Le réel est une gousse d'ail qui finit
une fois de plus sous le martèlement du pilon
purée blanche suintante, fortement
odorante sous la pulpe du doigt
ainsi va le poème
le broiement du monde
sa matière blanche semblable à la
chair molle
qui pénètre jusque sous la
lunule de l'ongle
et tu répètes pour toi seule
car personne ne doit voir les
mouvements sous ta bouche scellée
« putain, je ne comprends rien »
tu dis « putain » et te
déteste de mettre au féminin
ton abrutissement qui pose ses forces
érectiles
comme deux doigts puissants sur tes
tempes
tout autour de toi devient glaise
sous le claquement incessant de tes
dents
ainsi va le poème
la tentative d'écrasement d'un monde
sous le rouleau compresseur du mot
est-ce que de le balancer cul par dessus
tête
te fera plus aisément pénétrer le trou de la pensée
à quel moment précis le poème cesse
de feindre
simuler
pour te dire








