mardi 26 août 2014

fruit

je veux être
le duvet sur le fruit oublié derrière la poubelle
dans l'évier le carré de peau flétri rabougri couvert de poils
le presque rien accroché au métal

     là
         la moisissure
puis le hoquet
quand la main passe sur la peau  qui refuse insiste veut
sous les doigts s'évanouit pourrit renaît
velours vert multiplié


Série Sphère © Ganaëlle Maury

légume

je veux être
quelque chose
un
quelque chose
inerte et
organique
pas de tête
pas d'idées
pas de poésie
pas de fille qui
écrit fragmente
retour à la ligne
la poésie
la fille
comparaison
pas de raison
veut être
inerte comme
un oignon
ça pue
ça pique
ça a un cœur
ça contamine
ça confit le mot
inerte et organique





Séquence photographique (c) Duane Michals

lundi 25 août 2014

charogne #4




Reçu ce jour le n°4 de Charogne, tout beau, tout chaud, vous pouvez le commandez , dans ce numéro, vous pourrez lire aussi Yve Bressande,Mike Kasprzak, Timothée Mathelin, Pascal Pratz, Guillaume Siaudeau, Marlène Tissot, Laura Vazquez,  Thomas Vinau

On en parle #3

Cathy Garcia a lu Je te vois (éditions du Cygne, 2014), et en parle sur son blog 
Et je l'en remercie.


http://delitdepoesie.hautetfort.com/archive/2014/10/02/je-te-vois-de-muriele-modely-5459910.html

On en parle #2

https://www.facebook.com/photo.php?fbid=355851874581158&set=a.138609159638765.32544.100004690445820&type=1&viewas=100000686899395

     Merci à Cédric Bernard (Les Mots des marées) pour ce retour

Les doigts qui puent - Grégoire Damon

"j'aimerais écrire un poème sur les chevaux
un long poème
lyrique
rythmé
avec des consonnes plein les galops et le cliquetis des armes
avec des jeux de lumière sur l'écume au licol
des dents énormes
des croupes moirées
et des odeurs de foin
j'aimerais écrire un poème comme un hennissement
comme un souffle
comme on se cabre
comme on s'ébroue
le problème c'est que les chevaux ne sont
pas ce meuble altier qui vous effraie les Sarrazins en moins de deux
les chevaux s'en foutent de l'épopée
leur truc ce serait plutôt de vous croquer une phalange à l'heure de la pâtée piétiner le crâne quand vous ronflez bourrés
balancer leur queue dans les essaims de guêpes
(du moins pour l'expérience que j'en ai)
d'ailleurs
ceux qui aiment les chevaux
comme ceux qui aiment les chiens
comme ceux qui s'aiment eux-même à en glousser seuls sous les draps
doivent accepter de vivre avec les doigts qui puent
et ça
vraiment
c'est au-dessus de mes forces"

dimanche 24 août 2014

neige

Putain, ça fait peur !

ça se plante d'un coup
comme un poignard
(long, très long, et effilé)
que quelqu'un t'enfoncerait
d'un coup d'un seul
de la gorge au derrière
en passant par ton cœur

ça te plante d'un coup
cette prise de conscience
(immédiate et très claire)
d'être debout la tête en bas
solidement retenue sur la terre
par le big aimant
sous tes pieds
là là très très au fond
sous les couches
et les couches
de sédiments

toi plantée comme
une punaise
sur la boule qui tourne
parce qu'il faut bien tourner
et tout autour
un peu au-dessus
(en fait c'est en-dessous)
le vide
incommensurable
que tu caresses
la tête en bas
de la pointe de tes cheveux

jeudi 21 août 2014

tiens !
prends un fil et une aiguille
recouds tes lèvres à points serrés
reprise nous un sourire
bien large
le mouvement du coude doit être ample et léger
pique, tire, étire
crochète jusqu'en haut de la pommette
la joie des commissures
couds, couture
brode tes éphélides
hein, que le tableau est joli quand tu t'appliques un peu !

/

sois sage !
- sage
sage
sage
je le répète
doucement
trois fois dans ma tête
- sage
sage
sage
je bouge mes lèvres
muette contre la serviette
trois fois dans ma tête
jusqu'à ce que
ma bouche
- sage
jusqu'à ce que
ma bouche
sourit


/

je t'écoute attentivement, maman
je brode en rouge d'une traite
le poing d’exclamation

et nous voilà toutes deux
pleinement satisfaites
sourire et mot

lundi 18 août 2014

"Écoute-moi
J'ai quitté mon pays
Ma raison
J'ai quitté mon enfance
J'ai fait le voyage du fleuve
Avec
Les singes hurleurs à face d'homme
Les grands arbres abattus
Les cris de la forêt
Les cris de la nuit
J'ai eu ma prairie
J'ai bâti ma maison
Le moment était vierge
A l'heure blanche
Avec mon cheval rétif
Ma volaille périssable
Mon enclos branlant
Mes souvenirs ardents
Blessés
Le bonheur m'a suivi
Comme un chien à trois pattes
J'ai eu mon bonheur pour rien
J'ai eu mon voyage
Tout homme est un voyage
[...]"

Jours de rumeur, Jacques Bloy, Tarabuste, 1998

dimanche 17 août 2014

samedi 16 août 2014

"Je rêve d’une mort subtile, d’une mort camouflée, que le sursaut des masques travestisse en extase ou en rire.
Je rêve d’une mort qui s’ignore, innocente et sournoise, du couteau au détour des ruelles, de la balle perdue qui me préserve jusqu’au bout de l’horreur du choix.
Je rêve d’une mort anonyme, effacée, opaque à force d’ourdir ses raisons, ou n’en ayant pas, qui, ne justifiant et n’achevant rien, sauverait le secret qui n’existe même pas hors d’elle…
Quelquefois, l’on se souvient, ou l’on rêve : de l’adolescence savante, de celui qui au sortir d’elle, revenu de tout, faisant déjà corps avec sa dépouille, traverse seul la trouée vers la promesse des bateaux. [...]"

extrait de "JE ME SOUVIENS…(XVII): Rhapsody in black (1971)", Les Confins, André Rougier, 2014



"Il arrive au milieu de la vie que la mort vienne
prendre nos mesures. Cette visite
s'oublie et la vie continue. Mais le costume
   se coud à notre insu."

extrait de "Sombres cartes postales", dans Baltiques, Tomas Tranströmer, Poésie / Gallimard, 2011 

vendredi 15 août 2014

On en parle #1

Un article sur Je te vois par Patrice Maltaverne
sur Poésie Chronique ta malle, son blog de
libres chroniques poétiques
Pour le lire cliquer sur l'image ci-dessous

http://poesiechroniquetamalle.centerblog.net/97--je-le-vois-de-muriele-modely

(c) Alessandra Sanguinetti
tu
marches la nuit
le vide en son étreinte
baise tes paumes

l’abysse le soir
dans le lit dans le noir
n’effraie
aucune môme

tu mens
la nuit tu mens
dans l’oreiller tu feules
tes cris de chat

tu fais semblant
seize ou vingt ans
tu mens
après c’est le vieil âge

tu répètes à l’envi
cette incroyable phrase
l’histoire la même
toi collée aux barreaux
son corps embrasé chaud

enflamme la proie
le fauve sur le point
la tension qui distend
le temps

au fond de ta gorge
la gousse le grain d’ail
une épice entêtante
amère

sur le point de bondir
le désir sous tes ongles
sous la langue déjà
fermente



lire les poèmes précédents p. 61-70 dans le n°20 de la revue numérique Paysages écrits