samedi 1 février 2014

(c) Pierre Cambon, Série de l’effacement

"quel que soit le pari
je le tiendrai

quelque soit le risque
je l'assumerai

les mots - les mots- les mots -
viendront alléger ma peine

je suis là
confiant dans le poème à venir

tandis que le soleil blanc
s'étale, disparaît, revient

faisant de moi l'orphelin d'écriture"

Franck Venaille, Ça, p.74, Mercure de France, 2009
(c) Pierre Cambon

Revue Paysages écrits, n°20 - janvier 2014

Parution de la conséquente Revue Paysages écrits (n°20, janvier 2014) animée par Sanda Voïca et Samuel Dudouit.
Conséquente car riche de nombreux poèmes, d'images, de lectures etc.
vous pourrez également y (re)lire quelques uns de mes poèmes.

A feuilleter ci dessous ou en pdf

mardi 28 janvier 2014

Demandez l'impossible, 15ème édition - Théâtre des Tafurs (Bordeaux) du 10 au 22 Mars 2014


De quoi s'agit-il ?

En l’an 2000, le Théâtre des Tafurs crée « Demandez l’impossible un Printemps des Poètes ».
Ce festival annuel fête la poésie d’aujourd’hui à Bordeaux et en Gironde, en écho à la manifestation nationale.
Il s’agit d’offrir une vitrine particulière à de nombreux poètes français, d’expression française, étrangers, connus ou à connaître…

Les différentes programmations revendiquent la parole singulière loin des modes et des règles du marché. Elles permettent aussi à la compagnie de s’aventurer toujours plus avant dans la production de spectacles performatifs qui mettent en voix et en musique le parcours, la vision de chaque poète invité.


Les auteurs invités cette année

Michel ThionLionel-BourgAlbane Gellé
Michel Thion, Lionel Bourg, Albane Gellé
et moi même... 


En savoir plus là  
 Compagnie Théâtre des Tafurs – 9 rue des Capérans – 33000 Bordeaux - Théâtre des tafurs

lundi 20 janvier 2014

dimanche 19 janvier 2014

tu
marches la nuit
le vide en son étreinte
baise tes paumes

l’abysse le soir
dans le lit dans le noir
n’effraie
aucune môme

tu mens
la nuit tu mens
dans l’oreiller tu feules
tes cris de chat

tu fais semblant
seize ou vingt ans
tu mens
après c’est le vieil âge

tu répètes à l’envi
cette incroyable phrase
l’histoire la même
toi collée aux barreaux

un fauve sur le point
son corps embrasé chaud
la tension qui dilate
le temps

au fond de ta gorge
la gousse le grain d’ail
une épice entêtante
amère

sur le point de bondir
le désir sous les ongles
sous la langue déjà
fermente

Sally Mann - Family Pictures

(c) Sally Mann, Family Pictures (1984-1991)

vendredi 10 janvier 2014

Le mouchoir

tu te dis
qu'en te mouchant
bien fort
ça va venir
oui, ça va venir
la morve
la morve oui, mais pas que
en soufflant très fort
ça va tomber
par petits bouts
bien drus
tu te dis ça
bien gras
dans le mouchoir
le chagrin
les fins de mois difficiles
la peur du lendemain
et ton gros cul t'as pris du poids
et tes petites trahisons et le type
qui t'avait même pas dit son nom
tu t'en foutais
t'en avais pas envie
t'avais ouvert les jambes
tu souffles par les narines
oui c'est possible
dans le mouchoir en étoiles
ta dernière cuite
tes larmes sans raison
la désespérante absence de sens
tu mouches tes allitérations
tes phrases en boucle
qui ne veulent rien dire
et ton cancer du sein
des ovaires
des poumons
celui que tu auras un jour
parce que tout le monde un jour
tout ça
dans la même glaire
en te mouchant c'est sûr
tout va gicler
c'est sûr
ça ira mieux
c'est sûr
quand t'auras vidé
ton crâne
tous tes os
complètement
récurés et lisses


mercredi 1 janvier 2014

Agrès acrobates - Anna Jouy

"entre ses mains
le chant n'a qu'à bien se tenir
il relève les filets du silence

ses orgues barbares mitraillent à blanc les yeux noirs
et les cœurs assortis

toutes les femmes se cambrent sur le ventre de ses paumes
au pétrin de la glaise
du plâtre
d'un peu de sable
elles ne songent plus qu'à ça qui rampe entre leurs lèvres entrouvertes

l'ange pleure de se vouloir chair
l'homme supplie le ciel d'un peu d'air"


Anna Jouy, Agrès acrobates, p.31, p.i.sage éditeur, 2013 

samedi 28 décembre 2013

sur le bord de l'assiette
seize os
le temps d'un repas
interminable
rebâtir la colonne
reconstruire
os à os
une église romane
et des pas longs
et beaux
et des sourires
blessés
et la jupe envolée
dans l'allée vers l'autel
et des vitraux dorés
éclatés dans le ciel

sur le bord de l'assiette
un visage
baroque
posé dans l'herbe moite
au beau milieu du pré
le sanctuaire avalé
au cœur de la forêt
un bref son de cloche
une grande taloche
les cheveux balancés
comme un voile
l'épée
sur le bord de l'assiette
la faim éteinte
toutes les noces feintes
du présent au passé
(c) Stephan Balleux, The forest #2, 2010

mardi 24 décembre 2013

C'est parti

on va rester jusqu'à pas d'heure à bâfrer
picoler comme des trous
à se dire que cette année encore
l'escarre va menacer
nos culs et nos lèvres
à cause du poids
des mots
des sourires
du plan de table

il y aura les gloussements nerveux, la tristesse saisonnière, la rechute alcoolique
il y aura les absents, les morts, la pesée des vivants, il y aura les tâches
sur la table, les coquilles d'huitres vides, les blagues salaces
ta déprime
le cri des gosses
le repli du gras
sur nos hanches


et puis peut-être qui sait
la minute furtive où ta main m'effleurera

republication

lundi 23 décembre 2013

Michel Merlen - Généalogie du hasard

"je n'accepte pas de mourir
je n'accepte pas que le sexe de la poésie
ne fleurisse plus dans la galaxie du vivre
faisant ainsi monter le foutre des couleurs

je n'accepte plus les chèques de la tendresse
les câlins castrateurs à odeur de linceul
les économies qui vous rasent le poil de l’imaginaire

vive les cuisses lisses du libre
la mise en scène du réel par le hasard
vive le ventre du soleil
vive vive le con bleu des étoiles

vive la grossièreté pure du vivant
les arbres qui branlent la ville
vive les enfants qui cassent les images
vive les cicatrices du feu

mon père viendra ce soir frapper à ma porte
il porte sur son front le coma
des poèmes qui n'ont pu jaillir

je ne suivrai pas son exemple
je pars à New York à Pâques 86
ma femme a de beaux yeux"


"Place de la Bastille", in Généalogie du hasard, Michel Merlen, Le dé bleu, 1986

samedi 21 décembre 2013

(c) Kyle Thompson

C’est le retour
du poisseux
rouge

qui éclabousse les rats
au milieu du trottoir

patine la surface
des cœurs congelés

coagule en plaque
les jeunes filles fardées


c’est le déluge rouge
charrieur de sorts

immondes poupées molles
pendues, ventrues, barbues

l’âcre flux de gorge
qui vomit les guirlandes

l’attente
le désir


c’est le velours tendu
des doigts secs  noueux

contre la bouche
la boucle

de métal
la ceinture


c’est l’esprit de Noël
le ventre dilaté
(c) Francesca Woodman

lundi 16 décembre 2013

Peau de lumière - René Daumal

La peau de lumière vêtant ce monde est sans
épaisseur et moi je vois la nuit profonde de tous
les corps identiques sous le voile varié et la lumière
de moi-même c’est cette nuit que même le masque
solaire ne peut plus me cacher. Je suis le voyant
de la nuit l’auditeur du silence car le silence aussi
s’habille d’une peau sonore et chaque sens a sa nuit
comme moi-même je suis ma nuit je suis le penseur
du non-être et sa splendeur je suis le père de la mort.
Elle en est la mère elle que j’évoque du parfait
miroir de la nuit je suis l’homme à l’envers
ma parole est un trou dans le silence. Je connais
la désillusion je détruis ce que je deviens
je tue ce que j’aime.


René Daumal, Poésie blanche, poésie noire, Gallimard, 1924