mercredi 10 avril 2013

La femme seiche


Ça sort comme ça, un soir, il murmure «  T’es une femme sèche ». Comme ça, direct. La phrase chuchotée là, contre son oreille. D'une voix blanche. Une femme sèche. Point. Point barre. Elle manque s’étouffer contre son torse maigre. Non pas point, développe. Elle, une femme sèche ? Où est-ce qu'il voit ça ? Elle qui n’est que plis, chairs, gras, lèvres ourlées. Débordements salés, mots lourds, mots gros, qui tombent. Logorrhée, baveuse, épaisse, dans la pièce, la chambre, le lit, les draps, ses bras. Il ne sent pas ou quoi… il ne sent pas contre ses os aigus, cette encre noire qui coule, d’entre ses jambes. Ce jus, son jus à elle, qui gicle, s’infiltre, partout, par terre, dans tous les orifices, sur l’œil, la bouche, le corps... le corps sec du méchant, méchant petit mari.

texte initialement publié dans Microbe 73 dirigé par Hélène Dassavray (sept-oct 2012)