Hier j'ai vendu des livres à la bibliothèque. C'était bizarre, vendre n'est pas prêter, le costume me gênait, j'ai joué. Je n'aime pas faire la vendeuse, ce n'est pas mon métier. Une vieille me l'a dit.
Une petite boule de hargne, bouche cul de poulet. Et vas-y que je te balance à la gueule ma rage. Et c'est mal organisé, et vous êtes incompétente, et blablabli, et blablabla, et c'est mon droit j'achète, et reblabli, et reblabla. Et ma vie n'est qu'acide, vous finirez comme moi. Et donnez lui un bras qu'elle vous bouffe le coeur. Le coeur, ce fruit blet rabougri ?
La colère qui monte, mon envie d'en découdre, elle et moi de chaque côté de la ligne, n'a pourtant rien à voir avec l'échange marchand... La vieille et son visage, comme miroir grossissant de l'abrutissement. Pas le concept, ou l'idée de. Mon abrutissement. Cet inévitable rétrécissement de mon champ de vision, mon coeur tout sec, momifié et posé comme ultime sujet de préoccupation.
Voilà dans ses cheveux, ses commissures tombantes, les sillons blèmes de son aigreur, l'incompréhension du monde. La mienne, bientôt, si proche.
Un samedi de soleil à vendre des livres, pendant que le temps file et que tout s'effiloche.
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J'ai vendu à la criée des livres, comme une sole ou un maquereau. Sur le moment, j'ai fait l'article, j'ai ri . Vraiment. Je sentais mes sourires emballer mon visage.
Et pourtant a posteriori j'écris : le costume me gêne.
Peut-être que ce qui n'est plus, n'a jamais été là. Peut-être qu'écrire, c'est repeindre, poser un filtre de fausseté sur les vrais sentiments. Ou le contraire.
Je triche : c'est ma posture ?
Je ne sais pas.
Une vraie complaisance, à voir la déchirure.
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Je me rappelle avoir été assise dans le fauteuil en face de son bureau de verre (on ne s'allonge pas toujours), et avoir parlé pendant toute l'heure sans discontinuer. Enfin, je ne suis pas restée une heure, et sans doute que je n'ai pas parlé tout le temps. C'est le souvenir de mon regard sur moi qui reconstruit la scène.
Je me souviens avoir été face à lui comme un sac (et au moment où je l'écris, ce n'est pas une image, j'étais vraiment un sac), et avoir avec ma langue tracé une large et profonde fente dans le plastique.
Les mots avaient coulé (car les mots sont liquide) et j'étais devenue dans la pièce silencieuse, les battements affolés de mon coeur exposé.
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L'écriture n'est pas la vie. Pas la mienne en tout cas.