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| (c) Jung Lee - Day and Night #6 |
mercredi 21 janvier 2015
Je te vois (extrait 2)
"il n'y a jamais eu autant de mots
en grappe
sur nos vertèbres
des mots très larges comme
mondialisation
je le prononce en écarticulant très fort des mâchoires
sept syllabes - baise la diérèse
sur nos crânes
des mots très secs comme
production
comme
flexibilité
tout en scie et en X
le scénario désordonné d'un film de Q pendu au S
il n'y a jamais eu autant de lettres déformées
à passer repasser le tamis de nos sexes"
en grappe
sur nos vertèbres
des mots très larges comme
mondialisation
je le prononce en écarticulant très fort des mâchoires
sept syllabes - baise la diérèse
sur nos crânes
des mots très secs comme
production
comme
flexibilité
tout en scie et en X
le scénario désordonné d'un film de Q pendu au S
il n'y a jamais eu autant de lettres déformées
à passer repasser le tamis de nos sexes"
lundi 12 janvier 2015
" Une société en déficit de représentation oscille en effet entre la
passivité et les peurs. elle tend à être dominée par le ressentiment,
qui marie la colère à l'impuissance, et ne peut donc penser concrètement
l'action sur elle même. elle doit en effet sans cesse simplifier et
caricaturer le réel pour espérer le rendre malléable. La mal
représentation conduit à gommer la réalité, à le rendre indicible. Un
rapport simultanément magique et soumis au monde se durcit sur cette
base. La société finit par ériger des boucs émissaires en uniques causes
de tous ses maux et à ne plus pouvoir s'appréhender que sous les
espèces d'un bloc indistinct en butte à des puissances maléfiques
radicalement étrangères. En même temps la politique est de plus en plus
violemment rejetée et assimilée à ce qui est structurellement extérieur à
la vie des gens.
C'est dans ces termes qu'il faut aussi comprendre ce qui apparait comme une crise de la volonté. Le sentiment d'impuissance que beaucoup d'hommes et de femmes ressentent tragiquement aujourd’hui n'a pas seulement pour origine une démission paresseuse du politique. Il naît également de la résistance de la réalité aux vieux concepts avec lesquels on l'appréhende. Les mots ne disent plus les choses et s'avèrent donc incapables de les modeler. L'écart entre la réalité vécue et la réalité pensée constitue pour cela désormais un verrou majeur à la transformation de la société autant qu'à la reconquête de la dignité des individus. Une société illisible à ses propres yeux, dominée par l'ignorance d'autrui est simultanément une société opaque pour les gouvernants. c'est l'autre face du probleme. Ces derniers s’avèrent incapables d'en saisir les ressorts, d'en cerner les attentes. Eux aussi perdent le contact avec le réel. La langue de bois politique se développe sur cette base, expression d'un rapport également incantatoire à la réalité. Le populisme des gouvernés et l'impuissance des des gouvernants entrainant la vie politique dans une spirale fatalement régressive. [...] "Raconter la vie" contribuera aussi à encourager l’intérêt pour autrui ; c'est en cela que le projet a également une dimension morale [...], il s'agit de sortir de l'invisibilité toute la société, et de produire une connaissance qui rapproche ses membres entre eux. C'est une connaissance interactive de l'ordinaire en lieu et place d'une mise en scène de l'extraordinaire. [...] la démocratie, on l'a dit ne peut vivre si les hommes et les femmes ne font pas société. La connaissance d'autrui est le socle de cette entreprise."
C'est dans ces termes qu'il faut aussi comprendre ce qui apparait comme une crise de la volonté. Le sentiment d'impuissance que beaucoup d'hommes et de femmes ressentent tragiquement aujourd’hui n'a pas seulement pour origine une démission paresseuse du politique. Il naît également de la résistance de la réalité aux vieux concepts avec lesquels on l'appréhende. Les mots ne disent plus les choses et s'avèrent donc incapables de les modeler. L'écart entre la réalité vécue et la réalité pensée constitue pour cela désormais un verrou majeur à la transformation de la société autant qu'à la reconquête de la dignité des individus. Une société illisible à ses propres yeux, dominée par l'ignorance d'autrui est simultanément une société opaque pour les gouvernants. c'est l'autre face du probleme. Ces derniers s’avèrent incapables d'en saisir les ressorts, d'en cerner les attentes. Eux aussi perdent le contact avec le réel. La langue de bois politique se développe sur cette base, expression d'un rapport également incantatoire à la réalité. Le populisme des gouvernés et l'impuissance des des gouvernants entrainant la vie politique dans une spirale fatalement régressive. [...] "Raconter la vie" contribuera aussi à encourager l’intérêt pour autrui ; c'est en cela que le projet a également une dimension morale [...], il s'agit de sortir de l'invisibilité toute la société, et de produire une connaissance qui rapproche ses membres entre eux. C'est une connaissance interactive de l'ordinaire en lieu et place d'une mise en scène de l'extraordinaire. [...] la démocratie, on l'a dit ne peut vivre si les hommes et les femmes ne font pas société. La connaissance d'autrui est le socle de cette entreprise."
Le Parlement des invisibles, Pierre Rosanvallon, (raconter la vie), Seuil, 2014
dimanche 11 janvier 2015
il y a cette fille qui tombe
d'un coup par terre devant toi
cette fille et son corps
au sol qui tremble
cette fille et sa tête
qui tape
très vite, très fort
l'angle du trottoir
cette fille et ses mâchoires
qui craquent, se crispent
et ses longs tremblements
qui font tanguer l'asphalte
cette fille et les boutons de chemise qui sautent
et la bretelle noire du soutien-gorge qui glisse
cette fille en transe allongée et vibrante
sur le bitume, ses cheveux dénoués
et la mince fente des premiers rebonds
sur son front qui s'étend jusqu'au cuir chevelu
et le filet de sang qui dessine sur ses joues
la carte invraisemblable d'improbables chemins
la langue fissurée, dans la gorge
cette fille, dans la rue
en crise
la crise
la crise
oh la belle coque vide !
tu l'entends résonner
quand sa tête en cadence
martèle l'espace
tu sens l'effritement
les bords irréguliers
du mot qui casse
la crise, la crise
et la répétition dans ton corps
les secousses invisibles
contenues, confinées
dont tu ne sais que faire
et tous ces bouts de rien
enfoncés dans ta chair
la menace incernable
cette fille à terre
dont tu regardes
jaillir
par les pores
le mot fissile
d'un coup par terre devant toi
cette fille et son corps
au sol qui tremble
cette fille et sa tête
qui tape
très vite, très fort
l'angle du trottoir
cette fille et ses mâchoires
qui craquent, se crispent
et ses longs tremblements
qui font tanguer l'asphalte
cette fille et les boutons de chemise qui sautent
et la bretelle noire du soutien-gorge qui glisse
cette fille en transe allongée et vibrante
sur le bitume, ses cheveux dénoués
et la mince fente des premiers rebonds
sur son front qui s'étend jusqu'au cuir chevelu
et le filet de sang qui dessine sur ses joues
la carte invraisemblable d'improbables chemins
la langue fissurée, dans la gorge
cette fille, dans la rue
en crise
la crise
la crise
oh la belle coque vide !
tu l'entends résonner
quand sa tête en cadence
martèle l'espace
tu sens l'effritement
les bords irréguliers
du mot qui casse
la crise, la crise
et la répétition dans ton corps
les secousses invisibles
contenues, confinées
dont tu ne sais que faire
et tous ces bouts de rien
enfoncés dans ta chair
la menace incernable
cette fille à terre
dont tu regardes
jaillir
par les pores
le mot fissile
parution initiale dans la revue Gelée rouge, n°3
mercredi 7 janvier 2015
vendredi 2 janvier 2015
mardi 30 décembre 2014
On en parle #6
lire un extrait & les mots de Jean Marc Undriener sur mon recueil Je te vois,
mais surtout découvrir son écriture et son travail dans les différentes rubriques
de son site Fibrillations, telles notes et notules ; textes en vrac etc.
"bouche pas une bouche
une ride d'expression même pas juste
une fente mal ouverte par l'habitude des mots
et des mots
on en a de moins en moins
pour habiter moins cette
bouche pas bouche
la tête quitte son lit retombe
dans la nuit dans l'autre nuit
la nuit encore
plus dense plus ferme
referme le drap sur la tête serrée
la bouche serrée les yeux serrés
le tout serré sur l'envie qui se rétracte"
une ride d'expression même pas juste
une fente mal ouverte par l'habitude des mots
et des mots
on en a de moins en moins
pour habiter moins cette
bouche pas bouche
la tête quitte son lit retombe
dans la nuit dans l'autre nuit
la nuit encore
plus dense plus ferme
referme le drap sur la tête serrée
la bouche serrée les yeux serrés
le tout serré sur l'envie qui se rétracte"
_ligne, Jean-Marc Undriener, Editions Potentille, 2013
lundi 8 décembre 2014
L'été dégueulasse avance doucement vers l'hiver
il pleut sur nos joues, dans nos mains
des traces grasses, des nouvelles sales
l'encre des journaux coule
des corps sans vie s'écroulent
s'entassent
une peau chasse l'autre
il pleut
on regarde le ciel
on guette un rai violet
un truc qui permettrait
de faire le plein
recharger nos accus
derrière la vitre
un jour qui tombe
on sait que cette année encore
rien ne bouleversera la fuite des saisons
à la fenêtre on fume, on espère les cigales
on fait semblant
on n'entend rien en fait que le tir des roquettes
le bruit sourd de campagne à la télévision
il pleut sur nos joues, dans nos mains
des traces grasses, des nouvelles sales
l'encre des journaux coule
des corps sans vie s'écroulent
s'entassent
une peau chasse l'autre
il pleut
on regarde le ciel
on guette un rai violet
un truc qui permettrait
de faire le plein
recharger nos accus
derrière la vitre
un jour qui tombe
on sait que cette année encore
rien ne bouleversera la fuite des saisons
à la fenêtre on fume, on espère les cigales
on fait semblant
on n'entend rien en fait que le tir des roquettes
le bruit sourd de campagne à la télévision
lundi 1 décembre 2014
écrire - Antoine Emaz
"J'ai toujours vécu sur un mode d'écrire où le poème s'imposait ; il pouvait être bon ou nul, l'affaire était de peu d'importance puisqu'il était en nombre. Il suffisait de trier ensuite. Mais là, c'est autre chose, de l'ordre d'une perte de désir ? La vie va, se poursuit à la fois mécanique et cahotante, répétitive et surprenante, mais pas de quoi bouger la main. Etrange. Au début, j'ai vu cela comme un repos nécessaire, je commence à me demander s'il n'y a pas cessation. Et cela ne me fait rien, comme mort, tranquille. Rien ne s'ajoute, c'est donc qu'il n'y a rien à ajouter.
Bizarre période, que je n'ai pas du tout vue venir ; je ne ressens ni déception, ni peine : c'est. Comme entrer dans un ennui lent. [...] Je me sens parfois comme lisant le texte d'un autre, presque. Ne pas considérer forcément les suicides d'écrivains comme des drames ; c'est aussi une façon d'en finir avec ce qui est déjà fini, clore ce silence quand décidément, il n'y a plus rien à ajouter."
Bizarre période, que je n'ai pas du tout vue venir ; je ne ressens ni déception, ni peine : c'est. Comme entrer dans un ennui lent. [...] Je me sens parfois comme lisant le texte d'un autre, presque. Ne pas considérer forcément les suicides d'écrivains comme des drames ; c'est aussi une façon d'en finir avec ce qui est déjà fini, clore ce silence quand décidément, il n'y a plus rien à ajouter."
Antoine Emaz, Cuisine, p.155, Publie Papier, 2012
vendredi 28 novembre 2014
jeudi 27 novembre 2014
"8.
Au huitième temps, quelqu'un dit : Il est temps que nous sachions ! Il dessine un visage. A bas la peau ! lui fait-on. Il dessine une main. Assez de mort ! lui crie-t-on. On le tue pour arrêter ça. Puis l'un des tueurs fend le corps en deux, et l'on voit se répandre des choses : deux éponges, une boîte à sang, une poche, des formes sans nom. Et sur la paroi de ces choses rampent de longs filaments, les uns blancs, les autres rouges. Nous ne sommes pas qu'une enveloppe ! chante la foule enflammée."
Au huitième temps, quelqu'un dit : Il est temps que nous sachions ! Il dessine un visage. A bas la peau ! lui fait-on. Il dessine une main. Assez de mort ! lui crie-t-on. On le tue pour arrêter ça. Puis l'un des tueurs fend le corps en deux, et l'on voit se répandre des choses : deux éponges, une boîte à sang, une poche, des formes sans nom. Et sur la paroi de ces choses rampent de longs filaments, les uns blancs, les autres rouges. Nous ne sommes pas qu'une enveloppe ! chante la foule enflammée."
Les états du corps, Bernard Noël, Ed. Fata Morgana, 1999
lundi 17 novembre 2014
boyaux - Anna Jouy
"Je rentre chez moi, femme tiède.
J’aimais quand c’était la brûlure, un toit de soif au soleil.
Chez moi, maison cautérisée, chez moi abri qui boîte, qui cartonne, qui sardine.
J’aimais que glissent les quatre horizons, le stade des épreuves de largesse.
Je rentre chez moi, chambre sans vue où l’on tond la parole avant l’hiver, l’on mutile le parquet pour une cage de neige.
Pourtant on a craqué sur les foins qui dansent.
Chez moi, compagnie nettoyée du silence, curée de fosses et de fesses. Ventre empaqueté des départs, envol étiqueté boulet définitif.
J’aimais cela devait suffire.
Je rentre chez moi coupée, débourrée, découillée sinistre.Semences jetées dans de stériles étoffes de gaz et d’aperçus. Hoquets de peine et fracas sur des papiers perdus.
Je songeais mettre au monde les phylactères du plaisir.
Chez moi, rasée comme un osier de saule, tête en moignons de prières. Le ciel court et près du crâne.
tu regardais prier les fûts et ma forêt
Je rentre
Chez moi, l’asile, la nuit. Chez moi, l’invertueuse obscurité.
Le couloir."
Anna Jouy, poème extrait de son site Mots sous l'aube
J’aimais quand c’était la brûlure, un toit de soif au soleil.
Chez moi, maison cautérisée, chez moi abri qui boîte, qui cartonne, qui sardine.
J’aimais que glissent les quatre horizons, le stade des épreuves de largesse.
Je rentre chez moi, chambre sans vue où l’on tond la parole avant l’hiver, l’on mutile le parquet pour une cage de neige.
Pourtant on a craqué sur les foins qui dansent.
Chez moi, compagnie nettoyée du silence, curée de fosses et de fesses. Ventre empaqueté des départs, envol étiqueté boulet définitif.
J’aimais cela devait suffire.
Je rentre chez moi coupée, débourrée, découillée sinistre.Semences jetées dans de stériles étoffes de gaz et d’aperçus. Hoquets de peine et fracas sur des papiers perdus.
Je songeais mettre au monde les phylactères du plaisir.
Chez moi, rasée comme un osier de saule, tête en moignons de prières. Le ciel court et près du crâne.
tu regardais prier les fûts et ma forêt
Je rentre
Chez moi, l’asile, la nuit. Chez moi, l’invertueuse obscurité.
Le couloir."
Anna Jouy, poème extrait de son site Mots sous l'aube
mardi 11 novembre 2014
Exposition de Bruno Legeai à Ombres Blanches (Toulouse) - du 1er au 22 novembre
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| (c) Bruno Legeai |
"La poésie a
tout
La poésie
dit tout y compris ce qu’elle ne dit pas
La poésie
dévoile l’invisible
qu’il soit
racines ou plus profond
ou quelqu’
ailleurs ou quelqu’autrement
La poésie
ajoute aux mots leur silence
La poésie
donne au silence une voix
La poésie
révèle nos ombres
La poésie
révèle nos clartés
La poésie se
passe très bien d’images"
mercredi 5 novembre 2014
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