vendredi 24 juillet 2015

© Robert Doisneau, Au café « Chez Fraisse », Rue de Seine – Paris 1958



j'aimerais sur la page quelque chose de violent, de fort, de brutal
que la chose qui crame à l'intérieur dessine sur le papier
de longues traînées violettes
que ça gratte les yeux et les doigts de celui qui me feuillette
j'aimerais écrire avec mon ventre
que chacun sente page après page
le glissement glaireux et moite qui soulève l'estomac
que ça laboure en dedans,la bouche ou l'oreille
seulement voilà ce qui brûle à l'intérieur n'est qu'une chosette
un feu de paille que l'écoulement de la vie comme elle va
(métro boulot dodo -les mots ne sont même pas de moi)
éteint dans un bruit pathétique de pet mouillé

mercredi 22 juillet 2015

(c) Sidi-Omar Alami

Dans le train

des arbres
puis d'autres
arbres /
langues vertes
sur la paroi /
vite
/ vitre
le mouvement pendulaire agite mon bassin
c'est le voyage : le ventre nouveau
où couler
sans bouger
les cils cisaillent
d'un coup la nature mobile
est un trait de couleur
vert pomme / vert raisin
vers flamme / vers mâtin
trois papilles pour la route
bouquet de tournesols dans le vase de l’œil
et le beurre dans la bouche est
la lame des rayons
/ sur ciel
partir
refaire à l'envers
la route jusqu'au trou
la pointe de l'aiguille
ôtée de la pupille
dans le train

(c) Antonio Lee

[...]
la chose et son contraire - une sensation vertigineuse te saisit à la cime de ta chaise
le ventre enchâssé dans le corps cadenassé à la table encastrée dans la pièce scellée à l'appartement rivé à cette ville plombée à cette terre sertie dans l'univers
en un millième de seconde - un gouffre démesuré s'ouvre dans l'estomac
quel sens donner à toutes ces agitations familières
de lèvres
de langue
à quoi sert la colère quand elle se heurte au bois poli
des poupées gigogne

mardi 21 juillet 2015

(c) Bill Domonkos

tu sais que c'est la colère
toujours
qui embrase la tête, le cœur, la bouche
avant de finir petit tas de cendres
sur le bord de la table
où il pose sa main
entre les miettes de pain
ta main
et les verres en morceaux
cela n'a rien à voir
avec ce qu'il est vraiment, avec ce que tu es au fond
tu sais et songes en un millième de seconde
à cette chose et son contraire
maintenant que les braises sont éteintes
qu'il ne reste des jets drus et violents
qu'une trace minuscule et violette
sur le bord de ta
sur le bord de sa
tout a jailli
failli
dans le fracas
les mots de haine, les mots d'amour
ah oui l'amour, que ne fait-il pas faire
ne fait-il avaler, recracher, ravaler
et vomir
ah oui l'amour
sous l'avalanche des sucs
la lente indigestion du lourd brouet

samedi 4 juillet 2015

(c) Bill Domonkos

derrière l'œil
il y a un autre œil
un peu ivre, un peu vacillant
un œil lubrique, un œil injecté de sang
un œil qui gratte
qui flatte, qui claque
un œil supersonique,  un œil super bionique
qui te pense cher lecteur
dans ton simple appareil
dans ta nudité folle
dans tes ah, dans tes oh, tes mon dieu que c'est beau
tes regards de côté, ai-je bien fait d'apprécier ?
un œil qui aligne petites sottises et grandes vérités
ou le contraire
sûrement le contraire
car où mène l’œil qui pense
qui parle
avec sa gelée molle - nulle part
un œil nombril autour
duquel tout tourne
qui d'ailleurs tourne en rond
qui s'en fout, qui en joue
qui bande - rien d'inédit
jusqu'à finir aveugle dans le noir de l’écran
(c) Mikael Aldo

        

































"[...] Tu m'avais dit dès le début des mutations sauvages, que nous n'en réchapperions pas. Que tu préférais mourir en hurlant avec des milliers d'autres sur un pauvre radeau, qu'avaler sans rien dire la poussière métallique qui pleuvait matin et soir. Tu me l'avais dit, répété, soir et matin. Tu n'attendrais pas l'obscurcissement de l'horizon. Il n'y avait plus d'espoir, mais tu préférais te le dire en marchant. Et tu avais quitté la cage où nous tournions en rond depuis des mois, des années... des siècles peut-être. Nous courrions comme des chiens derrière leur queue, langue pendante derrière l'appendice zinzolin qui s'agitait frénétiquement sous notre nez. Une idée, des lettres, des mots que nous ne parvenions plus à assembler.

Tous les jours, jusqu'à l'heure précise où le soleil s’abîmait dans le fleuve, je parcourais la ville dans tous les sens, mon regard se heurtant à d'autres fantômes parcourant la ville dans tous les sens. Combien étions-nous encore à croire que quelqu'un viendrait nous sauver ?[...]"

extrait de mon texte publié dans Zinzoline n°9

mercredi 1 juillet 2015

"Z#9 : c'est tout frais
Le neuvième numéro de Zinzoline vient de sortir du four.
Il est tout chaud et croustillant grâce à Éric Babaud, Daniel Barbé, Émilie Baudrais, Alain Bergeon, Edwige Bertaudon, Angelo Bote, Laurence Bucourt, Angèle Casanova, Thomas Chéronnet, Franck David, David de Souza, Marianne Desroziers, David Escarpit, Simone Hick, Véronique Joyaux, Nadu Marsaudon, Murièle Modély, Maria Morisot / Moan Lisa, Christophe Pilard, Henri Plandé, Christophe Sartori , Alice Scaliger, Olivier Seguin, Lucie de Syracuse, Jacques Taris, Marlène Tissot, Olivier Ulivieri, Pierre Verny."
- avec un texte by myself ‪#‎ecrituresouscontrainte‬

lundi 22 juin 2015

(c) Mikael Aldo

les mots sont sur la page ou la peau
tout à fait factuels
sortir de la maison est un fait
s'entasser dans le métro est un fait
regarder avec insistance, éviter les regards tout aussi insistants
sont des faits
ne rien comprendre au bordel de la ville est un fait
y ôter deux lettres, mais ne pas saisir pour autant ce qu'est
la vie est un fait
marcher vite est un fait
penser court est un fait
aligner des phrases sans queue ni tête est un fait
semer la métaphore, cultiver, jouir de la peur
des mots
sont des faits
parler pour ne
rien dire
ne faire
que faire
la langue souvent est aussi sèche que la tête


(c) Tiina Kivinen

jeudi 11 juin 2015

Le bonheur

à la fenêtre
tu
pauses
les yeux noyés
dans le bol de crème
derrière la vitre
la grande bleue
à ton oreille
les abeilles
dans l'un
ou l'autre
de tes ventricules
tu
rêves
un carré de ciel jaune
dans les cheveux

lundi 25 mai 2015

Voilà c'est fait, j'ai acheté l'économe :
Son manche est noir, sa lame est aiguisée, ses promesses infinies
Les soirées à venir seront longues et vibrantes, à éplucher en chœur nos désirs
À mettre à nu sous l'écorce des jours, sous les strates verticales du quotidien
Sous la monotonie grasse sur tes hanches et tes reins, l'aigu des chairs

Crois-moi, cela ne fait pas mal, de raboter un peu le sentiment 
Maintenant, tends les joues, les fesses, allonge tes deux bras
Laisse moi faire, découper en lamelles l'épiderme et le derme

Regarde, ne crie pas, c'est tout joli, ces bouts de toi, de moi
Dans le lit nous appellent, regarde comment j'épelle, pèle
Notre  a m o u r  en miettes


lundi 27 avril 2015

la grenade est le crâne, la mémoire est le fruit
qui doucettement décomposent au fond de l'assiette

qui doucettement  exhalent des sucs âcres
baignent dans cet oubli où des insectes grouillent

on entend les élytres vibrer contre le cuir chevelu
on entend les frottements saccadés déchirer la longue cicatrice

sur nos visages, des mofettes s'exilent
des fumerolles font des dégâts  irréversibles

c'est ainsi que sur la table giclent nos souvenirs
sur la page, des souvenirs
car il est impossible d'user du nous quand il s'agit de tout reconstruire

les images qui me
qui nous reviennent
sont incomplètes, incomprises

tu me regardes et je m'épelle
je t'observe et te rappelle
au cœur de la phrase

chaque grain rose, sucré dissimule en son sein
un ciel bleu et violet, des nuages orangés
la peau flétrie d'enfance

dans le poème, le passé affabule
tout fleure nos absences
les mots nous recommencent