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| (c) Mary Ellen Mark (1940-2015) |
mercredi 13 avril 2016
le temps passe aujourd'hui il n'est plus nécessaire
d'user d'abuser de cris de gifles de mises au coin
tu ne m'appelleras plus
mon petit lapin ma belle ma fille
n'offriras à mes désirs de varappe
aucune voie
possible aucune voix
tu ne m'appelleras
plus
pas
je resterai là
au pied de la montagne
prise de vertiges
à mon tour d'être exclue
du bonheur
inatteignable en haut du pic
je le sais l'ai toujours su
quand le comprendras-tu ?
/
ce n'est pas grave
ce n'est pas triste
ne me regarde pas avec cet air chagrin
combien d'entre nous avant nous
ont connu la morsure
l'arrachement de la langue un matin
le froid sans doute l'hiver
qui s'en souvient ?
déjà le souffle court
le mot qui manque mais quand même
quand même une main
pour guider nos pas dans le petit jour
d'user d'abuser de cris de gifles de mises au coin
tu ne m'appelleras plus
mon petit lapin ma belle ma fille
n'offriras à mes désirs de varappe
aucune voie
possible aucune voix
tu ne m'appelleras
plus
pas
je resterai là
au pied de la montagne
prise de vertiges
à mon tour d'être exclue
du bonheur
inatteignable en haut du pic
je le sais l'ai toujours su
quand le comprendras-tu ?
/
ce n'est pas grave
ce n'est pas triste
ne me regarde pas avec cet air chagrin
combien d'entre nous avant nous
ont connu la morsure
l'arrachement de la langue un matin
le froid sans doute l'hiver
qui s'en souvient ?
déjà le souffle court
le mot qui manque mais quand même
quand même une main
pour guider nos pas dans le petit jour
je lance le caillou
dans le trou
j'attends
longtemps très longtemps
le bruit du ricochet
le tremblement de la flaque au creux du ventre
je sens
profond profondément
les cercles concentriques
les remous me tordre les boyaux
je ne dis rien
ma bouche est un tombeau
silence que tes mots les mots fabriquent
dans le trou
j'attends
longtemps très longtemps
le bruit du ricochet
le tremblement de la flaque au creux du ventre
je sens
profond profondément
les cercles concentriques
les remous me tordre les boyaux
je ne dis rien
ma bouche est un tombeau
silence que tes mots les mots fabriquent
mardi 12 avril 2016
le caillou est un nævus aux côtes incertaines et floues
une île tatouée grossièrement à même la langue
un espace où je n'en finis pas
d'avaler le fracas
les rouleaux
de la mer
le claquement de muscle qui éloigne
toujours plus loin sur la grève
une île tatouée grossièrement à même la langue
un espace où je n'en finis pas
d'avaler le fracas
les rouleaux
de la mer
le claquement de muscle qui éloigne
toujours plus loin sur la grève
mercredi 6 avril 2016
La fanaison a commencé
depuis quelques mois - années ?
tu n'en es plus très sûre
matin midi
et soir
les pétales tombent
gisent
laissent ton cœur à nu
senteurs fugaces et entêtantes
tu répètes
fugace
adieu l'enfance
tant pis pour le bourgeon
car s'en vient la saison
la douce la fraîche la décomposition
la portée où tu te retrouves nue
à danser sur quelques souvenirs
vagues
qui ne blessent plus
/
Chaque pétale porte pourtant un nom
mais tu sais qu'avec ta mémoire
file
disparait
la brassée le bouquet la fleur
la nature choit mollement à tes pieds
adieu la toute puissance
le mot qui crée
tiens dans sa toile
ces corps
le tien les leurs
l'histoire complète et dérisoire de la matière
traces olfactives volatiles
dans l'herbe
/
Et tu déroules
ta série d'images
encore une
nature morte
singerie grimace logorrhée
tu effeuilles
tentes de croire de faire croire
fais semblant
que les mots sont plus forts
que tes morts
depuis quelques mois - années ?
tu n'en es plus très sûre
matin midi
et soir
les pétales tombent
gisent
laissent ton cœur à nu
senteurs fugaces et entêtantes
tu répètes
fugace
adieu l'enfance
tant pis pour le bourgeon
car s'en vient la saison
la douce la fraîche la décomposition
la portée où tu te retrouves nue
à danser sur quelques souvenirs
vagues
qui ne blessent plus
/
Chaque pétale porte pourtant un nom
mais tu sais qu'avec ta mémoire
file
disparait
la brassée le bouquet la fleur
la nature choit mollement à tes pieds
adieu la toute puissance
le mot qui crée
tiens dans sa toile
ces corps
le tien les leurs
l'histoire complète et dérisoire de la matière
traces olfactives volatiles
dans l'herbe
/
Et tu déroules
ta série d'images
encore une
nature morte
singerie grimace logorrhée
tu effeuilles
tentes de croire de faire croire
fais semblant
que les mots sont plus forts
que tes morts
samedi 2 avril 2016
Murièle Modély & compagnie
Les figues (extrait)
Dans le jardin, il y a un figuier qui donne beaucoup en été. Tu n'aimes pas les figues, mais comme tu aimes encore moins jeter, tu les manges. Tu dis, en enfournant d'un geste vif la figue dans ta bouche, "Faut pas gâcher". Et tu en mâches une, puis une autre, encore une autre avec un léger haut-le-cœur que tu maîtrises en grimaçant.
Le figuier, tu ne l'as pas choisi. La maison non plus. Cela arrive parfois de se retrouver dans un rêve qui n'est pas le sien. Y est-on mal pour autant ?
Voilà à quoi tu songes, peut-être, en mordant à pleines dents la chair molle pourpre. Ou peut-être que tu ne penses à rien. Rien d'autre qu'à ta mastication, à ta déglutition. Tu essuies ta bouche d'un revers de la main, une trace sucrée clôture ton sourire. Il n'aime pas ça ; tu manges seule.
*
Le dernier volume des X & compagnie, série pilotée par Walter Ruhlmann depuis 2012 avec Amber Decker & Friends suivi de 17 autres volumes d'auteurs et artistes anglophones et francophones. Ce mois d'avril 2016 voit paraître : Murièle Modély & compagnie. Édité par Walter Ruhlmann. Co-édité par Murièle Modély. Photographie de couverture de Bruno Legeai. Illustrations Maxime Dujardin. Avec les textes de Anna Jouy, Murièle Camac, Lidia Badal, Marlène Tissot, Al Denton, Jean-Marc-Flahaut, Perrine Le Querrec, Céline Renoux.
© mgv2publishing ; contributeurs, avril 2016
86 pages 7€ plus frais de port
Disponible ici
Dans le jardin, il y a un figuier qui donne beaucoup en été. Tu n'aimes pas les figues, mais comme tu aimes encore moins jeter, tu les manges. Tu dis, en enfournant d'un geste vif la figue dans ta bouche, "Faut pas gâcher". Et tu en mâches une, puis une autre, encore une autre avec un léger haut-le-cœur que tu maîtrises en grimaçant.
Le figuier, tu ne l'as pas choisi. La maison non plus. Cela arrive parfois de se retrouver dans un rêve qui n'est pas le sien. Y est-on mal pour autant ?
Voilà à quoi tu songes, peut-être, en mordant à pleines dents la chair molle pourpre. Ou peut-être que tu ne penses à rien. Rien d'autre qu'à ta mastication, à ta déglutition. Tu essuies ta bouche d'un revers de la main, une trace sucrée clôture ton sourire. Il n'aime pas ça ; tu manges seule.
*
Le dernier volume des X & compagnie, série pilotée par Walter Ruhlmann depuis 2012 avec Amber Decker & Friends suivi de 17 autres volumes d'auteurs et artistes anglophones et francophones. Ce mois d'avril 2016 voit paraître : Murièle Modély & compagnie. Édité par Walter Ruhlmann. Co-édité par Murièle Modély. Photographie de couverture de Bruno Legeai. Illustrations Maxime Dujardin. Avec les textes de Anna Jouy, Murièle Camac, Lidia Badal, Marlène Tissot, Al Denton, Jean-Marc-Flahaut, Perrine Le Querrec, Céline Renoux.
© mgv2publishing ; contributeurs, avril 2016
86 pages 7€ plus frais de port
Disponible ici
je danse à moitié nue
autour du brasier
les chaînes à mes chevilles
sifflent un air faux
une mélopée stridente
et terrible
je danse
les bras levés
agitant un drapeau
blanc - évidemment
vers le point minuscule
que je vois fondre à l'horizon
je ris et je hulule
est-ce que tu entends ?
/
est-ce que tu entends
la PEUR
l'autre
la grande
à majuscule
celle qui étend son voile
sur les os de nos crânes
la PEUR
qui déploie ses hastes
ses courbes
roule des « r »
caracole
nu
sexe brandi
corne aiguisée
tamponne tanne
la haine à nos pieds
/
et je crois
merveilleuse foi
que ma bouche saura tout maîtriser
planter son fanion rose
humide
tout en haut de la hune
je crois qu'à la ligne et au point
la langue suce dissout
le réel
autour du brasier
les chaînes à mes chevilles
sifflent un air faux
une mélopée stridente
et terrible
je danse
les bras levés
agitant un drapeau
blanc - évidemment
vers le point minuscule
que je vois fondre à l'horizon
je ris et je hulule
est-ce que tu entends ?
/
est-ce que tu entends
la PEUR
l'autre
la grande
à majuscule
celle qui étend son voile
sur les os de nos crânes
la PEUR
qui déploie ses hastes
ses courbes
roule des « r »
caracole
nu
sexe brandi
corne aiguisée
tamponne tanne
la haine à nos pieds
/
et je crois
merveilleuse foi
que ma bouche saura tout maîtriser
planter son fanion rose
humide
tout en haut de la hune
je crois qu'à la ligne et au point
la langue suce dissout
le réel
lundi 28 mars 2016
Montagnes russes de Olivier G. Milo
"Électrocardiogramme plat. Plus rien ne bat. Ce soir j'ai dessiné l'horizon sur un fond noir.
Plus rien ne bat, je t'embrasse du bout des lèvres.
Ma main est un peu gauche dans la tienne, un peu juste, et le vendeur de churros ne nous encule pas. J'ai fait une affaire. 12 pour le prix de 10...
Un peu plus haut, la grande roue roule sur un monde qui n'est pas le mien.
Moi je te roule des pelles. Des pelles qui creusent des tombes. Des seaux entiers de bave.
Et je te gagne des nounours, des Homer Simpson en peluche, des cœurs gros comme le poing.
Point.
L'amour est une drôle de façon de mourir.
Fous moi du rouge partout !
J'en sais rien moi... Mords-moi jusqu'au sang !
Dessine des montagnes avant que la peau ne se ride. Des montagnes rouges, des gouffres rouges, barbouille ma gueule de ce qu'il nous reste.
Crache moi dessus et remonte ta jupe en face du parking, gifle-moi parce que je suis saoul, viens avec moi dans les coins sombres !
Je voudrais te baiser entre deux bagnoles.
Sentir le goût de la terre.
J'en veux sur la paume des mains,
Sur le front
Sur les genoux
Je voudrais parler de tout ça à la poussière.
Juste
À la poussière."
Plus rien ne bat, je t'embrasse du bout des lèvres.
Ma main est un peu gauche dans la tienne, un peu juste, et le vendeur de churros ne nous encule pas. J'ai fait une affaire. 12 pour le prix de 10...
Un peu plus haut, la grande roue roule sur un monde qui n'est pas le mien.
Moi je te roule des pelles. Des pelles qui creusent des tombes. Des seaux entiers de bave.
Et je te gagne des nounours, des Homer Simpson en peluche, des cœurs gros comme le poing.
Point.
L'amour est une drôle de façon de mourir.
Fous moi du rouge partout !
J'en sais rien moi... Mords-moi jusqu'au sang !
Dessine des montagnes avant que la peau ne se ride. Des montagnes rouges, des gouffres rouges, barbouille ma gueule de ce qu'il nous reste.
Crache moi dessus et remonte ta jupe en face du parking, gifle-moi parce que je suis saoul, viens avec moi dans les coins sombres !
Je voudrais te baiser entre deux bagnoles.
Sentir le goût de la terre.
J'en veux sur la paume des mains,
Sur le front
Sur les genoux
Je voudrais parler de tout ça à la poussière.
Juste
À la poussière."
samedi 26 mars 2016
"Sur la table" par Christophe Sanchez #slowreading
Christophe Sanchez, infatigable passeur (l'ai déjà dit :), auteur, revuiste et j'en passe... anime une chaîne youtube #slowreading, sur laquelle il nous fait partager ses lectures / découvertes / coups de coeur... J'ai la chance d'entendre par sa voix, des extraits de mon nouveau recueil Sur la table publié en numérique par les éditions QazaQ. Je l'en remercie, c'est un chouette cadeau !
dimanche 20 mars 2016
"Il ne se passe pas grand-chose
des dos, des hanches
des tee-shirts étroits
des nuques
des brins de cheveux
tout ça
avalés d'un trait
les liquides simulant
sur tes lèvres des baisers
c'est l'happy hour
ton regard furète
cherche
jette son crochet
sur des cils battants
ton bock de bière
descend
dessine
un nouveau sourire
un nouveau nouveau moi
plus drôle
plus d'ambre
plus amble
une fille
cheveux frisés
& regard noir
dans le miroir
ton reflet cisaillé
quelque chose se fend
tu coules
ris
sur l'inox renoues
la fois passée
à aujourd'hui
il ne se passe rien
tout peut arriver"
Extrait du recueil poétique numérique, Sur la table, illustrations Maxime Dujardin, éditions Qazaq
Le commander ici
des dos, des hanches
des tee-shirts étroits
des nuques
des brins de cheveux
tout ça
avalés d'un trait
les liquides simulant
sur tes lèvres des baisers
c'est l'happy hour
ton regard furète
cherche
jette son crochet
sur des cils battants
ton bock de bière
descend
dessine
un nouveau sourire
un nouveau nouveau moi
plus drôle
plus d'ambre
plus amble
une fille
cheveux frisés
& regard noir
dans le miroir
ton reflet cisaillé
quelque chose se fend
tu coules
ris
sur l'inox renoues
la fois passée
à aujourd'hui
il ne se passe rien
tout peut arriver"
Extrait du recueil poétique numérique, Sur la table, illustrations Maxime Dujardin, éditions Qazaq
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samedi 5 mars 2016
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