mercredi 1 juillet 2015

"Z#9 : c'est tout frais
Le neuvième numéro de Zinzoline vient de sortir du four.
Il est tout chaud et croustillant grâce à Éric Babaud, Daniel Barbé, Émilie Baudrais, Alain Bergeon, Edwige Bertaudon, Angelo Bote, Laurence Bucourt, Angèle Casanova, Thomas Chéronnet, Franck David, David de Souza, Marianne Desroziers, David Escarpit, Simone Hick, Véronique Joyaux, Nadu Marsaudon, Murièle Modély, Maria Morisot / Moan Lisa, Christophe Pilard, Henri Plandé, Christophe Sartori , Alice Scaliger, Olivier Seguin, Lucie de Syracuse, Jacques Taris, Marlène Tissot, Olivier Ulivieri, Pierre Verny."
- avec un texte by myself ‪#‎ecrituresouscontrainte‬

lundi 22 juin 2015

(c) Mikael Aldo

les mots sont sur la page ou la peau
tout à fait factuels
sortir de la maison est un fait
s'entasser dans le métro est un fait
regarder avec insistance, éviter les regards tout aussi insistants
sont des faits
ne rien comprendre au bordel de la ville est un fait
y ôter deux lettres, mais ne pas saisir pour autant ce qu'est
la vie est un fait
marcher vite est un fait
penser court est un fait
aligner des phrases sans queue ni tête est un fait
semer la métaphore, cultiver, jouir de la peur
des mots
sont des faits
parler pour ne
rien dire
ne faire
que faire
la langue souvent est aussi sèche que la tête


(c) Tiina Kivinen

jeudi 11 juin 2015

Le bonheur

à la fenêtre
tu
pauses
les yeux noyés
dans le bol de crème
derrière la vitre
la grande bleue
à ton oreille
les abeilles
dans l'un
ou l'autre
de tes ventricules
tu
rêves
un carré de ciel jaune
dans les cheveux

lundi 25 mai 2015

Voilà c'est fait, j'ai acheté l'économe :
Son manche est noir, sa lame est aiguisée, ses promesses infinies
Les soirées à venir seront longues et vibrantes, à éplucher en chœur nos désirs
À mettre à nu sous l'écorce des jours, sous les strates verticales du quotidien
Sous la monotonie grasse sur tes hanches et tes reins, l'aigu des chairs

Crois-moi, cela ne fait pas mal, de raboter un peu le sentiment 
Maintenant, tends les joues, les fesses, allonge tes deux bras
Laisse moi faire, découper en lamelles l'épiderme et le derme

Regarde, ne crie pas, c'est tout joli, ces bouts de toi, de moi
Dans le lit nous appellent, regarde comment j'épelle, pèle
Notre  a m o u r  en miettes


lundi 27 avril 2015

la grenade est le crâne, la mémoire est le fruit
qui doucettement décomposent au fond de l'assiette

qui doucettement  exhalent des sucs âcres
baignent dans cet oubli où des insectes grouillent

on entend les élytres vibrer contre le cuir chevelu
on entend les frottements saccadés déchirer la longue cicatrice

sur nos visages, des mofettes s'exilent
des fumerolles font des dégâts  irréversibles

c'est ainsi que sur la table giclent nos souvenirs
sur la page, des souvenirs
car il est impossible d'user du nous quand il s'agit de tout reconstruire

les images qui me
qui nous reviennent
sont incomplètes, incomprises

tu me regardes et je m'épelle
je t'observe et te rappelle
au cœur de la phrase

chaque grain rose, sucré dissimule en son sein
un ciel bleu et violet, des nuages orangés
la peau flétrie d'enfance

dans le poème, le passé affabule
tout fleure nos absences
les mots nous recommencent



vendredi 17 avril 2015

(c) Anka Zhuravleva

il faut rester à la surface
ne pas songer à du second degré 
 - l'expression te donne la chair de poule
il faut rester sur la croûte des mots
se contenter de leur lécher la peau
c'est âcre
acide
plus souvent insipide
tu fermes les yeux
avales
regardes l'homme gonflé à bloc
expulser par son orifice ad hoc 
- le bel églefin t'enfume
une sentence, un diktat, une solution
tout semble équivalent
dans ton oreille rouillent les mots qui s'y déroulent
sans espace ni ponctuation
unesentenceundiktatunesolution 
- le déroulé de lettres te ceinture la tête
tu danses, fanfaronnes
ne comprends pas

samedi 11 avril 2015

certains jours, l'acuité est à son maximum
c'est le moment précis où sortir de son trou
où tenter d'un regard de dévorer le monde

le trottoir contient l'humanité
voilà ce que les mères chuchotent aux oreilles des hommes
je le dis moi aussi aux enfants derrière la porte close

ces jours-là, je sors, fourre le tout dans un cabas
la main de la fille, la langue du fils, ballottent au fond du sac
la tête de l'homme sur mon crâne oscille comme une coque

ces jours-là, je parle possédée
à des morceaux de corps accrochés à mon corps
je dis : regardez les chairs s'épeler, nos mâchoires déchaussées grincer

ces jours-là, chaque sortie prend des allures de fête macabre
des femmes et des hommes se mettent tranquillement nus
dans un furieux tintamarre, leurs cœurs s'entrechoquent

mais la nuit tombe
et les ombres de nos corps contre les murs mangent

mercredi 8 avril 2015

(c) Vincent Descotils

mappemonde

les points cardinaux sont la table, le lit, la bouche
le bateau dérive sans fin
fait un cercle
une boucle
entre les angles
le poème répété ad nauseam
cartographie défaite de mes trous de mémoire
où est le nord ?
l'homme allongé répète
d'où vient la droite
qui relie nos corps ?

dimanche 5 avril 2015

vendredi 3 avril 2015

dimanche 29 mars 2015

© Hervé Guibert

humeur à moudre

sometimes i feel sad
j'essaie une autre langue et me dis que peut-être
la tristesse fuira dans le mood incliné
ce friselis liquide à l'envers de la joue
je plisse dans les o
ma bouche et mes paupières
roulent des mécaniques dans les ronds de fumées
j'écoute le m
ma petite giclée contre une minuscule
à la fin de la phrase
se noie
le d
à moudre