mercredi 16 avril 2014

je rêve que l'oiseau de nos lèvres retrouve le chemin
nous ne nous connaissons pas tu ris
tes dents nous servent de perchoir
le chant est franc mes côtes sont ouvertes
j'ai perdu la clé il est impossible de retenir le ciel
nous picorons je suis à tes côtés
à coup de bec nous descendons
la vague bleue électrique
à coup de mots dans l’œsophage
nos battements affolés sur les miettes de pain
dans la forêt je rêve
que l'oiseau nous défausse
(c) Camilla Pongiglione

lundi 7 avril 2014

dimanche 6 avril 2014

Ils riaient avec leur bouche de Michel Thion #lire

"Elle me prenait dans ses bras avant elle me bougeait doucement. Bateau elle disait bateau. Après elle me jetait par terre en ouvrant grand sa bouche pour crier et elle me tapait avec son pied. Et je voyais dans sa bouche au fond une deuxième petite langue remuer doucement.
Un jour je lui ai mordu le pied alors elle m'a plus jamais pris dans ses bras. J'avais son sang dans ma bouche et je disais pardon pardon mais quand même elle m'a plus jamais pris"

 Ils riaient avec leur bouche, Michel Thion, Cheyne éditeur, 2006

dimanche 16 mars 2014

samedi 8 mars 2014

(c) Bruno Legeai 
-d'autres photos illustrant Rester debout au milieu du trottoir peuvent
 être vues en bonne définition dans l'édition numérique du recueil


mercredi 5 mars 2014

mardi 4 mars 2014

prendre ses mots     les serrer
fort     frapper du plat de la main
les blocs de craie sur la table
les émietter sous la paume surtout
s'en barbouiller la bouche les joues
puis        regarder droit dans les yeux
les trous les bosses     le béton

y penser
mais
imperméable
sourire
montrer les dents sourire
puis
prêter le flanc
rester
silhouette maladroite
cuir
outre
pleine
mais
ne rien laisser passer
tendre être sur le point
presque gicler s'en défendre
encore sourire
juste
faire semblant
adopter la voix douce
sucrée faire la mièvre
singer croire
devoir être
tout sourire y penser
et c'est tout

lundi 3 mars 2014


(c) Alain Fleischer

y penser tout le temps crache crache y penser gerbe tout le temps le poids son regard ses mots les mots les mots taches tâche dans ta peau y penser les coups de couteaux entailles entaille va vient tout le temps s'agirait de se sortir le doigt du cul pilonne l'oreille la bouche y penser par tous les trous l'oreille la bouche vomis gicle tout le temps y penser dedans dehors dehors dedans apprends ton texte avale étouffe recommence dis crache recommence barbouille recommence dégueule recommence y penser recommence tout le temps
(c) Charlotte Bracegirdle - Don't leave me here (2010)

lundi 24 février 2014

Le jardin sauvage ana nb

"quelque chose commence  avec une intense une intensité une intensité aigue comme un accent sans sentiment  - un accent de péril  - dans une traversée de  terre obscure  -  sans une tache de paradis – ici les fleurs ne sont pas des pluies de pétales
avance – ne te retourne pas sur la première phrase

je vois – la mère la mère mordeuse planter sa bouche les dents hors de sa bouche sur la peau de son enfant – je vois – la dentition blanche bordée de rouge délicat de rouge – fleur entrer dans la chair fragile de l'avant – bras – je vois les yeux de l'enfant les yeux de l'enfant dans l'eau des larmes – je vois la mère la mère mordeuse essuyer ses lèvres rouge – fleur d'un geste  répété – je vois les yeux fermés de l'enfant – j'entends la voix de la mère mordeuse – j'entends sa voix – lala mon enfant dort lala mon enfant tourne dans mes bras lala mon enfant dort..."


Lire la suite de is god dead ? sur le blog Le jardin sauvage d'ana nb
(c) Tina Kazakhishvili

et parfois
c'est vrai
il n'y a rien

à force de le répéter
tu t'en convaincs
tu le convaincs

parler est difficile
penser est compliqué

tu te sens
couler rouler
entre les quatre lettres

tu te sens heurtée
à peine

aspérité sur initiale
que tu avales
à pleine bouche

il dit que tu n'es
rien tu acquiesces
c'est confortable

tu te balances

sur deux syllabes


il dit
il ne se passe rien
rien
rien ton visage
est un masque ton crâne est vide
je ne vois
rien
rien qu'un réseau anarchique de rides
je ne comprends
pas
ton corps
pas
tes bras
pieuvres stupides flottant dans l'eau
pas
ta bouche livide
ce vers
tranché en deux
se tortillant comme une anguille
et ta voix
ta voix
susurrant à l'oreille
mais de qui ?
des mots
des mots
l'amour mais qui y croit ?
il est temps
pour toi
de commencer à
être
telle que je veux
que tu sois



dimanche 23 février 2014

L'impossible est arrivé ? Mais qu'il entre ! *

*La formule est de Brigitte Giraud et je la lui emprunte, parce que ce spectacle autour de "Penser maillée" (dans le cadre de la manifestation Demandez l'impossible)  mené, pensé, porté par le metteur en scène François Mauget, les comédiennes Chantal Hermenault, Caroline Ducau Martin, le musicien Monsieur Gadou, l'équipe du théâtre des Tafurs, Françoise, Delphine et les autres, comment aurais-je seulement pu imaginer avoir la chance de de le voir se dérouler sous mes yeux il y a quelques mois encore ? Alors oui, il faut demander l'impossible, croire en la poésie :)

Quelques photos souvenirs d'un week-end mémorable pour moi, loin de ma table de travail, et de ma solitude d'écriture... me voilà gonflée à bloc pour travailler encore et encore... poser, user, polir mes yeux et mes mots.


Toutes les photos sont de (c) Isabelle Beccia 

[« Penser maillée » – de Murièle Modély - Spectacle tout public le 23 Mars 2014 – Musée des Beaux Arts Bordeaux
La visite débute par une déambulation dans la galerie XIX° et XX° siècle du Musée des Beaux Arts (Aile nord). Et soudain, par la magie des mots et de la poésie, nous sommes sur l’île de la Réunion. Nous sommes sur une île lointaine, cela est clair. Les paysages et l’omniprésence de la mer et du soleil en attestent. C’est de là qu’elle parle, de cet « œil comme une goyave fendue », instillant des mots de créole dans le chant du Français. Car les mots chantent, les mots fument, grésillent. Cette poésie organique fait la part belle à la sourde tension entre ici et ailleurs, enfance et âge adulte, terre et mer. Et le désir, toujours, comme une vague lancinante qui n’en finit pas de s’échouer sur la plage.
Mise en scène : François Mauget
Comédiennes : Chantal Hermenault, Caroline Ducau Martin
Musicien : Monsieur Gadou
]

jeudi 20 février 2014

(c) Hélène Lagnieu

Letchi

c'est l'été
je gobe l'œil
son jus sucré
sa chair translucide de rose

je suce
suçote
son iris
nègre et oblong

je mâche
avec application
son corps mou
lape son noyau
à coups de petits mots

sur la langue
ma mère
l’enveloppe
grenue et rouge
du cœur sur la table