j'ai lu un poème
humide et moussu, tapissé de lichensj'ai lu comme on applique avec délicatesse
la gouache grasse verte sur un cerveau
tout ça à cause d'un petit pois qui germe
tout ça à cause d'une image ronde qui roule
en l'oeil en bouche dans ma calotte
à chaque clignement de paupières j'écosse
chaque gousse est prairie tortueuse de hampes
et ça coule le long de mes joues, de ma bouche
ça convoque l'ailleurs, ça tisse des traverses
dans l'oreille, les narines, et souvent dans le coeur
il y a un ver
*
ça résonne en écho
vert
vert
vert
ça rebondit
verts, avec un s
chaque heurt sur mon corps
déforme sa structure
et bientôt je divague
je quitte le poème
je plonge
dans cet homme aux yeux verts piqués d'or
dans cet homme aux fentes que je dévore
dans ce clapotis doux de cils
je glisse
à chaque lapée, sur des algues mouvantes
à chaque regard, sur des pierres coupantes
le cul par dessus tête
trempée jusqu'à la moëlle
je noie mon désir dans
d'épais remous
verts
