mardi 11 juin 2013

Lucian Freud

Le bonheur

la fulgurance
s'est répandue d'un coup
tu n'avais pas senti l'aiguille
tu n'avais pas vu leurs visages
ton cœur faisait des friselis
tes côtes doutaient du voyage

la décharge a été immédiate
le soleil irradiait tes seins
ton visage
ton ventre
tes reins

tes yeux boules de feu
roulaient dans les nuages
tu étais dans la boîte
nue au dehors
nue au dedans

dans le scanner tu songeais
à son sexe aux afflux sanguins
qui dilataient son corps
qui  pénétraient le tien
lui au dehors
toi au dedans

Paula Rego, Amor, 1995

lundi 10 juin 2013

Le bonheur

la foudre te trans-
perce
ton corps
devient ce trou
où gicle
le flux
iodé
bleu électrique
le serpent file jusqu'à ton cul
tu te retrouves à terre fendue
c'est le bonheur 
des pieds jusqu'à la pointe des cheveux
Paula Rego - Swallows the Poisoned Apple 1995

mercredi 5 juin 2013

tu
es comme la coulure du tableau
impossible à contenir
d'un mot
(c) Bruno Legeai

Le bonheur

Le soleil plante avec son doigt 
un rayon aigu dans ta cervelle
ça fait un mot joli
joli
dans le repli de ton oreille
c'est le bonheur : le ciel sans nuage
descend sa toile sur ton visage
ton nez
ta bouche
guettent l'accroc
sur le drap chaud

mardi 4 juin 2013

"Le voyageur nu" de Jean-Christophe Belleveaux, lu par Jean-Jacques Marimbert




extrait de La Quadrature du cercle, Éditions des Carnets du Dessert de Lune, 2006

écouter d'autres textes de ou par Jean-Jacques Marimbert

lundi 3 juin 2013

(c) Elyse Galiano, au coin du feu, détail mouchoir. Bruxelles, 2012. photographe Stéphane Gérard

Le mouchoir

Parce qu'en fait
tout ce qui se passe
autour de toi
pas juste ton mec
ton boulot tes gosses
le trajet au cordeau
de la porte d'entrée
jusqu'à celle du bureau
tout ce qui se
passe
autour de toi
le violent bruissement
des nouvelles du monde
l'emballement des lettres
des mots tous les mots
balancés sur ta tête
le pilonnement
incessant
du présent
en fait
tout ça
tu ne le sens pas

rien
n'imprime longtemps
le fil du mouchoir
(c) Spencer Tunick

dimanche 2 juin 2013

mercredi 29 mai 2013

Black is coming - (c) Fabian Bürgy

Le mouchoir

Parfois
tu n'as besoin
de rien
aucun prétexte
rien de rien
ni chagrin
ni rage
pour plier
replier
au carré
la toile

sous tes mots
malhabiles
le feuilletage
de tissus
des strates
des strates
de chairs
d'angoisse
la pliure
de ton ventre
craque

(c) Bruno Legeai

lundi 27 mai 2013

Tu ne sais pas pourquoi

Tu ne sais pas pourquoi
tu as dit  mon cerveau me gratte
Une pensée
comme ça
lancée
à voix haute
dans le vide

et ta femme
elle
ricane
parce que l'image
franchement
l'image
est stupide

parce
qu'elle en a marre
de tes expressions
de faux
poète
qui change à tout
bout de champ
et le mot et la
lettre

elle en a marre
de ces images tes
métaphores
Métaphores mon cul
elle ricane
parce que
ton cerveau
si elle suit ton idée
il est dans ton slip
couvert de
poils

T'as juste dit
mon cerveau me gratte
rien d'autre bordel
mais faut
faut
qu'elle glose
alors que toi
tu voudrais
juste décocher
une flèche
pile poil
dans la fente
entre
ses incisives

lui gueuler
postillons &
alittérations compris
Cesse séance 
tenante
ta putain de
loghorrée

Seulement voilà
elle croirait
sans doute
que tu parles
d'une foutue
maladie vénérienne
ce qui serait
une satanée
provocation
vu que tu ne la
baises plus depuis
que tu écris
de la
poésie

Alors tu tues le
temps
en faisant des plis
sur ton visage
(périphrase
tu fais la gueule)
tu avales
ravales
l'effervescence
et ta démangeaison

Je sais très bien pourquoi
(republication)

dimanche 26 mai 2013

Le mouchoir

il dit c'est fini, les mots comme un couteau
tranchent l'espace en deux, tu regardes étourdie
- c'est fini et c'est tout -
les années disparaître dans trois syllabes


*

tu pleures, tu craches, le trou, le goufre
tu ne sais pas comment tu craches
le puits sans fond
dans quinze centimètres carré de tissu


*

le mouchoir étouffe
te reviennent en mémoire ta bouche contre l'étoffe
les nausées, les révulsions contre sa chemise
et sa main sur ton front


*

aux narines, l'odeur de vomi, de son sexe, de ton sexe
l'odeur de morve, ton haleine du matin, les larmes
toutes ces humeurs repliées minutieusement
dans ton mouchoir
ANTON