lundi 21 juillet 2014

post de vacance(s) #3 - Mia Couto

« A Jésusalem, mon âme devenait légère, désossée, sœur des hérons. Tout cela je le dois à ton père, Silvestre Vitalicio. Je l’ai condamné pour vous avoir entraîné dans le désert. Pourtant, la vérité, c’est qu’il a instauré son propre territoire. Ntunzi dirait que Jésusalem se fondait sur une supercherie créée par un malade. Oui c’était un mensonge. Cependant puisque nous devons vivre dans le mensonge, que ce soit dans notre propre mensonge. Finalement le vieux Silvestre ne mentait pas tant que ça dans sa vision apocalyptique. Parce qu’il avait raison : le monde prend fin quand on n’est plus capable de l’aimer.
Et la folie n’est pas toujours une maladie. Parfois c’est un acte de courage. Ton père, cher Mwanito, a eu ce courage qui nous manque. Quand tout était perdu, il a tout recommencé à nouveau. Quand bien même ce tout ne représentait rien pour les autres. »

L'accordeur de silences, Mia Couto, Métaillié, 2013