![]() |
| Bruno Legeai - Moments & Journal |
samedi 6 avril 2013
J'ai mis un certain temps
avant de trouver la serrure
toutes les filles sont cadenassées
elles accrochent leurs clés
comme des breloques
à leurs oreilles
autour du cou
- ô audace-
autour des reins
parce que c'est joli, hein
une fille avec des chaînes
aux poignets, aux chevilles
ça colle pile poil dans le décor
des grilles dehors, des grilles dedans
des grilles dans la rue, la maison
du métal gris, du sol jusqu'au plafond
c'est joli une fille, paraît
qui marche
cliquète
au pas
des joncs d'argent
dans les yeux, dans le sexe
des rires qui ferraillent
et brillent
J'ai mis un certain temps
avant de trouver la serrure
avant d'oser
pousser la clé
la chair est molle
les mots friables
Et là
le doigt, la langue
plongés à l'intérieur
je me demande
Ai-je bien tout ouvert ?
avant de trouver la serrure
toutes les filles sont cadenassées
elles accrochent leurs clés
comme des breloques
à leurs oreilles
autour du cou
- ô audace-
autour des reins
parce que c'est joli, hein
une fille avec des chaînes
aux poignets, aux chevilles
ça colle pile poil dans le décor
des grilles dehors, des grilles dedans
des grilles dans la rue, la maison
du métal gris, du sol jusqu'au plafond
c'est joli une fille, paraît
qui marche
cliquète
au pas
des joncs d'argent
dans les yeux, dans le sexe
des rires qui ferraillent
et brillent
J'ai mis un certain temps
avant de trouver la serrure
avant d'oser
pousser la clé
la chair est molle
les mots friables
Et là
le doigt, la langue
plongés à l'intérieur
je me demande
Ai-je bien tout ouvert ?
mercredi 3 avril 2013
Publication sur Poème sale
![]() |
| http://poemesale.com/ |
t’es une grande fille maintenant
alors tant pis si l’élastique de ta culotte
lâche
que crois-tu donc retenir, à serrer ainsi les jambes ?
laisse dégouliner les mots, les sales
mots...
la suite sur Poème sale là
samedi 30 mars 2013
mardi 12 mars 2013
bruxisme
ce grincement corrosif
est agressif
tu penses
droite
sur le pas de la porte
la bouche grande ouverte
la tête violemment inclinée
le front sous la langue
du ciel
ça tranche
dans le vif
ce bruit de scie
qui laisse
lasse
gencives nues
sur la toile piquetée
les miettes de canines
tu penses
moite
sur le pas de la porte
légèrement entrouverte
à lui
à tout ce noir derrière
dimanche 10 mars 2013
paraît que le ciel rouille, cela ne t'étonne pas
tu t'en es rendue compte, à force de gober
les nuages
leurs rondeurs métalliques méchamment dentelées
la traînée vert-de-gris sur la langue, les lèvres
le visage
car il y a eu le feu
puis il y a eu la pluie
l'usure des saisons
tout cela sur ta tête
tout cela dans ta bouche
et les pointes du vent
et l'aigu du soleil
les arêtes du temps
le ciel et son squelette
dans ta gorge
tu t'en es rendue compte, à force de gober
les nuages
leurs rondeurs métalliques méchamment dentelées
la traînée vert-de-gris sur la langue, les lèvres
le visage
car il y a eu le feu
puis il y a eu la pluie
l'usure des saisons
tout cela sur ta tête
tout cela dans ta bouche
et les pointes du vent
et l'aigu du soleil
les arêtes du temps
le ciel et son squelette
dans ta gorge
mais comment naît le poème ?
d'un clic par là
samedi 9 mars 2013
L'Épi monstre - Nicolas Genka (extrait)
"Le couple : lui grisonnant, elle, blonde. Blonde à foison. Dix-sept ou quinze ans -seize, quoi.
Ils couraient, ils fuyaient la pluie. À grasses enjambées. Ah ! Les jambes de Marceline se disputant les blés pubères ! -Les démons... ils se souriaient comme nous autres. Entre eux bringuebalait la malle - la malle de pension. Il arrivait que Marceline lâche la poignée. Pour que la malle aille frapper les cailloux, dur. - Hein, sa revanche ? Mathématiques, trois sur vingt. Géographie, cinq. Leçons non apprises. Paresse. Zéro. Trois. Cinq. Des dons. Sept. Peut mieux faire ... Mais la pionne. Mais les cabinets. La fièvre à l'infirmerie... Peut faire mieux... Pouah !... Et pan, la malle ! Pan, dans son coeur ! Pan, pour Lui !
Lui ? Le mutisme. Les cheveux mal teints. Son pé. Son volain pé. Sa vie, quoi... Viens me chercher, on ne fout plus rien, c'est la fin de l'année solaire. Elle avait écrit solaire - l'étourderie- comme elle avait écrit ailleurs : je suis morte de soleil. Obscurément il se disait : "Ma fille a des absences. Sa mère. L'hérédité. Enfin... tout à fait ce qu'il faut pour me suivre où je veux aller", la question étant d'y aller avec quelqu'une, avec la complice, sinon l'esclave. Mieux : le jouet vivant. Ce qu'il entendait, lui, par là.
Et puis ici le linge bat, le ciel est noir. On imaginerait la fin : tout est dévasté, les gosses, le bétail courent, les poteaux électriques s'écroulent et les maisons crépitent dans les chicots rouges des incendies. Subsistera-t-il quelque mare où se noyer avec elles ?"
Ils couraient, ils fuyaient la pluie. À grasses enjambées. Ah ! Les jambes de Marceline se disputant les blés pubères ! -Les démons... ils se souriaient comme nous autres. Entre eux bringuebalait la malle - la malle de pension. Il arrivait que Marceline lâche la poignée. Pour que la malle aille frapper les cailloux, dur. - Hein, sa revanche ? Mathématiques, trois sur vingt. Géographie, cinq. Leçons non apprises. Paresse. Zéro. Trois. Cinq. Des dons. Sept. Peut mieux faire ... Mais la pionne. Mais les cabinets. La fièvre à l'infirmerie... Peut faire mieux... Pouah !... Et pan, la malle ! Pan, dans son coeur ! Pan, pour Lui !
Lui ? Le mutisme. Les cheveux mal teints. Son pé. Son volain pé. Sa vie, quoi... Viens me chercher, on ne fout plus rien, c'est la fin de l'année solaire. Elle avait écrit solaire - l'étourderie- comme elle avait écrit ailleurs : je suis morte de soleil. Obscurément il se disait : "Ma fille a des absences. Sa mère. L'hérédité. Enfin... tout à fait ce qu'il faut pour me suivre où je veux aller", la question étant d'y aller avec quelqu'une, avec la complice, sinon l'esclave. Mieux : le jouet vivant. Ce qu'il entendait, lui, par là.
Et puis ici le linge bat, le ciel est noir. On imaginerait la fin : tout est dévasté, les gosses, le bétail courent, les poteaux électriques s'écroulent et les maisons crépitent dans les chicots rouges des incendies. Subsistera-t-il quelque mare où se noyer avec elles ?"
L'épi monstre, Nicolas Genka, Exils éditeur, 1999
vendredi 8 mars 2013
dimanche 3 mars 2013
samedi 2 mars 2013
Comme si les mots
comme si les mots
pouvaient tendre un filet
et m'empêcher de tomber
à travers les mailles, je les vois, les entends
pendant que sur ma joue les fibres font leur trou
des mots familiers, et doux, et simples, et convenus, et attendus
toute chose maillée sent l'enfance
tout est courbe au dehors, de l'autre côté
dans le carrelet accroché au passé
je suis un poisson fou à l'odeur rance
j'ouvre je ferme
j'ouvre je ferme
j'ouvre je ferme
et glisse
ma bouche
un cercle humide
un nœud coulant
sangle la langue
pouvaient tendre un filet
et m'empêcher de tomber
à travers les mailles, je les vois, les entends
pendant que sur ma joue les fibres font leur trou
des mots familiers, et doux, et simples, et convenus, et attendus
toute chose maillée sent l'enfance
tout est courbe au dehors, de l'autre côté
dans le carrelet accroché au passé
je suis un poisson fou à l'odeur rance
j'ouvre je ferme
j'ouvre je ferme
j'ouvre je ferme
et glisse
ma bouche
un cercle humide
un nœud coulant
sangle la langue
Comme si les mots #2
et parfois les images, les vraies
celles qui sentent la sueur et le lait
celles qui vainquent l'effort de jamais les nommer
celles, les toutes petites, qui ont un corps, qui crient très fort
parfois, ces images là, sans même crier à mort
la métaphore (je ne peux pas m'en empêcher)
celles là, me terrassent d'un rire, direct, par tous les pores
vendredi 1 mars 2013
[.]
et tu causes tu causes tu ne sais faire que ça parler parler laisser couler de ta bouche sans arrêt sans discontinuer des mots des mots des phrases sans queue ni tête début ni fin ton beau ton doux visage aux traits si fins gonflé bouffi par le flot de paroles raisons explications les mots partout autour lancés contre les murs sur le plafond sur moi sous moi à l'intérieur l'épanchement l'explosion sur ta figure réduite à cette fente ses lèvres rouges molles qui s'évertuent les mots lippus encore qui grondent jusqu'à ce que je les réduise les écrabouille jusqu'à ce que j'arrête la main levée le débit fou d'un poing.
jeudi 28 février 2013
[']
il pense au mot
ambiguïté
quand sa main s'arrête
à quelques centimètres
de son visage
quand son regard
brutalement stoppe
à quelques millimètres
de sa paume
il ne sait pas pourquoi elle
elle ne sait pas pourquoi il
comme ça
soudain
une vie équivoque
en suspension
dans l'air
il suppose, dans l'instant bref de leurs gestes suspendus,
que l'un ou l'autre, quand même, va oser l'apostrophe,
tenter de conjurer, mains et regard rompus, l’ambiguïté
des signes
ambiguïté
quand sa main s'arrête
à quelques centimètres
de son visage
quand son regard
brutalement stoppe
à quelques millimètres
de sa paume
il ne sait pas pourquoi elle
elle ne sait pas pourquoi il
comme ça
soudain
une vie équivoque
en suspension
dans l'air
il suppose, dans l'instant bref de leurs gestes suspendus,
que l'un ou l'autre, quand même, va oser l'apostrophe,
tenter de conjurer, mains et regard rompus, l’ambiguïté
des signes
mercredi 27 février 2013
langue - Perrine Le Querrec
"j'entrouvre mes lèvres
je me balbutie
j'enfonce mes doigts
un à un les retire
je perce des trous tire
la langue
j'attends que
ça sorte"
je me balbutie
j'enfonce mes doigts
un à un les retire
je perce des trous tire
la langue
j'attends que
ça sorte"
"langue", in L'entresort, Perrine Le Querrec
Inscription à :
Articles (Atom)










