samedi 21 décembre 2013

C’est le retour
du poisseux
rouge

qui éclabousse les rats
au milieu du trottoir

patine la surface
des cœurs congelés

coagule en plaque
les jeunes filles fardées


c’est le déluge rouge
charrieur de sorts

immondes poupées molles
pendues, ventrues, barbues

l’âcre flux de gorge
qui vomit les guirlandes

l’attente
le désir


c’est le velours tendu
des doigts secs  noueux

contre la bouche
la boucle

de métal
la ceinture


c’est l’esprit de Noël
le ventre dilaté
(c) Francesca Woodman

lundi 16 décembre 2013

Peau de lumière - René Daumal

La peau de lumière vêtant ce monde est sans
épaisseur et moi je vois la nuit profonde de tous
les corps identiques sous le voile varié et la lumière
de moi-même c’est cette nuit que même le masque
solaire ne peut plus me cacher. Je suis le voyant
de la nuit l’auditeur du silence car le silence aussi
s’habille d’une peau sonore et chaque sens a sa nuit
comme moi-même je suis ma nuit je suis le penseur
du non-être et sa splendeur je suis le père de la mort.
Elle en est la mère elle que j’évoque du parfait
miroir de la nuit je suis l’homme à l’envers
ma parole est un trou dans le silence. Je connais
la désillusion je détruis ce que je deviens
je tue ce que j’aime.


René Daumal, Poésie blanche, poésie noire, Gallimard, 1924

lundi 9 décembre 2013

Nous sommes allongés dans l'herbe, il n'y a pas d'oiseaux
Nous flottons dans la cage, où les arbres nous ceignent
Dehors c'est la ville, derrière les barreaux
Des jambes filent le flux fatigué des ruisseaux

Et j'ai ouvert la bouche, pour avaler la terre, cernée par le béton
Et j'ai ouvert la bouche, pour avaler la mer, et nous nous y noyons

Au-dessus du jardin, de nos corps, le soleil
Me voilà sidérée par ta facilité à le multiplier
Dehors il fait si sombre, il pleut, il pleut des cendres
Combien de temps ici pourrons-nous divaguer ?


Nous sommes allongés dans l’herbe
Tu arraches d’un ongle un bouton de ma robe
Tu empoignes d’un rire l’herbe sous mes genoux
Sur mon visage tombe de la terre et des nœuds
Comment défaire ici tout ce qui nous émeut ?

Et j’ai ouvert la bouche, pour boire la motte froide
Et j’ai ouvert la bouche, j’ai bu, nous avalons

Le jardin minuscule, la nacre, la chlorophylle
Nous devenons ce trou où s'écroule la nuit
(c) Giovanni Marrozzini

"Et je pense à un couteau, qui trancherait net ce que nous cachons" 

Dominique Boudou, Quand ta mère te tue, n&b/ Pleine Page éditeurs, 2007, p.24

jeudi 5 décembre 2013

mardi 3 décembre 2013

(c) Kyle Thompson

[,]


parfois, quelque chose file, dans les poumons, l'espace, entre l'inspiration et l'expiration, de la page, contre ses lèvres, tu ne sais pas vraiment,
parfois, un postillon tombe, la phrase chute, fait une boucle, sursaute, accroche cœur, sur le menton,
parfois, tu comptes, et tu recomptes, les champs ouverts, par la courbe des accumulations, tu fais semblant, les petits oui, les petits non, souffle coupé, sous la virgule en vrac, ton lent et mol émiettement,
 
                                                                 [.]
                                                  [?]

                                                                                [']
                         
                                                                 [( )]
                                      [/]
                                    

mercredi 27 novembre 2013

vendredi 22 novembre 2013

tout n'est pas
si gra
         ve
                            
si dram
            atique

                            si
    tout n'est pas

                   si
                           com
                                   pliqué
     

c'est le petit ballet dans le gras de la joue
incisive     canine     molaire
(un pas en avant / un pas en arrière)
molaire     canine     incisive
(aller / retour)


tout
n'est
pas
si
affreu
sement
triste


écoute

les syllabes jouer
de leur partition
dans les bouffées d'air

écoute

les notes tomber
la peau des émaux
dans le campanile

écoute sous la glotte
         l'eau
         qui
         p(l)eut


jeudi 21 novembre 2013

(c) Anna Higgie - Map man

ce goût métallique au fond de ta gorge, c'est le reste d'alcool, l'humeur fléchissante, les jours passent et se ressemblent, qui macère, fermente, contre tes papilles. tu pleures, pleurniches, songes, saveur de chlorophylle, au champ illimité, l'herbe verte et mouillée, que tu tenais en bouche, d'un seul tenant, et dans un seul, de tes sourires. ce vieux goût de ferraille, c'est la commutativité aujourd'hui disparu : lui, toi, avant, après, le signe égal entre futur et passé. c'est cette opération d’accommodation du complexe avec le réel, des complexes avec le réel, à une lettre près, tu la sens bien ta langue, se balancer au crochet du boucher. c'est, dans l'écartement des mâchoires, l'haleine passée et repassée, par toutes ses phrases, que tu ne peux finir, tu tentes quand même, et il, te regarde, petite bête étrange, qui sent un peu l'orage, et il, t'écoute, tes mandibules habiles sous tes chants malhabiles, ou le contraire. ce goût de rouille dans ta bouche, ce sont les mots qui crament, le grand brasier d'émail.
(c) Anna Higgie - Map girl

mercredi 20 novembre 2013

incompréhensible

comme tous les matins tu vas écouter la radio lire les journaux  ouvrir la bouche saisir comprendre tenter pendant que l'autre la poreuse continue à tes côtés ou dedans éponge de tremper son corps mou dans l'incompréhensible du jour

dimanche 10 novembre 2013