lundi 17 octobre 2011

Les mauvais jours de Jean Bourgeois

Juste envie de partager l'émotion que m'a procuré le livre de Jean Bourgeois.
Recueil d'une grande beauté où le lecteur, on, nous, sommes invités à sonder l'étrange étrangeté de l'existence " Dans l'embarras de soi/ Où nous glissons parfois nos jambes / Des après-midis entiers / A ne rien faire"
Sensation de vertige quand on ne sait pas vraiment, qu'on est là de côté, qu'on ignore ce qui nous pousse et pourquoi... Ce trouble si difficile à cerner...Plutôt que de dire mal, je cite quelques passages avec l'aimable autorisation de l'auteur :) dont vous pourrez lire d'autres textes sur son blog On est là mais ça ne durera pas. On peut toujours sourire du reste...

Ecrire en hiver (p.50)

C'est toujours mieux qu'une journée vide
Un jour où l'on écrit
Deux ou trois mots qu'importe
Si ce n'est que ça
C'est mieux que rien
On se dit qu'on a fait quelque chose
Pour ne pas s'avouer qu'on n'a rien fait
C'est comme la vie
Comme tous ces jours pour rien
Occupés à quoi au juste
Qu'on barre d'une croix le soir
Dans la cellule
Au fond de la nuque
Où c'est l'hiver depuis longtemps
On est vivant
On a écrit ça :

On
Est
Vivant

Mais
Il
Fait
Froid


Trop tard (p.47)

Ce n'était pas grand chose
Ce que j'avais à dire
Ca tenait plus du silence que des mots
Quelque chose comme une hésitation
Ce n'était pas grand chose
Juste une vie entière
Dans une promesse un peu folle
Puis l'instant a passé
Et tout de suite
Il fut trop tard

Revues et lu #2

Anna Jouy parle des revues Verso 146, Nouveaux Délits 40 (j'en suis ;) et Traction Brabant 42 
Et pendant que vous y êtes, lisez les poèmes ciselés d'Anna Jouy
Pour la mise en bouche, un extrait :

Lunes d'iris

je posterai mon ciel  sur le bord des fenêtres pour des oiseaux affamés et des miettes heureuses
et le monde lira le vol
 une étreinte d'ailes sur des volets qui claquent
je posterai 
non  ce baiser que je tiens sur ma bouche ni ce rouge de cire qui ferme le mystère
 
mais des cils
le spasme du cou
le dépôt  d'amour d'un bruit dans une oreille  [...]

vendredi 14 octobre 2011

(ça c'est moi qui dis ça)
qui d'autre ?

la vieille de douze ans
qui morfle à l'intérieur
c'est moi !

cette femme qui rit
la jupe blanche tirée
sur ses cuisses gonflées
c'est moi.


et j'ai toujours
les ciseaux
pas très loin
planqués
dans la poche
ou ailleurs
il y a les orifices

car scrupuleusement
je coupe

cela fait un peu mal
le bruit de la photo
fendue de haut en bas

très consciencieusement
je coupe

cela tiraille un peu
l'odeur du papier
de soie qui crisse

avec application
je coupe

entre mes jambes droit
jusqu'en haut du diaphragme

ou mon visage épars
qui ne tient qu'à

un fil
dans le miroir

lundi 10 octobre 2011

Le Facteur Cheval : où le songe devient réalité

">
"Voici mon rêve, à l'oeuvre je me suis dit...
J'avais alors dépassé depuis trois ans ce grand équinoxe de la vie qu'on appelle quarantaine."

dimanche 9 octobre 2011

Revues et lu

L'Autobus 4
consacré aux revuistes, Cathy Garcia - Nouveaux Délits, Patrice Maltaverne - Traction Brabant, Eric Dejaeger - Microbe, Claude Vercey - Polder, Jacques Morin  - Décharge, Jean Paul Morin -Cave Littéraire
S'abonner, plus d'infos ici
extrait
"[...] sans les revuistes,, les poètes existeraient encore moins. C'est possible, si ! si !
Pas bien grave au fond, même publié chez Leclerc, un poète ça reste dans l'ombre.
Les objets, les êtres sont vite remisés, oubliés, et comme dans la chanson, on crie : au suivant !
Alors pourquoi créer des revues ?
Parce qu'un suivant en revue c'est du poète en bouteille !
Et que ça donne un peu d'espoir aux naufragés -la vue de cette bouteille, au loin, qui flotte sur rien..."
Fabrice Marzuolo

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Traction Brabant 42
"le poézine [qui]  a juste pour but de faire circuler à son modeste niveau une poésie pas trop classique ni trop molle surtout, ainsi que de véhiculer certaines pistes de réflexion, sans pour autant qu'il ne soit tranché dans le vif."
S'abonner, contacter Patrice Maltaverne

extraits :
"l'univers sent le brûlé
a dit l'astronaute au nez pointu
moi je n'avais jamais pensé  à ça
l'odeur de l'espace"
 
"PERDU (Tout n'est pas)
 
Sur la pointe des pieds, une fille vide ses ordures au tri. Entre ses fesses, on voit le ruban plus ou moins fleuri de son string. On a beau dire, ça rassure."
Alain Sagault
 
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Comme en poésie 47
Invitation de Jean Pierre Lesieur aux couples en poésie & moult voix poétiques
S'abonner en contactant Jean-Pierre Lesieur ici
extraits :
"André Chenet/Cristina Castello
 
pour conjurer la douleur
apprivoiser le verbe
du silence
André
 
Toc-toc
 
Je t'aime quand le lundi nous quitte
Quand le mardi s'annonce
Quand le mercredi nous fait un clin d'oeil
Quand le jeudi s'habille pour la veille
Quand le vendredi fait toc-toc à la porte
et tient du miracle
Cristina
[...]"
 
"Le déménagement de ma mère
[...]
Qu'emmèneras-tu mère, si tu laisses jusqu'à ton corps dans cette capsule oblongue, remis à lui même, inséré dans l'épaisseur du sol -selon le processus antique- pour cette fonte des neiges viscérales ? Ton corps chargé comme  une batterie longue-durée et très basse, qui fait qu'imperceptiblement la terre autour chauffe, luit, remue ; se nourrit et se soigne de toi"
Olivier Aulry
 
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Nouveaux Délits 40
La revue de poésie vive, numéro hommage à Beb Kabahn et Yann Orveillon, et des poèmes de Patrick Aveline, Guillaume Siaudeau (et moi :)
S'abonner c'est par
extraits
"Je courais à l'envers à la source des mots
Le langage pâlit.
La verve à éclore.
Et le nid refroidi s'alluma de ce feu"
Beb Kabahn
 
"c'est mathématique
 
il y aura toujours
plus de poèmes
que de poètes
je trouve cela
plutôt rassurant"
Guillaume Siaudeau

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et ça n'a rien à voir, le dernier pop up de Philippe UG pour les enfants : Drôle d'oiseau , aux éditions Les Grandes Personnes, pour la touche de couleur et le foisonnement

vendredi 7 octobre 2011

Tranchant de Perrine Le Querrec - Vases communicants
















Plus elle maigrit plus elle se trouve grosse.
La peau tendue aux quatre coins du corps, les os en angles qui poussent et se bousculent sous la toile de derme, ça ne suffit pas, ça ne suffit plus. Si elle pouvait, inciser ici et là, plonger la cuillère dans le fatras et creuser un peu, extraire nerfs et chair, garder juste ce qu’il faut de force pour écraser les oiseaux entre deux pierres, clouer les grenouilles sur les troncs, entendre le sang des autres s’écouler, secouer les boyaux de sa tête, se cacher dans un pli de la terre.

Image : « holy moley », j alex goss


Premier vendredi du mois, c'est Vases communicants,
Perrine Le Querrec pose ses mots chez moi...et m'accueille chez elle par là http://entre-sort.blogspot.com/ 
La liste de tous les vases communicants d'octobre sur la page facebook dédiée aux vases

mercredi 5 octobre 2011

Bruxelles, octobre 2011

mardi 4 octobre 2011

Tu m'as posée comme un verre


Tu m'as posée comme un verre au bord de la fenêtre
Je sais, tu n'as plus soif et le soleil est bas
Tu marches comme une ombre ,dans le salon je traque
D'un reflet tes yeux noirs filant sur le béton

Tu ne bois plus mon eau trouble, le temps passe
Les traces de calcaire sur nos lourdes embrasses
Mes deux courbes salines déformées par le mot
Immense qui sépare ta bouche d'un verre d'eau

Eh oui,c'est le pyrex et les papillons posent
de moins en moins leurs flammes

Parfois il pleut
sur tes lèvres mon verre

Et tu lèches, plic ploc
le fond de mon vieux bock

Parfois tu souffles sur le bord de la lame et je
musique













credit photo Nataliya Litova

mardi 27 septembre 2011

L'odeur - FPDV




Tu t’es enfin rassise sur le bord de la natte, tes jambes blondes tendues dans l’herbe sèche. Je te regarde en douce. Tu portes le tee-shirt à rayures bleues que tu adores, sur ce short en jean minuscule que je déteste.
Tu boudes. Tes yeux, ta bouche, ton nez, tout est plissé. Ta peau sue sa mauvaise humeur, sous le soleil de ce début d’après-midi d’été.
Je souris de côté, tu as encore sur la lèvre trois miettes de cet immonde gâteau au chocolat. Je te le ferais bien remarquer, mais je me tais. Tu as seize ans et tu es un volcan sur le point d’exploser.
Tout ça parce que j’ai soulevé le bras de ton père pour baiser son aisselle ; tout ça parce qu’avec la même langue, j’ai léché mes dix doigts juste avant le dessert.
Tu t’es levée. « Putain, maman, t’es dégueulasse, tu nous sers le gâteau avec tes doigts qui puent »
Soit dit en passant, tu as mangé ta part, avec des haut-le-cœur c’est vrai, mais tu l’as mangée…
Et maintenant tu boudes, un gouffre nous sépare. Soyons juste, à moi aussi, ton parfum écœurant et sucré de vanille me soulève le cœur.

Alors comment t'atteindre, pour te dire ton père allongé sur le sol, mon ombre sur son torse, ses yeux clos sous mes mains, l’envie de mordre encore sous le bras de ton père, la poussière et la mer ?
Comment te faire simplement comprendre mon penchant pour l’âcre, la sueur, les humeurs, ce qui vit, ce qui meurt, qui chavire le corps ; cet avant-goût tenace de l’odeur fade et chaude de la terre meuble ?

illustration de Lia Vé (18 septembre)
texte de myself (27 septembre)
 publiés sur FPDV  #19 L'odeur

lundi 26 septembre 2011

500 dessins - Nicolas de Crécy


À  découvrir le  blog de Nicolas de Crécy
et ses superbes dessins

pieds nickelés

cocktail

jeudi 22 septembre 2011

Nouveaux Délits & Poulpe...


A paraître le 1er octobre le numéro 40 de la revue Nouveaux Délits. Vous pourrez y lire quelques uns de mes poèmes...

AU SOMMAIRE :

Délit d’amour :
Hommage à Beb Kabahn (1974-2011), graphicultrice de stigmates, écrivière en proséïe et tellement plus et encore.
Hommage à Yann Orveillon (1941-2011), poète et voleur de feu, au cœur océan.

Délit de poésie : Murièle Modély, Patrick Aveline et Guillaume Siaudeau

Résonances : 1 livre, 1 recueil, 1 groupe de musique, 1 couple de photographes.

Délits d’(in)citations s’éparpillent comme toujours à l’automne et vous trouverez le bulletin de complicité, très au fond en sortant, qui adore jouer lui aussi les feuilles au vent...

Illustratrice : Corinne Pluchart

Pour plus d'infos, cliquez ici.

Et aussi parution du nouveau livre de Cathy Garcia, Le poulpe et la pulpe. Pour l'eau à la bouche et commander, allez

lundi 19 septembre 2011

"Jeune j'aimais le temps..." Pierre Jean Jouve

"Jeune j'aimais le temps
Je ne supportais pas d'être le plus jeune
J'aimais la graminée quand elle a ses graines les
arbres quand ils s’étendent comme la musique
Jeune j’aimais les vieux
A présent je penche avec mon ombre sur l’autre
versant celui qui descend
Je ne sais plus j’ai goûté plusieurs temps
Peut-être avec la vieillesse viendra le calme"

Les Noces, suivi de Sueur de Sang, Pierre Jean Jouve, Gallimard, Poésie 13, 1996

mercredi 14 septembre 2011

Poèmes du lendemain 19 - Audrey-Anne Marchand


J'ai rencontré Audrey-Anne Marchand pendant l'atelier poésie du PJE de Muret, mené par Seyghmus Dagtekin. Et l'écriture d'Audrey Anne a été un éblouissement...
Parce que sa poésie est un raz-de-marée d'images qui balaie tout... de sa musicalité, de son impériosité... je ressentais ses mots très corporellement (sais que ne suis pas très claire, mais bon), et restais toujours sans voix, assommée, admirative devant le foisonnement irrésistible de son écriture.

Bref, elle m'a envoyé il y a quelque temps Poèmes du lendemain 19, l'édition par Ecrits des Forges des lauréats du Prix Piché de poésie 2010, dont elle a eu la mention spéciale. Je vais en dire quelques mots ici (mon ressenti de simple lectrice, avec mes propres filtres et tout le toutim -pardon donc Audrey-Anne de ma lecture forcément partielle ) :

La suite poétique d'Audrey-Anne s'intitule : Je dis non aux histoires sans fin
Et la quatrième de couverture cite  cela : "J'ai trouvé le centre-ville dans tes yeux comme un drapeau planté par erreur sur un lendemain futile..."

Et de paragraphe en paragraphe, sans ponctuation, comme une parole qui reprend son souffle dans les sauts de ligne, on suit cette urgence, cette impossible et nécessaire rencontre, ce désir illusoire pour mettre en phase, pour circonscrire lui elle, l'autre soi...
"ton essence est comme une catastrophe lancée au visage comme prémunie d'une sophistication archaïque qui ne s'estompe pas"

"je te parle au coeur de mes robes rouillées on dirait enfin que la musique approche mais tu t'effondres pour éviter mon saccage et le désordre de ma pensée décousue et rapiécée

tu butes contre les murs invisibles toujours pour te sauver de notre langage épuisé à force de guerres incomprises à force d'exils et de nostalgie précoce"

Il me tarde de la lire à nouveau, elle a des projets de livres et de participations dans des revues je crois... Une poétesse à suivre !

Ps : Je ne parle pas de Je reviens de mourir , Guillaume de Marie-Charlotte Aubin qui a eu le prix Piché, mais c'est aussi très bon ! :)


vendredi 2 septembre 2011

Reprise d'Anna Jouy - Vases communicants

Rhume de cerveau, éternuements de l'intelligence. Je bégaie des idées comme des postillons d'humeur. Problèmes de saison, automne de toutes les couleurs des vertes et des pas mûres. Une pensée après l'autre, le rouet est plein et déborde. Après qu'en reste-t-il qui tienne à l'estomac? Pas grand chose et parfois même la chiasse normalité de tous les transits.
Je dépense mon temps en semailles, le champ est vaste et à peines labouré. Je fais mon semis d'un geste de repiqueuse, il me faut une machine à coudre pour sillonner mon pré
et la terre tissu conjonctif est dure comme de la futaine de cow-boy. Je vois Millet prier ses pauvres angélus et le tablier sale des travaux sans fin.
Je monte la charge, au loin mon troupeau de moucherons bourdonnent et sucent le sang des fleurs.
Il est temps de respirer en dehors du sable aqueux des vieilles bruines qui rentrent par le nez et font baver les narines. D'essuyer les peintures de leur grisaille de suie et de restaurer la lumière. Temps de sortir du cadre et de visiter les jupes fraîches de l'automne la main dans le sac et les bas de laine douce.
J'use en vain mon cœur en petites oboles, le divin n'aime pas la fumée de mes sacrifices. Caïn courbe l'échine sous le poids des cendres. L'œil impitoyable du critique use le sens des lignes et des perspectives du tableau, les prières sont lourdes et rasent le gazon.
A l'horizon les Indiens lèvent le camp et leurs cheminées ont pris le chemin du départ.


Premier vendredi du mois, c'est Vases communicants,
 ce mois-ci c'est Anna Jouy qui pose ses mots magnifiques chez moi...
et qui m'accueille chez elle par là http://annajouy.over-blog.fr/m/article-82985067.html


La liste de tous les vases communicants de septembre  
sur la page facebook dédiée aux vases 



jeudi 1 septembre 2011

Marie

elle a les pieds nus
les paumes tournées
vers le ciel
un regard stupide
un peu bovin
un peu vide
le genre de regard
télégénique
l’oeil rond
la paupière lourde
le trou légèrement dilaté
le genre de regard
de fille shootée
qui ne sait pas
ce qui se passe
qui ne voit rien venir
qui observe
absente
le machin glaireux
posé devant elle
qui n’a pas pu
passer
entre ses hanches
étroites
impossible
inconcevable
et son sein
de quinze ans
qui jaillit
de la robe
courte et bleue
étalée en corolle
sur son corps
virginal
recrée
pour la photo
pour la main
du type
pour ses yeux
pour son sexe
la scène

Derrière la vitre sale

Quelquefois en tête, je n'ai qu'un grand trou
Quelquefois, il y a toi

Grottes Les grandes Canalettes, Villefranche-de-Conflent, été 2011

mercredi 31 août 2011

Microbe 67

Au sommaire :

Textes de :
Justin barrett
Marc Bonetto
Nicolas Brulebois
Éric Dejaeger
Fabrice Farre
Pascal Feyaerts
Mahrk Gotié
Frédérick Houdaer
Jean-Marc La Frenière
Pierre-Brice Lebrun
Hervé Merlot
André Stas
Marlène Tissot
Florian Tomasini
Illustrations de Samantha Barendson

Les abonnés le recevront début septembre.
Les autres ne recevront rien.
Pour tous renseignements, contactez Eric Dejaeger

mardi 30 août 2011

Les Vigilants (2007), Guy Ferrer

Guy Ferrer invité des Rois de Majorque
Palais des Rois de Majorque, Perpignan
du 17 juin au 18 septembre 2011