mardi 30 décembre 2014

"bouche pas une bouche
une ride d'expression même pas              juste
une fente mal ouverte par l'habitude des mots

et des mots

on en a de moins en moins
pour habiter moins cette
bouche pas bouche

la tête quitte son lit retombe
dans la nuit     dans l'autre nuit
la nuit encore

plus dense plus ferme

referme le drap sur la tête serrée
la bouche serrée les yeux serrés
le tout serré sur l'envie qui se rétracte"



_ligne, Jean-Marc Undriener, Editions Potentille, 2013

lundi 8 décembre 2014

L'été dégueulasse avance doucement vers l'hiver
il pleut sur nos joues, dans nos mains
des traces grasses, des nouvelles sales
l'encre des journaux coule
des corps sans vie s'écroulent
s'entassent
une peau chasse l'autre

il pleut
on regarde le ciel
on guette un rai violet
un truc qui permettrait
de faire le plein
recharger nos accus

derrière la vitre
un jour qui tombe

on sait que cette année encore
rien ne bouleversera la fuite des saisons
à la fenêtre on fume, on espère les cigales
on fait semblant

on n'entend rien en fait que le tir des roquettes
le bruit sourd de campagne à la télévision

lundi 1 décembre 2014

(c) Sandra Villeneuve

écrire - Antoine Emaz

"J'ai toujours vécu sur un mode d'écrire où le poème s'imposait ; il pouvait être bon ou nul, l'affaire était de peu d'importance puisqu'il était en nombre. Il suffisait de trier ensuite. Mais là, c'est autre chose, de l'ordre d'une perte de désir ? La vie va, se poursuit à la fois mécanique et cahotante, répétitive et surprenante, mais pas de quoi bouger la main. Etrange. Au début, j'ai vu cela comme un repos nécessaire, je commence à me demander s'il n'y a pas cessation. Et cela ne me fait rien, comme mort, tranquille. Rien ne s'ajoute, c'est donc qu'il n'y a rien à ajouter.
Bizarre période, que je n'ai pas du tout vue venir ; je ne ressens ni déception, ni peine : c'est. Comme entrer dans un ennui lent. [...] Je me sens parfois comme lisant le texte d'un autre, presque. Ne pas considérer forcément les suicides d'écrivains comme des drames ; c'est aussi une façon d'en finir avec ce qui est déjà fini, clore ce silence quand décidément, il n'y a plus rien à ajouter."

Antoine Emaz, Cuisine, p.155, Publie Papier, 2012

vendredi 28 novembre 2014

jeudi 27 novembre 2014

"8.
Au huitième temps, quelqu'un dit : Il est temps que nous sachions ! Il dessine un visage. A bas la peau ! lui fait-on. Il dessine une main. Assez de mort ! lui crie-t-on. On le tue pour arrêter ça. Puis l'un des tueurs fend le corps en deux, et l'on voit se répandre des choses : deux éponges, une boîte à sang, une poche, des formes sans nom. Et sur la paroi de ces choses rampent de longs filaments, les uns blancs, les autres rouges. Nous ne sommes pas qu'une enveloppe ! chante la foule enflammée."

Les états du corps, Bernard Noël, Ed. Fata Morgana, 1999

lundi 17 novembre 2014

(c) Laure Forêt

boyaux - Anna Jouy

"Je rentre chez moi, femme tiède.
J’aimais quand c’était la brûlure, un toit de soif au soleil.
Chez moi, maison cautérisée, chez moi abri qui boîte, qui cartonne, qui sardine.
J’aimais que glissent les quatre horizons, le stade des épreuves de largesse.
Je rentre chez moi, chambre sans vue où l’on tond la parole avant l’hiver, l’on mutile le parquet pour une cage de neige.
Pourtant on a craqué sur les foins qui dansent.
Chez moi, compagnie nettoyée du silence, curée de fosses et de fesses. Ventre empaqueté des départs, envol étiqueté boulet définitif.
J’aimais cela devait suffire.
Je rentre chez moi coupée, débourrée, découillée sinistre.Semences jetées dans de stériles étoffes de gaz et d’aperçus. Hoquets de peine et fracas sur des papiers perdus.
Je songeais mettre au monde les phylactères du plaisir.
Chez moi, rasée comme un osier de saule, tête en moignons de prières. Le ciel court et près du crâne.
tu regardais prier les fûts et ma forêt
Je rentre
Chez moi, l’asile, la nuit. Chez moi, l’invertueuse obscurité.
Le couloir."

Anna Jouy, poème extrait de son site Mots sous l'aube
(c) Barbara Cole

mardi 11 novembre 2014

Exposition de Bruno Legeai à Ombres Blanches (Toulouse) - du 1er au 22 novembre

(c) Bruno Legeai
"La poésie a tout
La poésie dit tout y compris ce qu’elle ne dit pas

La poésie dévoile l’invisible
qu’il soit racines ou plus profond
ou quelqu’ ailleurs ou quelqu’autrement

La poésie ajoute aux mots leur silence
La poésie donne au silence une voix

La poésie révèle nos ombres
La poésie révèle nos clartés

La poésie se passe très bien d’images"





mercredi 5 novembre 2014

jeudi 23 octobre 2014

Microbe, Traction & compagnie

Microbe 86-nov-déc.2014Le 86e numéro du Microbe de novembre/décembre 2014 est paru ! Il a été concocté par Thierry Roquet.
 Au sommaire :
Éric Allard
Hélène Dassavray
François-Xavier Farine
Cathy Garcia
Cécile Glasman
Perrin Langda
La Nouille Martienne

Fabrice Marzuolo
Murièle Modély
Patrick Palaquer
Jany Pineau
Jean-Philippe Querton
Thierry Radière
Mark SaFranko
Marlène Tissot

Illustrations : Francesco Pittau

Pour s'abonner
à cette revue, c
ontactez Eric Dejaeger :
ericdejaeger@yahoo.fr  Ed. Microbe - Launoy, 4 - B-6230 Pont-à-Celles - BELGIQUE


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Après X & friends autour d'auteurs anglophones, Walter Ruhlmann récidive avec des poètes francophones dans une nouvelle série intitulée X & compagnie : le principe est le même, un auteur à l'honneur qui invite dans le numéro lui étant consacré d'autres auteurs. Stéphane Bernard inaugure la série de publications : Stéphane Bernard & compagnie. Il invite  Julien Boutonnier, Fabrice Farre, Jean-Marc Undriener et moi même (ne suis pas peu fière de l'invitation, Stéphane Bernard et Jean Marc Undriener sont deux auteurs dont j'aime beaucoup l'écriture -je fréquente régulièrement leurs blog et site :)
 


En savoir plus, sur le blog de Walter Ruhlmann  (à noter la parution chez mgversion2>datura d'un excellent recueil de Cédric Bernard)

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Parution également du numéro 59 de Traction Brabant, la revue de Patrice Maltaverne 
Au sommaire de la revue
Fabrice Marzuolo
Michel Bonneau
Murièle Modély
Stéphanie Beijan
Murièle Camac 
Jean Marc Couve
Jacques Cauda
Morgan Riet
Olivier Millot
Kelig Nicolas
Benjamin Hopin
Alain Sagault etc. 

Extrait de la revue : un poème de Fabrice Marzuolo 

"Le coucou des poètes

J'ouvre la revue
de poésie
et chaque poète
surgit sur la page
comme un coucou
devant son horloge
j'écoute le chant du coucou
et je tourne
la page un autre coucou 
se lance
que j'écoute

avec les poètes
les heures 
font cou
cou
en passant"


c'est ainsi que ça se passe n'est-ce pas ? :)

lundi 20 octobre 2014

"Il est dit que je dois creuser le trou indéfiniment
je mets le doigt dans la gelée, ma tête a des allures de fruit
rouge
safrané
d’un beau bleu électrique
j’ai longtemps infusé au large de l’Afrique
il reste dans la boîte, sur mes épaules
des odeurs, des saveurs
la bouche ouverte, l’île
au fond du récipient sous les pelures
la coulure des pigments et le noir basaltique [...]"

 La suite à lire


Terre à ciel accueille aujourd'hui une suite de mes poèmes
Vous pourrez y lire également dans la rubrique Un ange à notre table, des poèmes de Stéphane Bernard, Stéphane Poirier, Christophe Jubien, et Jacques Estager


samedi 18 octobre 2014

mercredi 15 octobre 2014

(c) Andrew Gallo

Je te vois (extrait)

"je me demande si cette effloraison iodée vient de l'odeur de poisson que tu as laissé sur mes doigts ce matin en partant
                        si je continuerai pendant que mon chef à tête de congre impose de son sourire liquide
                        une ultime impossible mission
                                                    à humer dans l'air décomposé de l'ôpeinespasme
                                                    ton jus de mer"

lundi 13 octobre 2014

vendredi 10 octobre 2014

mer

il y a tous ces territoires vierges que la mer dissimule
quelque part dans les caves oblongues inaccessibles sous nos poitrines
suis-je
es-tu
un des ces découvreurs de pays inconnus en dérive sur la planète
quelle côte arrêtera le flux qui s'emballe et mélange tous nos gamètes 
je pose un peu
l'aiguille avance
je m'interroge
je coule, tu toques
qui de nous deux s'adosse à la paroi de la grotte 
contre nos talons, le magenta s'épaissit
ma robe devient de pourpre
la marée monte, descend
contre mes cuisses je sens
le tissu s'alourdir
l'algue de nos ourlets nous tirer vers le fond
(c) Erin Cone