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| (c) Hélène Lagnieu |
samedi 28 novembre 2015
dimanche 15 novembre 2015
"il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais continuer"
"(…) il faut continuer, je ne peux pas continuer, il faut continuer, je
vais donc continuer, il faut dire des mots, tant qu’il y en a, il faut
les dire, jusqu’à ce qu’ils me trouvent, jusqu’à ce qu’ils me disent,
étrange peine, étrange faute, il faut continuer, c’est peut-être déjà
fait, ils m’ont peut-être déjà dit, ils m’ont peut-être porté jusqu’au
seuil de mon histoire, devant la porte qui s’ouvre sur mon histoire, ça
m’étonnerait, si elle s’ouvre, ça va être moi, ça va être le silence, là
où je suis, je ne sais pas, je ne le saurai jamais, dans le silence on
ne sait pas, il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais
continuer."
L’innommable, Samuel Beckett, 1953
L’innommable, Samuel Beckett, 1953
samedi 14 novembre 2015
lundi 26 octobre 2015
j'ai plongé la main
dans ma bouche
ma gorge
l'ai enfoncée le plus loin possible
étrangement le déboîtement de mon épaule
ne m'a causé aucune douleur
je n'ai entendu aucun craquement non plus
lorsque mon poignet a passé l'obstacle des incisives
j'ai la bouche grande ouverte
indécemment ouverte
à la mesure de tes yeux écarquillés
tu as balbutié quelque chose
lorsque tu as compris ce que je faisais
et maintenant tu pleures
tu répètes en boucle "tu saignes... tu saignes..."
la petite bête aux yeux de faon qui tremble
ne saigne pas
je l'examine sous toutes les coutures
ne décèle aucune coupure
et tu répètes encore
stupidement
"tu saignes... tu saignes..."
je plonge mon regard dans les yeux de ma bête :
elle sort sa langue longue
puis lèche
mes doigts rougis
dans ma bouche
ma gorge
l'ai enfoncée le plus loin possible
étrangement le déboîtement de mon épaule
ne m'a causé aucune douleur
je n'ai entendu aucun craquement non plus
lorsque mon poignet a passé l'obstacle des incisives
j'ai la bouche grande ouverte
indécemment ouverte
à la mesure de tes yeux écarquillés
tu as balbutié quelque chose
lorsque tu as compris ce que je faisais
et maintenant tu pleures
tu répètes en boucle "tu saignes... tu saignes..."
la petite bête aux yeux de faon qui tremble
ne saigne pas
je l'examine sous toutes les coutures
ne décèle aucune coupure
et tu répètes encore
stupidement
"tu saignes... tu saignes..."
je plonge mon regard dans les yeux de ma bête :
elle sort sa langue longue
puis lèche
mes doigts rougis
vendredi 23 octobre 2015
mardi 20 octobre 2015
j'ai une bête à l'intérieur
une bête épaisse qui s'agite
à chaque pas
je sens sous mes tissus
la corne aiguë de sa carapace
inscrire de longues et profondes rainures
sur le fil de mes os
je sens qu'à l'intérieur la moelle coule
que ma bestiole roule
des yeux
et de la langue
je sens
la déglutition
les battements de cils qui excitent la peur
qui coupe les jambes et la bête ronronne
dans des mouvements désordonnés
sur mes tendons affolés
elle aligne
des chiffres
des symboles
des noeuds serrés sur mes cordes vocales
et souvent de douleur, je me mets à jeter
des borborygmes dissonants
que je ne comprends pas
que tu ne comprends pas
ma bête mène une guerre intérieure : je suis sa prisonnière et je suis sa geôlière
à force d'avoir mal, je ne sais plus au fond qui d'elle ou de moi est le vrai contenant
une bête épaisse qui s'agite
à chaque pas
je sens sous mes tissus
la corne aiguë de sa carapace
inscrire de longues et profondes rainures
sur le fil de mes os
je sens qu'à l'intérieur la moelle coule
que ma bestiole roule
des yeux
et de la langue
je sens
la déglutition
les battements de cils qui excitent la peur
qui coupe les jambes et la bête ronronne
dans des mouvements désordonnés
sur mes tendons affolés
elle aligne
des chiffres
des symboles
des noeuds serrés sur mes cordes vocales
et souvent de douleur, je me mets à jeter
des borborygmes dissonants
que je ne comprends pas
que tu ne comprends pas
ma bête mène une guerre intérieure : je suis sa prisonnière et je suis sa geôlière
à force d'avoir mal, je ne sais plus au fond qui d'elle ou de moi est le vrai contenant
samedi 26 septembre 2015
troupeau
il y a cette avalanche de mots friables autour
et dans notre cercle étroit, l'odeur
fraîche, verte, tendre
de nos chairs coupées
nos épaules côte à côte
ceinturant la forêt
et dans notre cercle étroit, l'odeur
fraîche, verte, tendre
de nos chairs coupées
nos épaules côte à côte
ceinturant la forêt
extrait de Feu de tout bois, écrit en cours
lundi 21 septembre 2015
"L'amour, lui aussi, comme le miroir et comme la mort, apaise l'utopie de
votre corps, il la fait taire, il la calme, il l'enferme comme dans une
boîte, il la clôt et il la scelle. C'est pourquoi il est si proche
parent de l'illusion du miroir et de la menace de la mort; et si malgré
ces deux figures périlleuses qui l'entourent, on aime tant faire
l'amour, c'est parce que dans l'amour le corps est ici."
Extrait de "Le corps utopique - Les Hétérotopies", Michel Foucault
dimanche 13 septembre 2015
à la place de la bouche, il y a un trou
à la base du cou, il y a un trou
là en-dessous du ventre, un autre trou
nos corps n'en finissent pas de se dissoudre
et on continue de marcher, avec des trous à la place des jambes
droit devant soi et sans faillir, malgré les trous à la place des yeux
il n'y a pas eu de déflagration, on n'a relevé aucune blessure
tout a explosé en silence,les frappes sont chirurgicales
le sens des mots aussi d'ailleurs
finit par disparaître
dans ce trou noir
qui nous mâche
nous avale
nous recrache
et on répète en boucle "même pas peur", "même pas mal"
hein, que les trous dans le gruyère, c'est ce qu'il y a de meilleur
avec les vers
nos petites moisissures sur la ligne imprécise
du trou
que l'on remâche ressasse
l'estomac débordant de tant d'obscurités
à la base du cou, il y a un trou
là en-dessous du ventre, un autre trou
nos corps n'en finissent pas de se dissoudre
et on continue de marcher, avec des trous à la place des jambes
droit devant soi et sans faillir, malgré les trous à la place des yeux
il n'y a pas eu de déflagration, on n'a relevé aucune blessure
tout a explosé en silence,les frappes sont chirurgicales
le sens des mots aussi d'ailleurs
finit par disparaître
dans ce trou noir
qui nous mâche
nous avale
nous recrache
et on répète en boucle "même pas peur", "même pas mal"
hein, que les trous dans le gruyère, c'est ce qu'il y a de meilleur
avec les vers
nos petites moisissures sur la ligne imprécise
du trou
que l'on remâche ressasse
l'estomac débordant de tant d'obscurités
lundi 24 août 2015
lundi 10 août 2015
"[...] Comme si l’activité de la métaphore et, plus généralement, le domaine du
style, restaient sans véritable promesse pour la refiguration
individuelle et pour la compréhension poétique des formes du soi. Je
voudrais revenir sur ce parallèle et observer les décisions qui s’y
jouent pour mettre en débat la notion d’identité narrative, aujourd’hui
dominante dans nos représentations de la lecture et de la morale, et
pour faire de l’idée d’identité stylistique une autre ressource littéraire de subjectivation.
De ce que l’individu a une histoire, Ricœur conclut avec force qu’il est une histoire. Mais j’aimerais essayer cette idée qu’aussi bien l’individu est un style."
De ce que l’individu a une histoire, Ricœur conclut avec force qu’il est une histoire. Mais j’aimerais essayer cette idée qu’aussi bien l’individu est un style."
Marielle Macé, "Identité narrative ou identité stylistique ?"
Colloque L’héritage littéraire de Paul Ricœur, Université Sorbonne Nouvelle – Paris , 17 juin 2010 au 19 juin 2010
Le réel est une gousse d'ail qui finit
une fois de plus sous le martèlement du pilon
purée blanche suintante, fortement
odorante sous la pulpe du doigt
ainsi va le poème
le broiement du monde
sa matière blanche semblable à la
chair molle
qui pénètre jusque sous la
lunule de l'ongle
et tu répètes pour toi seule
car personne ne doit voir les
mouvements sous ta bouche scellée
« putain, je ne comprends rien »
tu dis « putain » et te
déteste de mettre au féminin
ton abrutissement qui pose ses forces
érectiles
comme deux doigts puissants sur tes
tempes
tout autour de toi devient glaise
sous le claquement incessant de tes
dents
ainsi va le poème
la tentative d'écrasement d'un monde
sous le rouleau compresseur du mot
est-ce que de le balancer cul par dessus
tête
te fera plus aisément pénétrer le trou de la pensée
à quel moment précis le poème cesse
de feindre
simuler
pour te dire
jeudi 6 août 2015
lundi 3 août 2015
"Une leçon" de Stéphane Bernard
"replongé dans cette eau des autres, le corps gît vite parmi les objets
qu’avec lui-même il a rejetés. livres, carnets, chimies jonchent le sol.
plus loin que le reflet dans la porte vitrée des pieds de la petite table
des enfants, ce qui organise la vie dans ce corps, c’est-à-dire je,
observe le reflet des voûtes plantaires inertes, des segments
des mollets qu’un halo grisâtre de poils recouvre. je pense à lui mort,
au cadavre défectueusement pudique dans le salon. au trésor
mais sans rien, et qui, sa serrure forcée, n’offrira que l’immondice
où le sceller. l’ombre sanieuse à frotter. et qui gâchera quelque chose
mais quoi ? je regarde - parmi les livres, les carnets, les chimies –
les reflets de ces jambes, de ces pieds derrière ceux de la petite table
comme des barreaux. je reconnaît la Leçon d’anatomie du docteur Tulp.
je regarde, observe le faux Rembrandt. s’étonne mais sans brusquerie.
les jambes sont bien reproduites. les pieds, à s’y méprendre. ce
en quoi je consiste. aujourd’hui. toujours. copie de bonne facture
d’un détail dans une peinture de maître. reproduction incomplète
d’un mort de l’art. je figure un mort. détruit par décision de justice,
déchiré par la science. comme ce corps d’Aris Kindt, détrousseur,
la jeune quarantaine. et que le pinceau à jamais auxiliaire d’un regard
lui entier dépèce et rapièce dans un geste, une vibration qui parfait
une imitation de ce qui est qui est et de ce qui est de ce qui n’est plus."
Stéphane Bernard
son blog, Une main est aussi un poing
qu’avec lui-même il a rejetés. livres, carnets, chimies jonchent le sol.
plus loin que le reflet dans la porte vitrée des pieds de la petite table
des enfants, ce qui organise la vie dans ce corps, c’est-à-dire je,
observe le reflet des voûtes plantaires inertes, des segments
des mollets qu’un halo grisâtre de poils recouvre. je pense à lui mort,
au cadavre défectueusement pudique dans le salon. au trésor
mais sans rien, et qui, sa serrure forcée, n’offrira que l’immondice
où le sceller. l’ombre sanieuse à frotter. et qui gâchera quelque chose
mais quoi ? je regarde - parmi les livres, les carnets, les chimies –
les reflets de ces jambes, de ces pieds derrière ceux de la petite table
comme des barreaux. je reconnaît la Leçon d’anatomie du docteur Tulp.
je regarde, observe le faux Rembrandt. s’étonne mais sans brusquerie.
les jambes sont bien reproduites. les pieds, à s’y méprendre. ce
en quoi je consiste. aujourd’hui. toujours. copie de bonne facture
d’un détail dans une peinture de maître. reproduction incomplète
d’un mort de l’art. je figure un mort. détruit par décision de justice,
déchiré par la science. comme ce corps d’Aris Kindt, détrousseur,
la jeune quarantaine. et que le pinceau à jamais auxiliaire d’un regard
lui entier dépèce et rapièce dans un geste, une vibration qui parfait
une imitation de ce qui est qui est et de ce qui est de ce qui n’est plus."
Stéphane Bernard
son blog, Une main est aussi un poing
samedi 25 juillet 2015
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