dimanche 11 mai 2014
La répétition
Les avions passaient, lumières en croix, au-dessus de nos têtes. Nous déroulions nos textes vite, en riant fort, en buvant trop. Chaque gorgée nous enfonçait davantage dans nos sièges. Nous disions, attablés dans le jardin, si proches et pourtant totalement enfermés dans nos répliques. Il fallait peut-être attendre que l'alcool nous détende, que quelque chose s'effondre pour que nous ouvrions pour de vrai la boîte, que sous les rôles se révèlent nos sens, ou pas. Comment dans le flot de paroles s'arrêter et comprendre. L'autre en face, ou à côté, dans les ombres et reflets que les branches de l'arbre près de la table imprimaient sur nos corps. Les conversations filaient, coulaient, roulaient ; peut-être est-ce parce que j'en attendais trop, que la nuit étendait son voile sur nous, que j'échouais à vraiment cerner mes partenaires dans la lumière vacillante . Mais de temps à autre, le bruit des avions ramenait le silence, le vrai, du dedans. Alors, chaque courbe de lèvre, chaque pli de menton, chaque délié de main devenait plein, lourd et profond.