mardi 29 janvier 2013
Un régal : Anna de Sandre
Les regards habités
La ville résidait dans nos yeux
possédait chacun d'entre nous
nous n'y trouvions pas à redire
nous la logions elle nous hantait
le sommeil restait à sa porte
et ses lumières faisaient briller
ce que les autres prenaient souvent
pour une passion ou de la fièvre
nous l'abritions sous nos paupières
émus fanfarons et contents
et pour tout dire nous nous flattions
qu'elle nous habite pour pas un rond
et quand nous reprenions la route
transis fourbus mais pleins de force
c'est là dehors précisément
qu'elle s'acquittait de son loyer.
Anna de Sandre sur la toile
Les Carnets du Dessert de Lune c'est par là
mercredi 23 janvier 2013
il faut que tu gardes les yeux bien ouverts
ça pleut
ça nettoie à grande eau
(la toile tendue et blanche
où rien de neuf s'écrit)
la nuit tarde et rechigne
à baisser des paupières
il faut que tu gardes
les yeux bien ouverts
ça racle
(mouvements brefs
et secs
de la toile émeri)
ça égratigne
ça renouvelle
la tension te dégorge
l'attention
aux plaies vives
sur le globe oculaire
ça
ta mémoire est derrière
mardi 22 janvier 2013
Le livre à disparaître (Janvier 2013)
La revue éphémère "Le Livre à disparaître" vient de paraître.
Pour feuilleter gratuitement la revue en ligne avant qu'elle ne disparaisse, ou bien pour acheter la version papier, rendez-vous ICI.
Au sommaire éphémère :
Barbara Albeck
Séverine Castelant
Marianne Desroziers
Christophe Esnault
Fabrice Farre
Lionel Fondeville
Brice Haziza (Néon)
Philippe Jaffeux
Steven Lambert
Perrin Langda
Rodrigue Lavallé
Eve Lerner
Anne Van der Linden
Murièle Modély
Emmanuelle Pagano
Raymond Penblanc
Jérôme Pergolesi
Hugo Pernet
Martin Perron
Walter Ruhlmann
Guillaume Siaudeau
Christophe Siébert
Marlène Tissot
Yannick Torlini
Frédérique Trigodet
Vincent
Fondée en 2012 par Romain Giordan, "Le Livre à disparaître" est une revue littéraire consacrée au thème de la disparition. Polygénérique, elle publie de la fiction, de la poésie contemporaine et des textes plus expérimentaux. Elle accueille des écrivains reconnus et de nouveaux auteurs. Des créations visuelles s’intègrent également à l’ensemble. Revue-concept en forme de one shot, "Le Livre à disparaître" a pour particularité - en corrélation avec son thème - d’être éphémère et de disparaître après la publication de son premier et unique numéro.
dimanche 20 janvier 2013
samedi 19 janvier 2013
![]() |
| (c) yulia kazban |
"...Tu as tendu la main. Tu as tapoté la vitre. J'ai cru que tu l'avais cassée - c'était le pouvoir de la fièvre. De peur, je t'ai presque laissé tomber. Tu serais tombé sur le verre. Les éclats t'auraient déchiré la figure. Les pointes t'auraient arraché les yeux. La vitre n'était pas cassée. Ce que j'ai vu c'est la douleur sur ton visage : les éclats de ta figure. Ton visage dans la vitre t'avait dit : tu es mort."
extrait de Si ce n'est toi d'Edward Bond
lundi 7 janvier 2013
J'aime regarder dehors
ou dedans c'est selon...
Deux recueils lus et appréciés dernièrement... pour le dépaysement et la familiarité : on peut sentir ces deux mouvements en même temps n'est-ce pas ?...
Sentir à la fois la distance et la proximité dans le même tableau (être, situation, scène)
D'autres en disent aussi :
Patrice Maltaverne dans la préface du recueil en dit : "Dans un gouvernement utopique de la poésie, dont je voudrais qu'il soit plus rigolo que les autres, Murièle Camac pourrait devenir déléguée à l'ouverture d'esprit..."
Georges Cathalo sur la revue Texture : " Il existe tout un pan de la jeune poésie vivante très aimantée par la situation faite aux humains et par le rouleau compresseur des politiciens et banquiers réunis. Ce penchant naturel s’appelait naguère « poésie engagée ». Celle que le préfacier Patrice Maltaverne nomme « déléguée à l’ouverture d’esprit » dans un monde qui serait dirigé par un gouvernement utopique de poètes, s’engage dans cette voie mais ne revendique pas haut et fort plus de justice et plus d’équité."
Un extrait du recueil
"Rue des poissonniers
On ne trouve pas de poisson rue des Poissonniers
mais de drôles d'avocats oblongs que vendent
les belles Africaines assises sur des cageots
et qu'elles croquent parfois comme une pomme
sur les étals des marchands s'empilent des légumes
que je n'ai jamais cuisinés et leurs noms antiques
manioc igname chayotte ou christophine
noms dansants comme le ciel ou les tissus des boutiques
les jours de prière devant la mosquée Al Fath
les trottoirs se couvrent de tapis et de dos courbés
au bar de l'Hôtel de l'Univers les immigrés bien habillés
font résonner des langues que je ne comprends pas
au marché Dejean tous les jours une foule
de gens échange formule et reformule
tout le monde ici a quelque chose à vendre ou à acheter
pour moi s'il vous plaît un kilo d'oranges une année d'étrangeté "
Avec ce talent, cette précision, cette (apparente) simplicité pour dépeindre, (d)écrire cette Amérique si lointaine et si proche
"Lonely California
Le studio
se situe de l'autre côté
aux environs du 2095
exactement à trois blocs de l'Université
et à moins de six
de l'entrée du parc
juste deux blocs plus loin que l'hôpital
et ses stores sont baissés
à l'intérieur
une fille et un garçon
nerveux sur le point d'enlever tous leurs
vêtements pour faire l'amour
c'est lundi pour la plupart
des gens
partout et dans le monde entier
mais rien n'est fait
tout peut encore changer"
Deux recueils lus et appréciés dernièrement... pour le dépaysement et la familiarité : on peut sentir ces deux mouvements en même temps n'est-ce pas ?...
Sentir à la fois la distance et la proximité dans le même tableau (être, situation, scène)
C'est Vitres ouvertes de Murièle Camac, polder n°155
Patrice Maltaverne dans la préface du recueil en dit : "Dans un gouvernement utopique de la poésie, dont je voudrais qu'il soit plus rigolo que les autres, Murièle Camac pourrait devenir déléguée à l'ouverture d'esprit..."
Georges Cathalo sur la revue Texture : " Il existe tout un pan de la jeune poésie vivante très aimantée par la situation faite aux humains et par le rouleau compresseur des politiciens et banquiers réunis. Ce penchant naturel s’appelait naguère « poésie engagée ». Celle que le préfacier Patrice Maltaverne nomme « déléguée à l’ouverture d’esprit » dans un monde qui serait dirigé par un gouvernement utopique de poètes, s’engage dans cette voie mais ne revendique pas haut et fort plus de justice et plus d’équité."
Un extrait du recueil
"Rue des poissonniers
On ne trouve pas de poisson rue des Poissonniers
mais de drôles d'avocats oblongs que vendent
les belles Africaines assises sur des cageots
et qu'elles croquent parfois comme une pomme
sur les étals des marchands s'empilent des légumes
que je n'ai jamais cuisinés et leurs noms antiques
manioc igname chayotte ou christophine
noms dansants comme le ciel ou les tissus des boutiques
les jours de prière devant la mosquée Al Fath
les trottoirs se couvrent de tapis et de dos courbés
au bar de l'Hôtel de l'Univers les immigrés bien habillés
font résonner des langues que je ne comprends pas
au marché Dejean tous les jours une foule
de gens échange formule et reformule
tout le monde ici a quelque chose à vendre ou à acheter
pour moi s'il vous plaît un kilo d'oranges une année d'étrangeté "
c'est aussi Nouvelles du Front de la fièvre de Jean-Marc Flahaut, Le pédalo ivre, 2012
Avec ce talent, cette précision, cette (apparente) simplicité pour dépeindre, (d)écrire cette Amérique si lointaine et si proche
"Lonely California
Le studio
se situe de l'autre côté
aux environs du 2095
exactement à trois blocs de l'Université
et à moins de six
de l'entrée du parc
juste deux blocs plus loin que l'hôpital
et ses stores sont baissés
à l'intérieur
une fille et un garçon
nerveux sur le point d'enlever tous leurs
vêtements pour faire l'amour
c'est lundi pour la plupart
des gens
partout et dans le monde entier
mais rien n'est fait
tout peut encore changer"
samedi 5 janvier 2013
mardi 1 janvier 2013
Le ciel est resté blanc tout le jour
comme une page vierge tendue au-dessus de nos têtes
Allongée dans le lit, je pense
que quelque chose de neuf débute, c'est sûr, quelque part...
La nuit tombe, je n'ai rien écrit
J'écris que je n'ai rien écrit
Le premier écrit de l'année est ce mensonge
qui fait un nœud coulant dans les replis du lit
lundi 31 décembre 2012
dimanche 30 décembre 2012
On en parle...
- Eric Allard parle sur son blog Les belles phrases de "À LA LETTRE", mon petit dernier chez Mi(ni)crobe, illustré en couverture par Maxime Dujardin. C'est là avec un extrait en prime
- Un extrait sur le blog de L'autre Hidalgo là
- Le poète Jean-Baptiste Pédini en livre aussi un autre extrait sur son blog : c'est par là
- un autre extrait sur l’œil dans les actus autour de Microbe là
- dans le Verso n°153, dans la rubrique En salade par Christian Degoutte, il est écrit ; "Une façon de petit récit poétique, de jouer avec les mots, de réfléchir avec humour aux choses écrites avec un doigt dans sa salive, en découpant des journaux , en laissant venir les mots "genre / mrmdl / ou bien / uieeoey". Bien"
"À la lettre" est épuisé chez Microbe, et a été republié en 2017 comme partie du recueil Tu écris des poèmes aux éditions du Cygne
samedi 29 décembre 2012
jeudi 27 décembre 2012
Microbe 75 & Mi(ni)crobe 38
Le Microbe nouveau cru est arrivé, il est entièrement féminin, et ça dépote (sommaire plus bas).
Extrait collage pour la route (que les filles m'excusent de cet arrangement tout à fait subjectif)
Elle veut écrire une phrase circulaire commencée devant le perron du phare Un poème d'amour, mon cul ! Kipling disait "tu seras un homme mon fils" Et je ne l'ai pas épousé celui-là L'histoire ressemble désormais à la chambre, sur les murs la peinture s'écaille par endroits Je ris tellement, avec lui, que j'ai mal derrière ma bouche, en haut de la nuque, à la fin des mâchoires, là où elles s'attachent à trente-deux heures soixante-six pour observer la pluie de rêves filants derrière les rideaux de la fatigue le givre blanc Je ne bouge pas du lit, c'était dimanche hier, Totalement nus / Absolument unis Oreilles, gorge, peau, vulve, une vulve comme un étau Comme je suis : formes parfaites, teint de porcelaine et abord lisse. Tu plies, tu plies le mot l'histoire le fardeau d'elle-même se répète Cette nuit je me suis changée en peau tout est à refaire
(avec par ordre de citation : Perrine Le Querrec, Cathy Garcia, Anna de Sandre, Céline Renoux, Emmanuelle Pagano, Marlène Tissot, Jasmine Viguier, Khun San, Isabelle Guilloteau, Catherine Peintre, Cécile Portier, Jany Pineau, Sabine Huynh, Virginie Holaind , Samantha Barendson)Il est accompagné d'un Mi(ni)crobe by myself, le numéro 38 * : "A la lettre"
Extrait ci-dessous :
"Des fois
assise confortablement
sur la cuvette des toilettes
je réfléchis
profondément
je pense à des trucs
hyper profonds comme
pourquoi une table s'appelle une table
pourquoi un pied ne se dit pas nez
pourquoi maman tient dans trois lettres
pourquoi un beau père est un père laid
pourquoi mrlmdl n'est pas mon nom
Evidemment
si je m'appelais mrlmdl
on ne m'appellerait pas souvent
pour ce que ça changerait... "
Pour les deux si vous êtes intéressés contactez Eric Dejaeger
(plus d'infos en bas sous le sommaire. Pour le Mi(ni)crobe,on peut aussi me contacter -faut voir :)
Ce numéro a été préparé par Jany Pineau.
Au sommaire :
Samantha Barendson
Anna de Sandre
Cathy Garcia
Isabelle Guilloteau
Virginie Holaind
Sabine Huynh
Perrine Le Querrec
Murièle Modély
Emmanuelle Pagano
Catherine Peintre
Jany Pineau
Cécile Portier
Céline Renoux
Khun San
Marlène Tissot
Jasmine Viguier
Illustrations : Sabine Danzé
Les abonnés le recevront dans quelques jours.
Les abonnés « + » recevront également le 38e mi(ni)crobe signé Murièle Modély : À LA LETTRE*.
Comme d’habitude, les autres ne recevront rien !
Pour tous renseignements, contactez Eric Dejaeger.
* note du 20-01-13 : le Minicrobe est épuisé
lundi 24 décembre 2012
mercredi 12 décembre 2012
La soupe
parfois souvent les mots compriment oppressent mon cerveau
je me demande comment diminuer la pression quand pulsent grondent
le bruit le faux le fard l'obscène la crasse le sale l'état foetal
les rats les rires les circonflexes les circonspects les mains battoirs
la trouille le sguègue le pèze le flouze l'écran le masque les miroirs
des pattes de mouches velues poilues pullulent sur
ma bouche mon nez mon sexe mes trous
ça pèse ça pousse ça trouble ça trousse
ma chair ma lymphe & mes humeurs sudoripares
parfois souvent je feins je crains renifle grince
des yeux des dents
tout se contracte
tout se dilate
ma noix éclate
dans un bruit sec
le cerveau coule
dans mes mains coupe
c'est une soupe où flottent molles
des pâtes lettres sans queue ni tête
La tentation des combles de Dominique Boudou
"Alors, évidemment, je me suis posé des questions. Elles s'enfonçaient dans mon cerveau comme une vis sans fin et mon corps tout entier se retenait de crier sa douleur. Qu'est-ce que les autres avaient que je n'avais pas, moi ?"
extrait 1
"... L'horizon dansait au loin et j'aimais ça. J'ai marché jusqu'aux rochers les plus proches, croisé quelques rondouillards à la peau rouge, des joueurs de volley et des joueurs de badminton tout aussi ridicules que les adeptes du frisbee, une chienne qui tirait sa langue toute bleue en rotant et je me suis assis sur la plus haute pierre. J'étais maintenant complètement réveillé. Mon cerveau avait retrouvé toute sa plasticité et j'ai repensé à la bétaillère. Les cochons partaient sans doute à l'abattoir. Ils n'avaient aucune conscience de leur fin prochaine. Et nous, me suis-je demandé ? Où se trouve l'abattoir vers lequel nous nous dirigeons ? Combien d'entre nous ont vraiment conscience de leur fin prochaine, une conscience aiguë qui transfigure leurs perceptions, leurs émotions, leurs actes ?"
extrait 2
et 3, 4, 5.... jusqu'au 14ème extrait à ce jour
C'est beau, et généreux, Dominique Boudou nous offre des bouts de son roman sur son blog... j'ai déjà cité cet auteur là...et il a un blog, un site... et des livres (romans, poésie) à lire absolument
Quand ta mère te tue | Dominique Boudou par borddeleau
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