mardi 13 décembre 2011

Je t'enracine le banian ?

Je ne t'enracine
rien

rien du tout
mon amour

Je sais
Tu sais

les sentiments ne
sont

que lierres en
décomposition

Les racines dans
l'air

ne mènent nulle
part

dans le ciel ne
poussent

que des brins
du hasard

Tu vois
Je vois

sur nos peaux dans le
lit

nos anciennes
morsures

sous les nuages
tous

les vieux
cliquetis

Je t'enracine le banian

Je t'enracine le banian
Tu me sèmes en haut des coteaux
Je te jaillis de mon volcan
Tu me déplies au fil de l'eau

Je te polis galet rond
Tu m'éparpilles poussière
Je t'hibiscus flamboyant
Tu me glycines vent d'autan

Je te safrane, te curcuma
Tu me mentholes, m'épicéa
Je te diffracte
Tu me resserres

lundi 12 décembre 2011

Liqueurs - Bruno Legeai & Murièle Modély



Ça tombe...
Elle sent bien que ça tombe
Tout autour d'elle, tout tombe

Son visage au-dessus
Son corps étriqué qui lentement s'enfonce dans le matelas mou

La sueur les mots le souffle et la salive
Il pleut

Elle sent crépiter son plaisir impérieux
Sur les angles improbables de jambes et de bras
Sur son corps bûche dans l'âtre de la chambre
En flammes

Il pleut
Et son ventre de braise
Et sa tête de bois

Elle sent bien que tout tombe
Retombe...

Elle se dit que peut-être sous les cendres, il reste
Un brandon, ce desir
Et sa suie sur le drap

  
Collaboration pour FPDV, thème de décembre : Rouge
Titre & photo Bruno Legeai
Texte myself



jeudi 8 décembre 2011

L'Autobus n°5

Reçu ce jour le nouvel Autobus (numero 5) du sieur Marzuolo... avec
Colette Gaillard
Marc Bonetto
Isabelle Grosse
Jany Pineau
Guillaume Decourt
Murièle Modély
Marie Evkine


Bon, plutôt qu'en parler mal... (et puis je suis un peu à court de connexion :), je mets la chronique de Jacques Morin sur Décharge que vous retrouverez dans la rubrique Vrac

"La revue de Fabrice Marzuolo sort très régulièrement, en gros à la limite du bimestriel et du trimestriel, y a pas de nom. Chaque fois un thème, que les intervenants suivent à fond, ou sur la tranche, même sur le fil, voire pas du tout. Enfin, bref, ça n’a guère d’importance. Le thème quand même ? : le ring. Et l’on prend un  uppercut  d’entrée de jeu avec Colette Gaillard puis directo derrière une droite de Marc Bonetto. Après on est groggy pour lire le numéro. Faut dire qu’on n’a pas eu le temps de se mettre en garde. …"
La suite sur Décharge !

samedi 26 novembre 2011

La fraise - Bruno Legeai & Murièle Modély

Photo de Bruno Legeai

Il y a une fraise sur le rebord de la fenêtre. Une fraise rouge, charnue, parfaite. Je ne sais pas comment, je ne sais pas par qui… il y a cette bille sanguine, et mon regard surpris.

L’automne arrive enfin, je le sens, il est là. Les nuages, le soir, sont de plus en plus bas. 
Est-ce que c’est moi ou le ciel s’apaise? Qui donc a déposé sur le béton la fraise?

Je la regarde, petit soleil carmin, darder ses rayons chauds dans le creux de ma main. J’ai posé mes deux paumes sur la vitre un peu froide ; mon paletot peluche, mon corps, mes os sont lourds. Je sens pourtant ma peau devenir velours, la pulpe du fruit mûr rosir mes joues râpeuses.

Je ne pense à rien, je regarde la fraise. Ses akènes rebondissent, picotent mes rétines. Comme des gouttes d'or, ils embrasent la ligne. Est-ce que je rêve ou est-ce que la peau cède ? Quel est ce jus sucré qui soudain me ruisselle?

Il y a une fraise sur le rebord de la fenêtre. Et tes yeux rieurs, ton corps vif, tes mots frais. 
Dans le jour finissant, je vois ta bouche exquise, dont je baise & dévore la saveur vermillon.



Publication initiale sur FPDV du mois de novembre, thème L'exquis 
L'univers photographique de Bruno Legeai est à découvrir (entre autre) sur son blog Les jours

mardi 22 novembre 2011

Traction Brabant n°43


au sommaire du TB 43, spécial sports, vous trouverez :
Françoise Biger (une chèvre sur le tatami) - Yannick Torlini (Tapages)- Morgan Riet (chemins battus)- Alain Crozier - Patrice Maltaverne (le type au volant de la TB) - Patrick Joquel - Cathy Garcia (nouveaux délits -toujours meilleurs que les anciens-) - Pierre Bastide - René Bourdet (poézine Oeil de fennec) - Séverine Langlois - Lionel Mazari - Sylvain Guillaumet -Michel Talon - Michel Lhostis - Salvatore Sanfilippo - Linda Benadda - Delphine Gest - Béatrice Gaudy - Alain Lacouchie - France Burghelle-Rey - Jean-Baptiste Pedini (prendre part à la nuit)- Basile Rouchin - Oslo Deauville - Didier Ober - Mauro Mota - Bernard Deglet (sarieloubal) - Murièle Modely (l'oeil bande -autocitationhypertextuelle)- Isabelle Grosse - Henri Cachau - Eric Savina - Stéphane Prat (mes abruzzes)- Jean-Christophe Belleveaux - Hervé Merlot ( 2 euros le poézine)

2 € le numéro, et... 10 € les 5 incredible isn't it ?
Pour en savoir plus, voir le blog : billets d'humeurs du sieur Maltaverne, poèmes extraits de la revue, photos, liens etc.
Pour des extraits vous repasserez : j'ai pas fini de lire...


MOI CE QUE J'AIME PAR DESSUS TOUT, CE QUI ME REND FOU
C'EST DE CRIER : VIVE LE SPORT !*


*comme dirait Vincent Malone -ouais j'ai des mioches de 6 & 4 ans, donc j'écoute les chanteurs qui vont avec :)

lundi 21 novembre 2011

Chagrin


je pleure
petit
moyen
à gros bouillons
et le chagrin
devient
une eau
bouillante
une soupe
où le corps beurre
exhale
dans des vagues
brûlantes
des odeurs de thym

.
J'écris sale
Je dis sale
Je pense sale
Je suis sale

Tiens
remplace donc le mot sale par noir
es-tu bien sûr au fond d'avoir
(de moi)
fait le tour
de la question ?

dimanche 20 novembre 2011


J'écris sale
Je dis sale
Je pense sale
Heureusement, tu n'es pas dupe

.
Hier j'ai vendu des livres à la bibliothèque. C'était bizarre, vendre n'est pas prêter, le costume me gênait, j'ai joué. Je n'aime pas faire la vendeuse, ce n'est pas mon métier. Une vieille me l'a dit.

Une petite boule de hargne, bouche cul de poulet. Et vas-y que je te balance à la gueule ma rage. Et c'est mal organisé, et vous êtes incompétente, et blablabli, et blablabla, et c'est mon droit j'achète, et reblabli, et reblabla. Et ma vie n'est qu'acide, vous finirez comme moi. Et donnez lui un bras qu'elle vous bouffe le coeur. Le coeur, ce fruit blet rabougri ?

La colère qui monte, mon envie d'en découdre, elle et moi de chaque côté de la ligne, n'a pourtant rien à voir avec l'échange marchand...  La vieille et son visage, comme miroir grossissant de l'abrutissement. Pas le concept, ou l'idée de. Mon abrutissement. Cet inévitable rétrécissement de mon champ de vision, mon coeur tout sec, momifié et posé comme ultime sujet de préoccupation.

Voilà dans ses cheveux, ses commissures tombantes, les sillons blèmes de son aigreur, l'incompréhension du monde. La mienne, bientôt, si proche.

Un samedi de soleil à vendre des livres, pendant que le temps file et que tout s'effiloche.

/

J'ai vendu à la criée des livres, comme une sole ou un maquereau. Sur le moment, j'ai fait l'article, j'ai ri . Vraiment. Je sentais mes sourires emballer mon visage.

Et pourtant a posteriori j'écris :  le costume me gêne.

Peut-être que ce qui n'est plus, n'a jamais été là. Peut-être qu'écrire, c'est repeindre, poser un filtre de fausseté sur les vrais sentiments. Ou le contraire.

Je triche : c'est ma posture ?
Je ne sais pas. 
Une vraie complaisance, à voir la déchirure.

/

Je me rappelle avoir été assise dans le fauteuil en face de son bureau de verre (on ne s'allonge pas toujours), et avoir parlé pendant toute l'heure sans discontinuer. Enfin, je ne suis pas restée une heure, et sans doute que je n'ai pas parlé tout le temps. C'est le souvenir de mon regard sur moi qui reconstruit la scène.
Je me souviens avoir été face à lui comme un sac (et au moment où je l'écris, ce n'est pas une image, j'étais vraiment un sac), et avoir avec ma langue tracé une large et profonde fente dans le plastique.
Les mots avaient coulé (car les mots sont liquide) et j'étais devenue dans la pièce silencieuse, les battements affolés de mon coeur exposé.

/

L'écriture n'est pas la vie. Pas la mienne en tout cas.

mercredi 16 novembre 2011


Eraserhead (1976)

dimanche 6 novembre 2011

©Franck Laborde

mercredi 2 novembre 2011

lundi 31 octobre 2011

Un bref instant d'art et de poésie

Allez hop, je rejoins aujourd'hui l'aventure collective Evazine (piloté par Jean-Louis Millet) où sont réunies les propositions de poètes, artistes placticiens ... Pour en savoir plus sur le projet allez, car moi je vais juste citer quelques poètes de ce numéro d'octobre-novembre

Bruno Toméra
"Serrant mes mains dans ses mains 
elle me dit 
"Gamin, c'est une bulle de savon, la vie, 
ça pique les yeux et c'est fini." 
On a roulé sur le trottoir. 
Bras dessus bras dessous.
Le temps est plus bourré que nous, 
tous les deux c'est trop tard, 
elle en avance, moi en retard. [...]"

JL Millet
"[...]
L’indécision des nuages face à la pluie
Le filet d’eau doucement abstrait par les sables du désert
La femme assise dans la banquette face à moi tirant compulsivement sur le bord de sa jupe
Les visages, tous, virant aux masques
La douleur de l’espoir d’un bonheur [...]"

La Ville
1.
Je cherche dans les villes que je parcours
Une ville et un rêve : un rêve devenu ville
Je cherche telle avenue
Ressemblant au grand fleuve jaune
Où s’écoulerait l’humanité
Pensante et désirante
Diversement comblée
Par son propre passage
[...]"

Pour lire les poèmes en entier, cliquer sur leurs auteurs :)

Microbe 68 & du neuf by Marzuolo

Nouvel opus de Microbe (pas encore reçu) en partance vers les boîtes aux lettres des abonnés, et bien contente d'apprendre que le supplément est de Fabrice Marzuolo voilà un coco bel oeil qui donnera l'occasion de le (re)lire, vu que le blog de l'Autobus s'est fait la malle... sur une petite route de campagne sans doute ;)


Le 68e (+1) numéro du Microbe est prêt.
Ce numéro, sous-titré « 68 (+1), opus névrotique », a été préparé par Marc Bonetto.
Au sommaire :
Photos de Corinne Leridon
Textes de
P
ierre Anselmet
A
rmand
le Poête
C
hristian
Chavassieux
F
ernand
Chocapic
É
ric
Dejaeger
P
atrick
Frégonara
C
athy
Garcia
V
irginie
Holaind
jac-zap
C
armelo
Marchetta
H
ervé
Merlot
V
éra
Mund
E
mmanuel
Régniez
M
arla
Semarre
M
arlène
TissotMarzuolo - Le coco bel oeil.jpg
T
homas Vinau

Les abonnés le recevront dans quelques jours.
Les abonnés « + » recevront également le 31e mi(ni)crobe signé Fabrice Marzuolo : LE COCO BEL ŒIL DU NET.
Les autres ne recevront rien. Pour tous renseignements, contactez-Eric Dejaeger

lundi 24 octobre 2011

Les marges de Jean Prod'hom

A découvrir absolument Les marges, le site de Jean Prod'hom
et en particulier ce texte

Un trou au vilebrequin dans le tohu-bohu

Extrait :
"[...]il convient malgré tout de se réserver une possibilité, tandis que nous parvient de la terre, lointain, un tohu-bohu sans queue ni tête, la possibilité de creuser sur les rives du fleuve qui roule ses eaux puissantes, au vilebrequin, un trou où loger le rien, et d’y écouter la mer comme dans un coquillage"

dimanche 23 octobre 2011

Le rendez-vous


Je la retrouve tous les lundis dans le café près de la gare. Dans une salle petite, bruyante et très fréquentée. Le café est à proximité du lycée professionnel. A côté des habitués accoudés au bar, l'haleine chargée dès huit heures du matin, il y a des jeunes qui rient fort et chahutent avant le début des cours. J'en connais certains, mais je ne parle avec aucun d'entre eux.

Je m'installe généralement près de la fenêtre pour avoir un peu de lumière, car les lambris aux murs ont pris une patine sombre, mélange de gras et de fumée de cigarettes. Les rideaux sont sales, mais cela m'est égal que la poussière me picote les yeux.
Je la regarde, elle m'ignore. Elle suçote le bord de son verre d'eau.
Nous ne sommes pas assises à la même table ; une banquette, parfois deux nous séparent. Selon les jours et son humeur, elle m'offre le spectacle de sa nuque, ou celui de sa bouche qui chipote son eau minérale...

Il y a en fond sonore la radio, le rire de jeunes et les raclements de gorge sporadiques et glaireux de quelques hommes âgés. Les verres cliquètent sur le comptoir en inox. Le serveur fait glisser énergiquement les tasses sur l'étagère métallique. Le patron tripote régulièrement sa caisse enregistreuse.
Des pièces tombent au sol. Des talons claquent. La porte du café s'ouvre et se ferme en grinçant.
L'ensemble produit une mélodie discordante, je n'entends rien...

Parce que je mets mes mains contre mes oreilles. Et parce que m'isoler du monde extérieur me permet d'absorber Pélagie, en entier, dans ma tête. Ce n'est pas difficile, elle n'est pas épaisse.
Elle a un visage émacié, deux billes vertes perdues dans les orbites, et des tas de petits os autour. Pélagie est très maigre : sa tête est une minuscule balle perchée sur une brindille.

Je reste juste immobile, dans cette salle, à la regarder suçoter son verre du bout des lèvres. Je respire à peine pour ne pas la faire basculer de sa chaise sur le sol. Je me mords les joues pour ne pas pleurer. Saleté de poussière.
Je pense à avant, quand son rire charnel m'enveloppait de son odeur de sucre. Avant, quand je n'avais pas peur de voir son corps se désintégrer bruyamment. J'essaie en vain d'ignorer le squelette de verre à travers sa peau translucide.

Si je viens tous les lundis au café, c'est pour m'assurer que cette fois encore, elle ne s'est pas brisée en mille morceaux. Et aussi pour continuer à croire que peut-être...

Elle me parle quelquefois. Sans lever les yeux. Elle décoche un "Dégage", ou mieux trois mots "Me regarde pas". Je la préfère silencieuse. Dès qu'elle ouvre la bouche, ses dents claquent et font un bruit perçant désagréable. Si je m'écoutais, je me jetterais sur elle, pour la faire taire d'un baiser.

Oui, je voudrais pouvoir poser ma bouche sur ses lèvres gercées.
Je viens tous les lundis pour ça. Et je sais qu'elle vient aussi ce jour, pour bien me signifier tout ce que je n'aurai pas.
Elle me l'a dit la dernière fois où nous étions assises à la même table. Elle ne peut plus m'embrasser... Pas à cause de mon corps lourd ou de mon visage poupin. Pas seulement non.
Ma salive trop riche la révulse. Elle doit dorénavant se passer de mes baisers.

Republication d'un texte mis en ligne ici en mai 2010

samedi 22 octobre 2011

L'amour fou - FPDV

une chosette sur FPDV du mois