je parle à mes morts
qui est-ce que ça intéresse ?
chacun a tant à faire
chacun a son fantôme
alors quoi ?
il y a la vie, c'est tout
il me le dit
la vie
il me secoue bien fort
la vie même dans la douloureuse
la souffreteuse respiration
qui chiffonne les pétales
dans les poumons
il le répète
elle est
c'est drôle non ?
dans ce souffle coupé
quand tu dévales, dégringoles les escaliers
quand tu éprouves la résistance de tes côtes
sur l'arête aigüe des marches
il me le redit encore
juste avant de me pousser
à mon oreille
il répète son petit conseil
un coup de tatane entre les omoplates
Cesse
ton pitoyable
ton indécent
ressassement
il rit il rit
l'urgence de la vie :
ah, les escaliers
tu n'en as pas fini
de rouler en boule
de tomber, de sentir
les meurtrissures, les bleus
sur ta peau le ciel mauve
dans ta chair la violence du sol
je parle aux morts
mes ronds de fumées
alors que je ferais mieux
en bas tout en bas
d'avaler sans un mot
une grande goulée d'air