mardi 12 avril 2016

En el tren (c) Jesus Tejeval

tu me dis
chut
tais-toi
ne parle pas
et depuis le caillou
sur la langue
pèse de tout son poids
on me regarde on me parle on me dit
quelque chose
au fond
de la gorge
ne bouge pas
Silence
est mon nom
est un non
comme un autre

mercredi 6 avril 2016

(c) Meghan Howland

La fanaison a commencé
depuis quelques mois - années ?
tu n'en es plus très sûre
matin midi
et soir
les pétales tombent
gisent
laissent ton cœur à nu
senteurs fugaces et entêtantes
tu répètes
fugace
adieu l'enfance
tant pis pour le bourgeon
car s'en vient la saison
la douce la fraîche la décomposition
la portée où tu te retrouves nue
à danser sur quelques souvenirs
vagues
qui ne blessent plus


/


Chaque pétale porte pourtant un nom
mais tu sais qu'avec ta mémoire
file
disparait
la brassée le bouquet la fleur
la nature choit mollement à tes pieds
adieu la toute puissance
le mot qui crée
tiens dans sa toile
ces corps
le tien les leurs
l'histoire complète et dérisoire de la matière
traces olfactives volatiles
dans l'herbe


/


Et tu déroules
ta série d'images
encore une
nature morte
singerie grimace logorrhée
tu effeuilles
tentes de croire de faire croire
fais semblant
que les mots sont plus forts
que tes morts



samedi 2 avril 2016

(c) Hellen van Meene

Murièle Modély & compagnie

Les figues (extrait)

Dans le jardin, il y a un figuier qui donne beaucoup en été. Tu n'aimes pas les figues, mais comme tu aimes encore moins jeter, tu les manges. Tu dis, en enfournant d'un geste vif la figue dans ta bouche, "Faut pas gâcher". Et tu en mâches une, puis une autre, encore une autre avec un léger haut-le-cœur que tu maîtrises en grimaçant.

Le figuier, tu ne l'as pas choisi. La maison non plus. Cela arrive parfois de se retrouver dans un rêve qui n'est pas le sien. Y est-on mal pour autant ? 

Voilà à quoi tu songes, peut-être, en mordant à pleines dents la chair molle pourpre. Ou peut-être que tu ne penses à rien. Rien d'autre qu'à ta mastication, à ta déglutition. Tu essuies ta bouche d'un revers de la main, une trace sucrée clôture ton sourire. Il n'aime pas ça ; tu manges seule. 


*


Le dernier volume des X & compagnie, série pilotée par Walter Ruhlmann depuis 2012 avec Amber Decker & Friends suivi de 17 autres volumes d'auteurs et artistes anglophones et francophones. Ce mois d'avril 2016 voit paraître : Murièle Modély & compagnie. Édité par Walter Ruhlmann. Co-édité par Murièle Modély. Photographie de couverture de Bruno Legeai. Illustrations Maxime Dujardin. Avec les textes de Anna Jouy, Murièle Camac, Lidia Badal, Marlène Tissot, Al Denton, Jean-Marc-Flahaut, Perrine Le Querrec, Céline Renoux.
© mgv2publishing ; contributeurs, avril 2016
86 pages 7€ plus frais de port
Disponible ici

 
je danse à moitié nue
autour du brasier
les chaînes à mes chevilles
sifflent un air faux
une mélopée stridente
et terrible
je danse
les bras levés
agitant un drapeau
blanc - évidemment
vers le point minuscule
que je vois fondre à l'horizon
je ris et je hulule
est-ce que tu entends ?


/

est-ce que tu entends
la PEUR
l'autre
la grande
à majuscule
celle qui étend son voile
sur les os de nos crânes
la PEUR
qui déploie ses hastes
ses courbes
roule des « r »
caracole
nu
sexe brandi
corne aiguisée
tamponne tanne
la haine à nos pieds


/

et je crois
merveilleuse foi
que ma bouche saura tout maîtriser
planter son fanion rose
humide
tout en haut de la hune
je crois qu'à la ligne et au point
la langue suce dissout
le réel




Extrait de Je te vois, éditions du Cygne, 2014, toujours disponible là,en savoir plus ici

lundi 28 mars 2016


(c) Horacio Guzman

Montagnes russes de Olivier G. Milo

"Électrocardiogramme plat. Plus rien ne bat. Ce soir j'ai dessiné l'horizon sur un fond noir.
Plus rien ne bat, je t'embrasse du bout des lèvres.
Ma main est un peu gauche dans la tienne, un peu juste, et le vendeur de churros ne nous encule pas. J'ai fait une affaire. 12 pour le prix de 10...
Un peu plus haut, la grande roue roule sur un monde qui n'est pas le mien.
Moi je te roule des pelles. Des pelles qui creusent des tombes. Des seaux entiers de bave.
Et je te gagne des nounours, des Homer Simpson en peluche, des cœurs gros comme le poing.
Point.
L'amour est une drôle de façon de mourir.

Fous moi du rouge partout !
J'en sais rien moi... Mords-moi jusqu'au sang !
Dessine des montagnes avant que la peau ne se ride. Des montagnes rouges, des gouffres rouges, barbouille ma gueule de ce qu'il nous reste.
Crache moi dessus et remonte ta jupe en face du parking, gifle-moi parce que je suis saoul, viens avec moi dans les coins sombres !
Je voudrais te baiser entre deux bagnoles.
Sentir le goût de la terre.
J'en veux sur la paume des mains,
Sur le front
Sur les genoux
Je voudrais parler de tout ça à la poussière.

Juste

À la poussière."

samedi 26 mars 2016

"Sur la table" par Christophe Sanchez #slowreading



Christophe Sanchez, infatigable passeur (l'ai déjà dit :), auteur, revuiste et j'en passe... anime une chaîne youtube #slowreading, sur laquelle il nous fait partager ses lectures / découvertes / coups de coeur... J'ai la chance d'entendre par sa voix, des extraits de mon nouveau recueil Sur la table publié en numérique par les éditions QazaQ. Je l'en remercie, c'est un chouette cadeau !

dimanche 20 mars 2016

"Il ne se passe pas grand-chose
des dos, des hanches
des tee-shirts étroits
des nuques
des brins de cheveux
tout ça
avalés d'un trait
les liquides simulant
sur tes lèvres des baisers

c'est l'happy hour
ton regard furète
cherche
jette son crochet
sur des cils battants
ton bock de bière
descend
dessine
un nouveau sourire
un nouveau nouveau moi

plus drôle
plus d'ambre
plus amble
une fille
cheveux frisés
& regard noir
dans le miroir
ton reflet cisaillé

quelque chose se fend
tu coules
ris
sur l'inox renoues
la fois passée
à aujourd'hui


il ne se passe rien
tout peut arriver"


Extrait du recueil poétique numérique, Sur la table, illustrations Maxime Dujardin, éditions Qazaq
Le commander ici

samedi 5 mars 2016

vendredi 4 mars 2016

(c) John Grant

ne crains rien
demain le soleil ne se lèvera pas
la maison sera vide la rue sera nue tu seras seul
aujourd'hui encore quelque part
entre boue et neige des hommes cousent leurs lèvres
pendant que des chiens fous retroussent des babines
courent éperdument derrière leur queue
entends-tu leur rire s'agiter dans les cieux ?
entends-tu ?
les grognements leurs jappements éraillés 
demain c'est le silence
sens-tu monter la vermine sur ta peau
sens-tu ces tremblements
les odeurs animales fébriles
qui te verrouillent
à terre
il n'est plus l'heure de faire semblant
nous sommes dans la meute
charognes charognards de misère et de flammes



lundi 29 février 2016

Revue la Piscine



le grand bain c'est par là : http://revuelapiscine.com/

"Les jours sont courts
j'ai mis dedans
ce que j'ai pu de joie

les jours rallongent ma bouche
les traits de mon visage tombent
mes amis ont marché pendant que je dormais

les jours sont courts
oh mets dedans
ce que tu peux de joie"


Olivier Bourdelier, extrait, Dans la lune (novembre 2010)
- ces mots sont pour F.

mercredi 17 février 2016

mardi 16 février 2016

(c) Mary Ellen Mark (1940-2015), Close Up Mona Smoking, Ward 81, Oregon State Hospital, Salem, Oregon, 1976

peut-être que ma langue pauvre
finira par trouver l'orifice
la grotte où lover sa sécheresse  sur des muqueuses moites
peut-être que le muscle aura à nouveau
des sursauts des rebonds
éclairs de lucidité dans le brasier
des nouvelles et des doutes
que les flammes tout autour ne l'emballeront pas
comme une écorce molle balancée sur le mur
cette cloison friable qui me sépare des autres
peut-être que ma langue trouvera
où plonger pénétrer
la bouche humide
qui ne lui fera rien
et qui lui dira tout