certains jours, l'acuité est à son maximum
c'est le moment précis où sortir de son trou
où tenter d'un regard de dévorer le monde
le trottoir contient l'humanité
voilà ce que les mères chuchotent aux oreilles des hommes
je le dis moi aussi aux enfants derrière la porte close
ces jours-là, je sors, fourre le tout dans un cabas
la main de la fille, la langue du fils, ballottent au fond du sac
la tête de l'homme sur mon crâne oscille comme une coque
ces jours-là, je parle possédée
à des morceaux de corps accrochés à mon corps
je dis : regardez les chairs s'épeler, nos mâchoires déchaussées grincer
ces jours-là, chaque sortie prend des allures de fête macabre
des femmes et des hommes se mettent tranquillement nus
dans un furieux tintamarre, leurs cœurs s'entrechoquent
mais la nuit tombe
et les ombres de nos corps contre les murs mangent