dimanche 14 février 2016

le feu d'artifice le crépitement le bruit assourdissant la boîte noire qui le rire tonitruant la main battoir plaquée contre la hanche l'épais le gras la toile tendue la peau tendue la paume tendue la première fente le coup de hache le mot le seul giclée dans l’œil le poids et le couteau le ventre déchiré une fois deux fois les bombes entre nos bras des enfants sur la nuque les maux le beau mot épelé d.é.s.i.r des jambes écartées l’éruption la salive la chair décomposée sur les draps chiffonnés mon corps ouvert ton corps fermé et le si                                                                                                                                         
                                       l
                                       e
                                       n
                                       c
                                       e
                                
                                       tout en bas


republication

mercredi 10 février 2016


"Voleur de feu est une revue papier à parution trimestrielle qui réunit à chaque fois un écrivain et un plasticien aux sensibilités communes. Le croisement d’expressions artistiques différentes engendre une alchimie qui dépasse la simple addition de deux univers pour engendrer une œuvre plus globale. Voleur de feu entend réunir les composantes nécessaires pour que cette magie opère. La part belle sera faite aux créateurs vivants afin de saluer la création contemporaine toujours très riche et variée tant dans le milieu de l’écrit que dans celui de l’art."  Commander la revue par-là

" [...] Il y aura une alchimie
Des corps épais et des formules 
Magie rubis et cœurs compacts
Si tu sais bien coter mon pacte
Puis feu et extrême hydrorrhée
Si j'attise nos échauffourées
Il y aura des aphorismes 
Ânonnés dans des montgolfières
Quand on mordille une bouche rieuse
On amende un désir d'argile"

Jour Béryl (extrait), Anna de Sandre


lundi 8 février 2016

Isabelle Damotte - Généalogie (extrait)

"Le père travaillait
sur le parking
alignait
poussait les caddys
à l’abandon
c’était avant
le coup des jetons

La mère
avant
gouvernante dans un grand hôtel
avant les enfants le mariage
avant d’avoir ce qu’elle avait voulu
avait croisé Gary Grant
« J’ai perdu la photo. »

La mère
mi-temps à Chambourcy
rapportait le jeudi à midi
les yaourts
périmés
Pour la première fois
neige et fruits mélangés
la tête nous tournait
à force de souffler
dans les moulins à vent

La mère
avec l’argent des caddys
et des rayons
le père devenu chef des rayons
la mère
avait acheté un costume
que ça se voit
et un après-midi
pour nous
des chaussures hush puppies
on partait à l’école
avec des chiens aux pieds
maman très fière de son affaire

Le père
le jour des deux mille francs
a découpé le gigot
pour fêter ça
la grosse Nadia
à l’école
s’enflait comme un boeuf
avec sa phrase majuscule point à la ligne
Mon père gagne 5000 francs par mois.
L’autre gamine
avec le geste
mon manteau
il a couté la peau des fesses

Le père à la fin
faisait les marchés
juste pour la voix haute
le rire pas caché sous la cape
ça valait bien la peine
de charger la voiture

La mère
quitte à manquer de tout
avait manqué de temps
elle avait prévenu
Vous verrez
il sera trop tard
quand vous irez poser des fleurs
sur ma tombe

On n’y va pas souvent
sur la tombe
on regarde les films
de Gary Grant
On pense au père
on vérifie qu’on a bien
dans la poche
son jeton de caddy"


Découvrir Isabelle Damotte, et ses écrits sensibles (poèmes, extraits de roman) sur l'enfance. Son site : http://idamotte.com/

mercredi 3 février 2016

Je rêve

D'un coin tranquille
Où je pourrai poser

Il y a
Un arbre
De l'herbe
Un héliconia
Une maison carrée
Aux fenêtres grillagées
Un paille-en-queue, un bulbul
Du vent à flanc de montagne
Des voitures qui ronronnent
La langue de la mer
Qui lèche
Le sable
Noir


Un coin
Tranquille
Une maison
Un arbre


Je revois
Le tronc
L'homme
Qui tourne
Tout le jour
La main contre
L'écorce


La bouche
Molle
Et le pantalon
Bleu
Tenu par une corde


Le mouvement
De la tête emmaillotée
Les racines ténues

Ma robe citronnée
Les mains brunes
Qui pensent


L'oeil
Qui vagabonde


Le coin tranquille
Dans la cour de l'HP
Après l'école


L'odeur fade des murs
La blouse de ma mère
Le blanc des frangipanes


Dans l'île

mardi 2 février 2016

Parution du recueil numérique : Sur la table


Parution aux éditions Qazaq de Sur la table, illustré par Maxime Dujardin

Pour télécharger le recueil, cliquez sur : http://www.qazaq.fr/pages/sur-la-table/
Pour quelques détails sur l’auteure et l'illustrateur : http://www.qazaq.fr/pages/muriele-modely/
Pour le catalogue de livres par genre : http://www.qazaq.fr/catalogue-par-genre/

samedi 30 janvier 2016

lundi 11 janvier 2016

ai-je le droit de dire que je regrette
que je regrette infiniment
de t'avoir mis au monde
de t'avoir fourré dans la gorge et les yeux
ces cinq lettres
pleines de merde et d'emmerdes
malgré ta peau de sucre qui masque ces odeurs délétères
malgré ta peau de miel que je lèche
de loin en loin - c'est que le temps du cordon prend fin
ai-je droit de te le dire
que je regrette de t'avoir mis au monde pour moi

ne m'en veux pas de te l'écrire
je ne suis pas une bonne mère
cette phrase, toutes les femmes à mains douces ou rugueuses
pensent et la disent
alors qu'il n'y a,  à bien y réfléchir, aucune raison d'user de ce registre
que vient faire la bonté dans cette histoire de douleur sourde
d'arrachement brutal
et salutaire
oui, je ne suis pas une bonne mère
je suis un animal qui mord et lèche

dimanche 10 janvier 2016

(c) Bruno Legeai

Chez les Cosaques des Frontières

Publication ce jour d'un de mes poèmes chez Les Cosaques des frontières
Découvrez également tous les auteurs de cette aventure littéraire collective menée par Jan Doets

Extrait de mon poème :  Parfois, tu portes ta chevelure rousse comme un casque
dans la rue, rien ne te touche
et les dagues coupantes qui fusent de leurs yeux
finissent métal mou dans le feu de ta bouche
plus le temps passe, moins cela marche
ta langue est inaudible, tes lèvres sont muettes [...]


la suite à lire là-bas

samedi 9 janvier 2016

(c) Marcia Aylene Resnick - source Th New York Public Library Digital Collections

chaque nom qu'on efface
qu'on raye
du bout de l'ongle
nous rend dans le même temps
léger
et malheureux
on sent ce mot qui part
qui nous rivait au sol
nous faire tanguer
et ton enfant chuchote
sa main chaude
contre ton pas figé
sur le bord du trottoir
n'aie pas peur, laisse faire
la marche n'est pas haute

mercredi 6 janvier 2016

lundi 28 décembre 2015

Realpoetik !


C'est le nom de la revue de poésie en ligne que Sammy Sapin et Grégoire Damon ont cousu avec leurs petites mains.
Elle paraîtra toutes les trois-quatre semaines jusqu'à épuisement des stocks d'uranium 235.

Au sommaire du n°1 : Murièle Modély, Bernard Deglet, Frédérick Houdaer.
Plus des vrais morceaux de critique, par Émile Puyg et Étienne Mora.
Soyez les premiers à poser vos yeux sur cette alternative au Lagarde & Michard du 23ème siècle.
Pour se cultiver avec Realpoetik : www.realpoetik.fr
Pour aimer Realpoetik : bougez pas vous y êtes.
À la bonne vôtre !




Republication d'une lecture d'un extrait de Je te vois, éd. du Cygne, 2014

jeudi 24 décembre 2015

La poésie se fait dans l'oreille

http://lecerumen.blogspot.fr/search/label/Premi%C3%A8re%20boucle


Écoutez la voix vive de poètes sur Cérumen
Merci à Sammy Sapin (le même du post précédent)
de m'y avoir accueilli avec un extrait de Sur la table, recueil inédit.

Poème de Sammy Sapin

"Cette fille m'a dit

Tu sais les seins ne sont jamais que
deux boules de matière grasse gélatineuse qui
se changent en lait puis se changent en beurre puis se changent
en tumeur
–s’il t’en poussait des mamelles tu t’en 
lasserais très vite.
Mais je maintiens : s’il m’en poussait je
passerais mes jours
mes nuits
à les manipuler
dans l’émerveillement
de la propriété privée
Tu te leurres, Sapin Sammy
me dit cette fille
en recalant sa poitrine admirable
dans son soutien-gorge :
on se lasse de tout, et même des choses 
les plus chaudes 
et douces 
et rondes"

poème de Sammy Sapin - son blog 





 

samedi 19 décembre 2015

(c) Alessandra Sanguinetti

en prenant sa main aujourd'hui
j'ai senti pour la première fois
combien elle était
infiniment là
et déjà ailleurs
dans cet entre-deux
où des forêts broussailleuses poussent
sur des chairs inhabitées
où des poires vierges de morsures
déforment le torse des filles
ai-je vraiment à voir avec cette géographie neuve
me dis-je, ses doigts chauds comme le souvenir
d'un futur
auquel je ne peux et ne dois
elle va parcourir la lande seule
il me faut la laisser s'éloigner
ne garder que sa main comme un gant
où nicher ma paume froide