L'été dégueulasse avance doucement vers l'hiver
il pleut sur nos joues, dans nos mains
des traces grasses, des nouvelles sales
l'encre des journaux coule
des corps sans vie s'écroulent
s'entassent
une peau chasse l'autre
il pleut
on regarde le ciel
on guette un rai violet
un truc qui permettrait
de faire le plein
recharger nos accus
derrière la vitre
un jour qui tombe
on sait que cette année encore
rien ne bouleversera la fuite des saisons
à la fenêtre on fume, on espère les cigales
on fait semblant
on n'entend rien en fait que le tir des roquettes
le bruit sourd de campagne à la télévision
lundi 1 décembre 2014
écrire - Antoine Emaz
"J'ai toujours vécu sur un mode d'écrire où le poème s'imposait ; il pouvait être bon ou nul, l'affaire était de peu d'importance puisqu'il était en nombre. Il suffisait de trier ensuite. Mais là, c'est autre chose, de l'ordre d'une perte de désir ? La vie va, se poursuit à la fois mécanique et cahotante, répétitive et surprenante, mais pas de quoi bouger la main. Etrange. Au début, j'ai vu cela comme un repos nécessaire, je commence à me demander s'il n'y a pas cessation. Et cela ne me fait rien, comme mort, tranquille. Rien ne s'ajoute, c'est donc qu'il n'y a rien à ajouter.
Bizarre période, que je n'ai pas du tout vue venir ; je ne ressens ni déception, ni peine : c'est. Comme entrer dans un ennui lent. [...] Je me sens parfois comme lisant le texte d'un autre, presque. Ne pas considérer forcément les suicides d'écrivains comme des drames ; c'est aussi une façon d'en finir avec ce qui est déjà fini, clore ce silence quand décidément, il n'y a plus rien à ajouter."
Bizarre période, que je n'ai pas du tout vue venir ; je ne ressens ni déception, ni peine : c'est. Comme entrer dans un ennui lent. [...] Je me sens parfois comme lisant le texte d'un autre, presque. Ne pas considérer forcément les suicides d'écrivains comme des drames ; c'est aussi une façon d'en finir avec ce qui est déjà fini, clore ce silence quand décidément, il n'y a plus rien à ajouter."
Antoine Emaz, Cuisine, p.155, Publie Papier, 2012
vendredi 28 novembre 2014
jeudi 27 novembre 2014
"8.
Au huitième temps, quelqu'un dit : Il est temps que nous sachions ! Il dessine un visage. A bas la peau ! lui fait-on. Il dessine une main. Assez de mort ! lui crie-t-on. On le tue pour arrêter ça. Puis l'un des tueurs fend le corps en deux, et l'on voit se répandre des choses : deux éponges, une boîte à sang, une poche, des formes sans nom. Et sur la paroi de ces choses rampent de longs filaments, les uns blancs, les autres rouges. Nous ne sommes pas qu'une enveloppe ! chante la foule enflammée."
Au huitième temps, quelqu'un dit : Il est temps que nous sachions ! Il dessine un visage. A bas la peau ! lui fait-on. Il dessine une main. Assez de mort ! lui crie-t-on. On le tue pour arrêter ça. Puis l'un des tueurs fend le corps en deux, et l'on voit se répandre des choses : deux éponges, une boîte à sang, une poche, des formes sans nom. Et sur la paroi de ces choses rampent de longs filaments, les uns blancs, les autres rouges. Nous ne sommes pas qu'une enveloppe ! chante la foule enflammée."
Les états du corps, Bernard Noël, Ed. Fata Morgana, 1999
lundi 17 novembre 2014
boyaux - Anna Jouy
"Je rentre chez moi, femme tiède.
J’aimais quand c’était la brûlure, un toit de soif au soleil.
Chez moi, maison cautérisée, chez moi abri qui boîte, qui cartonne, qui sardine.
J’aimais que glissent les quatre horizons, le stade des épreuves de largesse.
Je rentre chez moi, chambre sans vue où l’on tond la parole avant l’hiver, l’on mutile le parquet pour une cage de neige.
Pourtant on a craqué sur les foins qui dansent.
Chez moi, compagnie nettoyée du silence, curée de fosses et de fesses. Ventre empaqueté des départs, envol étiqueté boulet définitif.
J’aimais cela devait suffire.
Je rentre chez moi coupée, débourrée, découillée sinistre.Semences jetées dans de stériles étoffes de gaz et d’aperçus. Hoquets de peine et fracas sur des papiers perdus.
Je songeais mettre au monde les phylactères du plaisir.
Chez moi, rasée comme un osier de saule, tête en moignons de prières. Le ciel court et près du crâne.
tu regardais prier les fûts et ma forêt
Je rentre
Chez moi, l’asile, la nuit. Chez moi, l’invertueuse obscurité.
Le couloir."
Anna Jouy, poème extrait de son site Mots sous l'aube
J’aimais quand c’était la brûlure, un toit de soif au soleil.
Chez moi, maison cautérisée, chez moi abri qui boîte, qui cartonne, qui sardine.
J’aimais que glissent les quatre horizons, le stade des épreuves de largesse.
Je rentre chez moi, chambre sans vue où l’on tond la parole avant l’hiver, l’on mutile le parquet pour une cage de neige.
Pourtant on a craqué sur les foins qui dansent.
Chez moi, compagnie nettoyée du silence, curée de fosses et de fesses. Ventre empaqueté des départs, envol étiqueté boulet définitif.
J’aimais cela devait suffire.
Je rentre chez moi coupée, débourrée, découillée sinistre.Semences jetées dans de stériles étoffes de gaz et d’aperçus. Hoquets de peine et fracas sur des papiers perdus.
Je songeais mettre au monde les phylactères du plaisir.
Chez moi, rasée comme un osier de saule, tête en moignons de prières. Le ciel court et près du crâne.
tu regardais prier les fûts et ma forêt
Je rentre
Chez moi, l’asile, la nuit. Chez moi, l’invertueuse obscurité.
Le couloir."
Anna Jouy, poème extrait de son site Mots sous l'aube
mardi 11 novembre 2014
Exposition de Bruno Legeai à Ombres Blanches (Toulouse) - du 1er au 22 novembre
![]() |
| (c) Bruno Legeai |
"La poésie a
tout
La poésie
dit tout y compris ce qu’elle ne dit pas
La poésie
dévoile l’invisible
qu’il soit
racines ou plus profond
ou quelqu’
ailleurs ou quelqu’autrement
La poésie
ajoute aux mots leur silence
La poésie
donne au silence une voix
La poésie
révèle nos ombres
La poésie
révèle nos clartés
La poésie se
passe très bien d’images"
mercredi 5 novembre 2014
jeudi 23 octobre 2014
Microbe, Traction & compagnie
Au sommaire :
Éric Allard
Hélène Dassavray
François-Xavier Farine
Cathy Garcia
Cécile Glasman
Perrin Langda
La Nouille Martienne
Fabrice Marzuolo
Murièle Modély
Patrick Palaquer
Jany Pineau
Jean-Philippe Querton
Thierry Radière
Mark SaFranko
Marlène Tissot
Illustrations : Francesco Pittau
Pour s'abonner à cette revue, contactez Eric Dejaeger :
ericdejaeger@yahoo.fr Ed. Microbe - Launoy, 4 - B-6230 Pont-à-Celles - BELGIQUE
****
Après X & friends autour d'auteurs anglophones, Walter Ruhlmann récidive avec des poètes francophones dans une nouvelle série intitulée X & compagnie : le principe est le même, un auteur à l'honneur qui invite dans le numéro lui étant consacré d'autres auteurs. Stéphane Bernard inaugure la série de publications : Stéphane Bernard & compagnie. Il invite Julien Boutonnier, Fabrice Farre, Jean-Marc Undriener et moi même (ne suis pas peu fière de l'invitation, Stéphane Bernard et Jean Marc Undriener sont deux auteurs dont j'aime beaucoup l'écriture -je fréquente régulièrement leurs blog et site :)
En savoir plus, sur le blog de Walter Ruhlmann (à noter la parution chez mgversion2>datura d'un excellent recueil de Cédric Bernard)
****
Parution également du numéro 59 de Traction Brabant, la revue de Patrice Maltaverne
Au sommaire de la revue
Michel Bonneau
Murièle Modély
Stéphanie Beijan
Murièle Camac
Jean Marc Couve
Jacques Cauda
Morgan Riet
Olivier Millot
Kelig Nicolas
Benjamin Hopin
Alain Sagault etc.
Extrait de la revue : un poème de Fabrice Marzuolo
"Le coucou des poètes
J'ouvre la revue
de poésie
et chaque poète
surgit sur la page
comme un coucou
devant son horloge
j'écoute le chant du coucou
et je tourne
la page un autre coucou
se lance
que j'écoute
avec les poètes
les heures
font cou
cou
en passant"
c'est ainsi que ça se passe n'est-ce pas ? :)
mardi 21 octobre 2014
lundi 20 octobre 2014
"Il est dit que je dois creuser le trou indéfiniment
je mets le doigt dans la gelée, ma tête a des allures de fruit
rouge
safrané
d’un beau bleu électrique
j’ai longtemps infusé au large de l’Afrique
il reste dans la boîte, sur mes épaules
des odeurs, des saveurs
la bouche ouverte, l’île
au fond du récipient sous les pelures
la coulure des pigments et le noir basaltique [...]"
La suite à lire là
Terre à ciel accueille aujourd'hui une suite de mes poèmes
Vous pourrez y lire également dans la rubrique Un ange à notre table, des poèmes de Stéphane Bernard, Stéphane Poirier, Christophe Jubien, et Jacques Estager
je mets le doigt dans la gelée, ma tête a des allures de fruit
rouge
safrané
d’un beau bleu électrique
j’ai longtemps infusé au large de l’Afrique
il reste dans la boîte, sur mes épaules
des odeurs, des saveurs
la bouche ouverte, l’île
au fond du récipient sous les pelures
la coulure des pigments et le noir basaltique [...]"
La suite à lire là
Terre à ciel accueille aujourd'hui une suite de mes poèmes
Vous pourrez y lire également dans la rubrique Un ange à notre table, des poèmes de Stéphane Bernard, Stéphane Poirier, Christophe Jubien, et Jacques Estager
samedi 18 octobre 2014
mercredi 15 octobre 2014
Je te vois (extrait)
"je me demande si cette effloraison iodée vient de l'odeur de poisson que tu as laissé sur mes doigts ce matin en partant
si je continuerai pendant que mon chef à tête de congre impose de son sourire liquide
une ultime impossible mission
à humer dans l'air décomposé de l'ôpeinespasme
ton jus de mer"
si je continuerai pendant que mon chef à tête de congre impose de son sourire liquide
une ultime impossible mission
à humer dans l'air décomposé de l'ôpeinespasme
ton jus de mer"
lundi 13 octobre 2014
vendredi 10 octobre 2014
mer
il y a tous ces territoires vierges que la mer dissimule
quelque part dans les caves oblongues inaccessibles sous nos poitrines
suis-je
es-tu
un des ces découvreurs de pays inconnus en dérive sur la planète
quelle côte arrêtera le flux qui s'emballe et mélange tous nos gamètes
je pose un peu
l'aiguille avance
je m'interroge
je coule, tu toques
quelque part dans les caves oblongues inaccessibles sous nos poitrines
suis-je
es-tu
un des ces découvreurs de pays inconnus en dérive sur la planète
quelle côte arrêtera le flux qui s'emballe et mélange tous nos gamètes
je pose un peu
l'aiguille avance
je m'interroge
je coule, tu toques
qui de nous deux s'adosse à la paroi de la grotte
contre nos talons, le magenta s'épaissit
ma robe devient de pourpre
la marée monte, descend
contre mes cuisses je sens
le tissu s'alourdir
contre nos talons, le magenta s'épaissit
ma robe devient de pourpre
la marée monte, descend
contre mes cuisses je sens
le tissu s'alourdir
l'algue de nos ourlets nous tirer vers le fond
dimanche 5 octobre 2014
Actus
- Les 11 & 12 octobre : je serai présente au salon Les Gourmets de Lettres à l'hôtel d'Assezat à Toulouse (31). Si vous êtes par là passez me voir prendre un ou deux vers (à défaut de verres ;)




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