lundi 25 mai 2015

Voilà c'est fait, j'ai acheté l'économe :
Son manche est noir, sa lame est aiguisée, ses promesses infinies
Les soirées à venir seront longues et vibrantes, à éplucher en chœur nos désirs
À mettre à nu sous l'écorce des jours, sous les strates verticales du quotidien
Sous la monotonie grasse sur tes hanches et tes reins, l'aigu des chairs

Crois-moi, cela ne fait pas mal, de raboter un peu le sentiment 
Maintenant, tends les joues, les fesses, allonge tes deux bras
Laisse moi faire, découper en lamelles l'épiderme et le derme

Regarde, ne crie pas, c'est tout joli, ces bouts de toi, de moi
Dans le lit nous appellent, regarde comment j'épelle, pèle
Notre  a m o u r  en miettes


lundi 27 avril 2015

la grenade est le crâne, la mémoire est le fruit
qui doucettement décomposent au fond de l'assiette

qui doucettement  exhalent des sucs âcres
baignent dans cet oubli où des insectes grouillent

on entend les élytres vibrer contre le cuir chevelu
on entend les frottements saccadés déchirer la longue cicatrice

sur nos visages, des mofettes s'exilent
des fumerolles font des dégâts  irréversibles

c'est ainsi que sur la table giclent nos souvenirs
sur la page, des souvenirs
car il est impossible d'user du nous quand il s'agit de tout reconstruire

les images qui me
qui nous reviennent
sont incomplètes, incomprises

tu me regardes et je m'épelle
je t'observe et te rappelle
au cœur de la phrase

chaque grain rose, sucré dissimule en son sein
un ciel bleu et violet, des nuages orangés
la peau flétrie d'enfance

dans le poème, le passé affabule
tout fleure nos absences
les mots nous recommencent



vendredi 17 avril 2015

(c) Anka Zhuravleva

il faut rester à la surface
ne pas songer à du second degré 
 - l'expression te donne la chair de poule
il faut rester sur la croûte des mots
se contenter de leur lécher la peau
c'est âcre
acide
plus souvent insipide
tu fermes les yeux
avales
regardes l'homme gonflé à bloc
expulser par son orifice ad hoc 
- le bel églefin t'enfume
une sentence, un diktat, une solution
tout semble équivalent
dans ton oreille rouillent les mots qui s'y déroulent
sans espace ni ponctuation
unesentenceundiktatunesolution 
- le déroulé de lettres te ceinture la tête
tu danses, fanfaronnes
ne comprends pas

samedi 11 avril 2015

certains jours, l'acuité est à son maximum
c'est le moment précis où sortir de son trou
où tenter d'un regard de dévorer le monde

le trottoir contient l'humanité
voilà ce que les mères chuchotent aux oreilles des hommes
je le dis moi aussi aux enfants derrière la porte close

ces jours-là, je sors, fourre le tout dans un cabas
la main de la fille, la langue du fils, ballottent au fond du sac
la tête de l'homme sur mon crâne oscille comme une coque

ces jours-là, je parle possédée
à des morceaux de corps accrochés à mon corps
je dis : regardez les chairs s'épeler, nos mâchoires déchaussées grincer

ces jours-là, chaque sortie prend des allures de fête macabre
des femmes et des hommes se mettent tranquillement nus
dans un furieux tintamarre, leurs cœurs s'entrechoquent

mais la nuit tombe
et les ombres de nos corps contre les murs mangent

mercredi 8 avril 2015

(c) Vincent Descotils

mappemonde

les points cardinaux sont la table, le lit, la bouche
le bateau dérive sans fin
fait un cercle
une boucle
entre les angles
le poème répété ad nauseam
cartographie défaite de mes trous de mémoire
où est le nord ?
l'homme allongé répète
d'où vient la droite
qui relie nos corps ?

dimanche 5 avril 2015

vendredi 3 avril 2015

dimanche 29 mars 2015

© Hervé Guibert

humeur à moudre

sometimes i feel sad
j'essaie une autre langue et me dis que peut-être
la tristesse fuira dans le mood incliné
ce friselis liquide à l'envers de la joue
je plisse dans les o
ma bouche et mes paupières
roulent des mécaniques dans les ronds de fumées
j'écoute le m
ma petite giclée contre une minuscule
à la fin de la phrase
se noie
le d
à moudre

samedi 21 mars 2015

Lu un poème de Jack Hirschman sur Branloire Pérenne

" Tout d'un coup les morts j'ai plus envie de m'en souvenir
et mes bons sentiments ne crèvent plus d'envie de poème.
Un calme irrésistible m'emporte, allongé
dans ma chambre d'hôtel à San Francisco.
Les tâches à faire, la révolte dans mon stylo,
tout a capitulé devant cette détente
une rêverie sur rien de précis.
Dehors, le monde : sifflements et tornades,
mais je me penche plutôt sur les poils de mon torse.
Ca fait quarante ans qu'ils sont là - ou plus -
du diable si je les ai remarqués avec tout ce boulot,
et maintenant ils virent au gris.
Tout d'un coup je sens que je les ai ratés, eux
et leur rousse jeunesse, leur art mystérieux d'attirer
des foules de baisers sur la peau qui se cache par en-dessous.
Ils ne m'ont pas vraiment beaucoup intéressé,
encore moins au point de vue sensuel,
et maintenant ils seront bientôt blancs, et qu'est-ce que je peux en dire ?
Qu'ils ne m'appartenaient pas ?
Qu'ils ne signifiaient pas grand'chose ?

Quand on aborde cette vieille route du corps
tout le monde TOUT DOIT ETRE CARESSE * "
Jack Hirschman (trad. G.B.Vachon)



* La fin de vers est tirée d'un poème de Whitman

Extrait de J'ai su que j'avais un frère de Jack Hirschman, Le Temps des Cerises,1998
Récupéré sur le blog de Frédérik Houdaer (qui anime -entre autres choses- le Cabaret poétique à Lyon)

vendredi 13 mars 2015

"l'odeur qui rampe sur les murs
à chaque fois que la chambre redevient un tombeau
n'a rien à voir avec la mort
avec le sexe
avec le cul
avec nos miasmes
n'a rien à voir avec l'amour non plus
je sais au moment où s'avancent mes mots
à l'instant même où l'orage s'invite
où nos yeux s'assombrissent dans le feu du charbon
que cette odeur qui fond comme peau sur nos os
nous ramène à la vie pour planter son couteau"

extrait de Je te vois, éditions du Cygne, 2014

mercredi 11 mars 2015

On en parle #7

Jacques Morin parle de Je te vois dans le dernier Décharge (n°165) - rubrique Diaphragme-Notes de lecture :

"La peur comme un serpent m'attache au lit/ la fenêtre est ouverte / j'entends le soleil
 Voilà comment commence le troisième recueil de Murièle Modély qui montre un mûrissement dans son écriture. On la lit avec intensité d'un bout à l'autre où l'on subit un certain envoûtement dans cette parole presque imprécatoire par moment. Sa poésie montre et désigne avec insistance, et cette ostentation caractérise sa quête personnelle entre charnel et spirituel. Le recueil est constamment dédié à la seconde personne du titre, l'amant, dans des rapports d'attraction et de répulsion : je te refuse le mot / la parole / la phrase l'onomatopée / je te cède concède / le grognement... Amour bestial, brutal, sauvage, violent [...] Le regard, la mastication, et aussi brusquement son pendant social, avec le suicide au travail. On est parfois au bord de la magie et de la sorcellerie, et cette poésie demeure fascinante. La mort petite ou grande dans le ventre du jour."

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mardi 10 mars 2015