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| (c) Thomas Krauss |
dimanche 10 mars 2013
samedi 9 mars 2013
L'Épi monstre - Nicolas Genka (extrait)
"Le couple : lui grisonnant, elle, blonde. Blonde à foison. Dix-sept ou quinze ans -seize, quoi.
Ils couraient, ils fuyaient la pluie. À grasses enjambées. Ah ! Les jambes de Marceline se disputant les blés pubères ! -Les démons... ils se souriaient comme nous autres. Entre eux bringuebalait la malle - la malle de pension. Il arrivait que Marceline lâche la poignée. Pour que la malle aille frapper les cailloux, dur. - Hein, sa revanche ? Mathématiques, trois sur vingt. Géographie, cinq. Leçons non apprises. Paresse. Zéro. Trois. Cinq. Des dons. Sept. Peut mieux faire ... Mais la pionne. Mais les cabinets. La fièvre à l'infirmerie... Peut faire mieux... Pouah !... Et pan, la malle ! Pan, dans son coeur ! Pan, pour Lui !
Lui ? Le mutisme. Les cheveux mal teints. Son pé. Son volain pé. Sa vie, quoi... Viens me chercher, on ne fout plus rien, c'est la fin de l'année solaire. Elle avait écrit solaire - l'étourderie- comme elle avait écrit ailleurs : je suis morte de soleil. Obscurément il se disait : "Ma fille a des absences. Sa mère. L'hérédité. Enfin... tout à fait ce qu'il faut pour me suivre où je veux aller", la question étant d'y aller avec quelqu'une, avec la complice, sinon l'esclave. Mieux : le jouet vivant. Ce qu'il entendait, lui, par là.
Et puis ici le linge bat, le ciel est noir. On imaginerait la fin : tout est dévasté, les gosses, le bétail courent, les poteaux électriques s'écroulent et les maisons crépitent dans les chicots rouges des incendies. Subsistera-t-il quelque mare où se noyer avec elles ?"
Ils couraient, ils fuyaient la pluie. À grasses enjambées. Ah ! Les jambes de Marceline se disputant les blés pubères ! -Les démons... ils se souriaient comme nous autres. Entre eux bringuebalait la malle - la malle de pension. Il arrivait que Marceline lâche la poignée. Pour que la malle aille frapper les cailloux, dur. - Hein, sa revanche ? Mathématiques, trois sur vingt. Géographie, cinq. Leçons non apprises. Paresse. Zéro. Trois. Cinq. Des dons. Sept. Peut mieux faire ... Mais la pionne. Mais les cabinets. La fièvre à l'infirmerie... Peut faire mieux... Pouah !... Et pan, la malle ! Pan, dans son coeur ! Pan, pour Lui !
Lui ? Le mutisme. Les cheveux mal teints. Son pé. Son volain pé. Sa vie, quoi... Viens me chercher, on ne fout plus rien, c'est la fin de l'année solaire. Elle avait écrit solaire - l'étourderie- comme elle avait écrit ailleurs : je suis morte de soleil. Obscurément il se disait : "Ma fille a des absences. Sa mère. L'hérédité. Enfin... tout à fait ce qu'il faut pour me suivre où je veux aller", la question étant d'y aller avec quelqu'une, avec la complice, sinon l'esclave. Mieux : le jouet vivant. Ce qu'il entendait, lui, par là.
Et puis ici le linge bat, le ciel est noir. On imaginerait la fin : tout est dévasté, les gosses, le bétail courent, les poteaux électriques s'écroulent et les maisons crépitent dans les chicots rouges des incendies. Subsistera-t-il quelque mare où se noyer avec elles ?"
L'épi monstre, Nicolas Genka, Exils éditeur, 1999
vendredi 8 mars 2013
dimanche 3 mars 2013
samedi 2 mars 2013
Comme si les mots
comme si les mots
pouvaient tendre un filet
et m'empêcher de tomber
à travers les mailles, je les vois, les entends
pendant que sur ma joue les fibres font leur trou
des mots familiers, et doux, et simples, et convenus, et attendus
toute chose maillée sent l'enfance
tout est courbe au dehors, de l'autre côté
dans le carrelet accroché au passé
je suis un poisson fou à l'odeur rance
j'ouvre je ferme
j'ouvre je ferme
j'ouvre je ferme
et glisse
ma bouche
un cercle humide
un nœud coulant
sangle la langue
pouvaient tendre un filet
et m'empêcher de tomber
à travers les mailles, je les vois, les entends
pendant que sur ma joue les fibres font leur trou
des mots familiers, et doux, et simples, et convenus, et attendus
toute chose maillée sent l'enfance
tout est courbe au dehors, de l'autre côté
dans le carrelet accroché au passé
je suis un poisson fou à l'odeur rance
j'ouvre je ferme
j'ouvre je ferme
j'ouvre je ferme
et glisse
ma bouche
un cercle humide
un nœud coulant
sangle la langue
Comme si les mots #2
et parfois les images, les vraies
celles qui sentent la sueur et le lait
celles qui vainquent l'effort de jamais les nommer
celles, les toutes petites, qui ont un corps, qui crient très fort
parfois, ces images là, sans même crier à mort
la métaphore (je ne peux pas m'en empêcher)
celles là, me terrassent d'un rire, direct, par tous les pores
vendredi 1 mars 2013
[.]
et tu causes tu causes tu ne sais faire que ça parler parler laisser couler de ta bouche sans arrêt sans discontinuer des mots des mots des phrases sans queue ni tête début ni fin ton beau ton doux visage aux traits si fins gonflé bouffi par le flot de paroles raisons explications les mots partout autour lancés contre les murs sur le plafond sur moi sous moi à l'intérieur l'épanchement l'explosion sur ta figure réduite à cette fente ses lèvres rouges molles qui s'évertuent les mots lippus encore qui grondent jusqu'à ce que je les réduise les écrabouille jusqu'à ce que j'arrête la main levée le débit fou d'un poing.
jeudi 28 février 2013
[']
il pense au mot
ambiguïté
quand sa main s'arrête
à quelques centimètres
de son visage
quand son regard
brutalement stoppe
à quelques millimètres
de sa paume
il ne sait pas pourquoi elle
elle ne sait pas pourquoi il
comme ça
soudain
une vie équivoque
en suspension
dans l'air
il suppose, dans l'instant bref de leurs gestes suspendus,
que l'un ou l'autre, quand même, va oser l'apostrophe,
tenter de conjurer, mains et regard rompus, l’ambiguïté
des signes
ambiguïté
quand sa main s'arrête
à quelques centimètres
de son visage
quand son regard
brutalement stoppe
à quelques millimètres
de sa paume
il ne sait pas pourquoi elle
elle ne sait pas pourquoi il
comme ça
soudain
une vie équivoque
en suspension
dans l'air
il suppose, dans l'instant bref de leurs gestes suspendus,
que l'un ou l'autre, quand même, va oser l'apostrophe,
tenter de conjurer, mains et regard rompus, l’ambiguïté
des signes
mercredi 27 février 2013
langue - Perrine Le Querrec
"j'entrouvre mes lèvres
je me balbutie
j'enfonce mes doigts
un à un les retire
je perce des trous tire
la langue
j'attends que
ça sorte"
je me balbutie
j'enfonce mes doigts
un à un les retire
je perce des trous tire
la langue
j'attends que
ça sorte"
"langue", in L'entresort, Perrine Le Querrec
mardi 26 février 2013
A la lettre (extrait)
(Souvent
je
me demande
si
je n’ai pas un problème
d’audition)
il
dit
c’est
d’ta faute
m’r’garde
pas
baiss’
les yeux
t’as
compris crevure
m’tiens
pas tête comm’ça
(bizarre,
plus il parle
moins
je comprends)
ton
air d’goss’ battu
kess’ça
change
t’entends
merdeuse
kess’
ça change qu’tu r’grettes
(bizarre,
je pense
ces
apostrophes)
c’ta
faute !
’TA
FAUTE, t’entends !
l’
chtiot est mort
(non,
j’entends pas) je vois
les
postillons gicler
au-dessus
de nos têtes
comme
des larmes
des
gouttes lettres
suspendues
dans l’air
comme
des la’mes
(bizarre
la chute, je pense
mais
je laisse l’apostrophe flotter
pour
que ça fasse moins mal)
extrait de A la lettre, Mi(ni)crobe 38
mercredi 20 février 2013
[?]
Ce tremblement
Cet arrêt
Cette légère palpitation
mon (ton) incertitude suspendue
à ce point d'interrogation
Cet arrêt
Cette légère palpitation
mon (ton) incertitude suspendue
à ce point d'interrogation
[( )]
on n'est pas obligé d'aimer pour rester ensemble
mais b(i)aiser
mais s(')ex(cuser)
ça compte quand même
pourquoi tu ris ?
(tu te trouves très maligne avec tes espaces et tes parenthèses)
mais b(i)aiser
mais s(')ex(cuser)
ça compte quand même
pourquoi tu ris ?
(tu te trouves très maligne avec tes espaces et tes parenthèses)
[/]
Ai-je jamais été honnête avec toi ?
je ne sais pas / peut-être / peut-être pas
je biaise
un i égaré dans le mot
voilà ce qui nous tient
toi /et / moi
Par où fuient les oiseaux....
"En règle générale, je ne poursuis pas mes inscriptions le doigt sur la plume. Presque toujours, elles s'offrent à moi qui les note sans retouche.
Leurs façons me font songer à un colombier, qui serait mon esprit, ménagé tout en haut de la maison, sous les combles, sans porte qui permette d'y entrer de l'intérieur et même sans échelle pour y conduire.
Les pigeons y vivant sortent par des ouvertures pratiquées dans le toit et, pendant qu'ils se pavanent dans la gouttière ou sur la pente, mes grands bras les saisissent, les empaillent et, souvent sans lisser leurs plumes, les rangent dans l'armoire : mon carnet.
Ces pigeons ne s'envolent jamais. Parfois, mes grands bras occupés ailleurs ou trop lents, il arrive que les oiseaux leur échappent, rentrent au colombier. Plus tard, je suis bien assuré qu'ils en ressortent ; mais pour ne les avoir aperçus qu'une fois, il est bien rare que je les reconnaisse ; peut-être aussi ont-ils un peu changé."
Leurs façons me font songer à un colombier, qui serait mon esprit, ménagé tout en haut de la maison, sous les combles, sans porte qui permette d'y entrer de l'intérieur et même sans échelle pour y conduire.
Les pigeons y vivant sortent par des ouvertures pratiquées dans le toit et, pendant qu'ils se pavanent dans la gouttière ou sur la pente, mes grands bras les saisissent, les empaillent et, souvent sans lisser leurs plumes, les rangent dans l'armoire : mon carnet.
Ces pigeons ne s'envolent jamais. Parfois, mes grands bras occupés ailleurs ou trop lents, il arrive que les oiseaux leur échappent, rentrent au colombier. Plus tard, je suis bien assuré qu'ils en ressortent ; mais pour ne les avoir aperçus qu'une fois, il est bien rare que je les reconnaisse ; peut-être aussi ont-ils un peu changé."
Mes inscriptions, Louis Scutenaire, Labor, 1990
lundi 18 février 2013
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