiller l'oeil fixe, un sandwich au volant, s'humecter le visage en matant un inconnu, tendre le bras au ciel pour avoir un réseau...
Ou alors, elle pourrait finir le débondage. Sortir de son sac une corde et se pendre, vomir les deux doigts tout au fond de la gorge, ou baisser sa culotte qu'un sexe la perfore.
Chercher à se vider, encore et encore.