![]() |
| Listen to me (1979) (c) Helena Almeida |
mercredi 3 août 2016
"il faut continuer, je ne peux pas continuer, il faut continuer, je
vais donc continuer, il faut dire des mots, tant qu’il y en a, il faut
les dire, jusqu’à ce qu’ils me trouvent, jusqu’à ce qu’ils me disent,
étrange peine, étrange faute, il faut continuer, c’est peut-être déjà
fait, ils m’ont peut-être déjà dit, ils m’ont peut-être porté jusqu’au
seuil de mon histoire, devant la porte qui s’ouvre sur mon histoire, ça
m’étonnerait, si elle s’ouvre, ça va être moi, ça va être le silence, là
où je suis, je ne sais pas, je ne le saurai jamais, dans le silence on
ne sait pas, il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais
continuer."
Samuel Beckett, L’innommable, Les éditions de Minuit, 1953
mercredi 27 juillet 2016
dimanche 17 juillet 2016
Feu de tout bois (extrait)
"caresse
la dernière fois que les enfants ont vu grand-père
il ressemblait à un vieil arbre
allongé dans le lit
c'était une vision étrange
on devinait sous le drap les torsions de ses branches
son odeur de terre humide et le bruit des oiseaux
ça faisait de tout petits piou piou quand il ouvrait la bouche
les enfants intrigués par les battements d'ailes
collaient leur corps de lait contre mon corps de mots
nous savions tous les trois qu'il nous faudrait bientôt traverser la forêt
et ils n'avaient pas peur
et ils ne tremblaient pas
ils attendaient seulement le bon moment
pour poser leurs lèvres sur l'écorce"
la dernière fois que les enfants ont vu grand-père
il ressemblait à un vieil arbre
allongé dans le lit
c'était une vision étrange
on devinait sous le drap les torsions de ses branches
son odeur de terre humide et le bruit des oiseaux
ça faisait de tout petits piou piou quand il ouvrait la bouche
les enfants intrigués par les battements d'ailes
collaient leur corps de lait contre mon corps de mots
nous savions tous les trois qu'il nous faudrait bientôt traverser la forêt
et ils n'avaient pas peur
et ils ne tremblaient pas
ils attendaient seulement le bon moment
pour poser leurs lèvres sur l'écorce"
10 € port offert, à commander à : Association Nouveaux délits / Létou / 46330 St Cirq-Lapopie.
La revue Nouveaux Délits lance "Délits buissonniers", une collection de tirés à part pour des auteurs choisis ayant déjà été publiés dans la revue. Parution dans ce cadre de mon nouveau recueil Feu de tout bois avec des illustrations originales en n&b de Sophie Vissière.
mardi 28 juin 2016
J'aurais voulu de l'herbe rase ; toi, tu
as insisté pour que nous semions de la prairie folle
dans notre jardin minuscule de
trente mètres carré
souvent tu me demandes pourquoi je
m'attarde sur des détails
pourquoi je ne lève pas davantage le
regard
quelle peur me verrouille et m'empêche
de saisir
à bras le corps
le monde infini
c'est que le monde, amour, est un jardin de
trente mètres carré
nous y tournons à petits pas,
cultivant l'illusion de vivre dans la forêt
trente mètres carré c'est peu, mais
cela doit suffire
il y a ta peau, tes yeux par là, inondés de ciel bleu
que tu poses pour moi
rien que pour moi
entre les orties et nos frêles
hortensias
lundi 27 juin 2016
dimanche 26 juin 2016
Dehors : recueil sans abri - extraits
Os de Clara Regy
sur son bras un tatouage
dégoulinant
un prénom raté
"comme une vie"
qu'il me dit
j'ai faim aussi
il bouche sa bouche
de vin mauvais
me caresse de la botte
mais je sais
nous puons tous les deux
pas de gêne
entre nous
sous sa couenne
sous ma peau
on sait comment c'était
j'aboie pour le défendre
et il gueule plus fort
qui du chien
qui du mec rêve d'os
les passants
nous regardent
pareil(s)
ils disent
"pauvre chien"
ne sais plus
l'adjectif
pour qui
les grammaires
et les conjugaisons
ont avalé nos mots
qui ne remontent plus
j'aboie pour le défendre
et il gueule plus fort
qui du chien
qui du mec
qui de l'os
rêve
encore
***
Marcher si marcher de Rodrigue Lavallé
marcher si marcher
dehors puisqu'il semble
sous le vieux jean sur la peau
sous le vieux pull sous la peau
dans à travers l'espace
entre jean & pull & la peau
ce qu'il en reste même
de croûtes & de laine serrées
laine & peau macérée
le vent passe entre
le vent passe entre pull & la peau
ce qu'il en reste
& marcher
[...]
***
Papaclodo, encore de Roland Nadaus
[...]
Un soir
(qui était déjà matin)
rentrant d'une réunion militante
je te découvris ronflant
sur le palier de notre F2 sans eau chaude mais
derrière la porte palière
dormaient ma femme et notre
nouvelle née toi
tu ronflais
Tu avais bu plus qu'elles
et pas du lait
mais tu nous revenais
- j't'ai embrassé Tu as roté -
Et moi qui n'étais pas
ton fils génétique mais celui
auquel tu avais donné un nom
(mais cela je ne l'ai su que
disons très très tard)
et toi qui n'étais pas mon père
géniteur génitif
toi et moi
nous avons passé une nuit
épuisante d'amour à force de parler de se parler
de parler
- Au matin mais au matin seulement
nous nous sommes embrassés -
[...]
sur son bras un tatouage
dégoulinant
un prénom raté
"comme une vie"
qu'il me dit
j'ai faim aussi
il bouche sa bouche
de vin mauvais
me caresse de la botte
mais je sais
nous puons tous les deux
pas de gêne
entre nous
sous sa couenne
sous ma peau
on sait comment c'était
j'aboie pour le défendre
et il gueule plus fort
qui du chien
qui du mec rêve d'os
les passants
nous regardent
pareil(s)
ils disent
"pauvre chien"
ne sais plus
l'adjectif
pour qui
les grammaires
et les conjugaisons
ont avalé nos mots
qui ne remontent plus
j'aboie pour le défendre
et il gueule plus fort
qui du chien
qui du mec
qui de l'os
rêve
encore
***
Marcher si marcher de Rodrigue Lavallé
marcher si marcher
dehors puisqu'il semble
sous le vieux jean sur la peau
sous le vieux pull sous la peau
dans à travers l'espace
entre jean & pull & la peau
ce qu'il en reste même
de croûtes & de laine serrées
laine & peau macérée
le vent passe entre
le vent passe entre pull & la peau
ce qu'il en reste
& marcher
[...]
***
Papaclodo, encore de Roland Nadaus
[...]
Un soir
(qui était déjà matin)
rentrant d'une réunion militante
je te découvris ronflant
sur le palier de notre F2 sans eau chaude mais
derrière la porte palière
dormaient ma femme et notre
nouvelle née toi
tu ronflais
Tu avais bu plus qu'elles
et pas du lait
mais tu nous revenais
- j't'ai embrassé Tu as roté -
Et moi qui n'étais pas
ton fils génétique mais celui
auquel tu avais donné un nom
(mais cela je ne l'ai su que
disons très très tard)
et toi qui n'étais pas mon père
géniteur génitif
toi et moi
nous avons passé une nuit
épuisante d'amour à force de parler de se parler
de parler
- Au matin mais au matin seulement
nous nous sommes embrassés -
[...]
Dehors : recueil sans abri, collectif, Éditions Janus, 2016
Les bénéfices sont reversés à ActionFroid
jeudi 23 juin 2016
Sur la table, éditions QazaQ
Mon recueil Sur la table est toujours disponible aux éditions QazaQ (en format epub ou pdf)
Des extraits à écouter ci-dessous
par Christophe Sanchez
par Luc Comeau Montasse
par moi-même
Des extraits à écouter ci-dessous
par Christophe Sanchez
par Luc Comeau Montasse
par moi-même
vendredi 17 juin 2016
Feu de tout bois - on en parle
La revue Nouveaux Délits lance "Délits buissonniers", une collection de tirés à part pour des auteurs choisis ayant déjà été publiés dans la revue. Parution dans ce cadre de Feu de tout bois avec des illustrations originales en n&b de Sophie Vissière
Sanda Voïca en parle dans la revue Paysages écrits, n°28 - extrait :
Cathy Garcia en dit ceci :
"Ici Murièle Modély nous fait partager une forme de stupéfaction, nous fait voir à travers son regard un peu décalé..., aiguisé, perçant, son humour un peu noir et ici avec un amour fou, ses enfants qu'elle observe aller et venir, vivre, rire, questionner et l'engloutir. Poésie intimiste, poésie du quotidien qui prend chez Murièle quelque chose de quasi fantastique, organique, un peu terrifiant et on s'en régale, ça gicle, ça remue, du vivant sans retenue qui fait, oui, feu de tout bois."
Un extrait
Autres extraits sur Chemins battus de Morgan Riet
& sur Les portes de la perception de Murièle Camac
10 € port offert, à commander à : Association Nouveaux délits / Létou / 46330 St Cirq-Lapopie
Sanda Voïca en parle dans la revue Paysages écrits, n°28 - extrait :
"Dans ce recueil, Murièle Modély
fait, encore une fois, en paraphrasant le titre, poème de tout bois. Chaque
instant vécu devient poésie. Et quelle poésie : visions et épiphanies, sans
cesse. Visions : « certains jours/la langue quitte la bouche/et se
balade limace au-dessus de nos têtes » (cuisine). Vision apocalyptique dans voie basse. On pourrait même parler d’un livre des visions. Mais il
y a des épiphanies aussi, et elles coïncident souvent avec les visions : le
poème sommeil à citer en entier. Le
quotidien, le passé (l’enfance) et le futur passés à la moulinette et
réassemblés, avec quelques ingrédients : humour, voire dérision, lucidité,
intelligence, maîtrise de la langue et dépassement du langage :
«aujourd’hui, c’est la fête du couteau/c’est marqué en rouge à côté de la
date/il y a la fête des mères, des pères/celle de la jupe, du voile/il y a
aussi un jour/de l’amour/des morts/sans portable/sans voiture/sans
électricité/la journée du lard ou du cochon/des seins/du saint des saints/des
revendications, des recommandations/ de l’économie triomphante/du brame/des
drames/des femmes/des hommes/(non, pas des hommes – question d’excroissance,/la
case est trop petite)/vivre au fond/ n’est pas bien compliqué/il suffit de s’en
tenir au mot du jour/composer décomposer, recomposer/une croix après
l’autre/l’empilement des faits » (éphéméride) [...]"
Cathy Garcia en dit ceci :
"Ici Murièle Modély nous fait partager une forme de stupéfaction, nous fait voir à travers son regard un peu décalé..., aiguisé, perçant, son humour un peu noir et ici avec un amour fou, ses enfants qu'elle observe aller et venir, vivre, rire, questionner et l'engloutir. Poésie intimiste, poésie du quotidien qui prend chez Murièle quelque chose de quasi fantastique, organique, un peu terrifiant et on s'en régale, ça gicle, ça remue, du vivant sans retenue qui fait, oui, feu de tout bois."
Un extrait
"ils lancent leurs yeux sur moi
comme une lame
je sens leur rayon laser
leur récit fulgurant
jaillir
sous le derme
je sens remonter les picotements
l'emballement lyrique qui peine
à restituer d'un poème
le scintillement des étoiles
du trou noir de leur cornée"
Autres extraits sur Chemins battus de Morgan Riet
& sur Les portes de la perception de Murièle Camac
10 € port offert, à commander à : Association Nouveaux délits / Létou / 46330 St Cirq-Lapopie
lundi 13 juin 2016
samedi 11 juin 2016
"Exister" de Grégoire Damon
"exister c'est vulgaire
s'exprimer c'est la dernière des beauferies
tu commences comme ça et puis tu lis les conseils sexo de Figaro Madame
et puis un jour tu te fais couper les cheveux sur un coup de tête
et ton chef de service se met à pleurer
si encore j'avais l'excuse de sortir d'un génocide
ou d'avoir un coquard sur l'œil
ou d'être très riche
ou très pauvre
(ô ma fille si tu veux percer en littérature
sois bonne et parle de la Shoah)
mais non
je suis là et c'était déjà comme ça quand je suis arrivé
peux pas dire que j'ai choisi non plus
mais quand on se lève chaque matin à six heures pour faire
quelque chose qui numériquement existe moins que
par exemple un premier ministre qui parle catalan
franchement
il faut avoir la foi"
s'exprimer c'est la dernière des beauferies
tu commences comme ça et puis tu lis les conseils sexo de Figaro Madame
et puis un jour tu te fais couper les cheveux sur un coup de tête
et ton chef de service se met à pleurer
si encore j'avais l'excuse de sortir d'un génocide
ou d'avoir un coquard sur l'œil
ou d'être très riche
ou très pauvre
(ô ma fille si tu veux percer en littérature
sois bonne et parle de la Shoah)
mais non
je suis là et c'était déjà comme ça quand je suis arrivé
peux pas dire que j'ai choisi non plus
mais quand on se lève chaque matin à six heures pour faire
quelque chose qui numériquement existe moins que
par exemple un premier ministre qui parle catalan
franchement
il faut avoir la foi"
Poème de Grégoire Damon extrait de son blog Peau de gueule
mercredi 8 juin 2016
lundi 6 juin 2016
Mézin fête les écrivains - dimanche 12 juin 2016
Le 12 juin, lors du festival Mézin Fête les Ecrivains, l'occasion a été offerte de rencontrer et écouter les auteurs suivants :
Anna de Sandre, Derek Münn, Nicolas Le Golvan, Laure Mézarigue, Suzanne Max, Astrid Waliszek et
Dany Moreuil... J'ai pour ma part lu un texte au sommaire du premier numéro de la revue
Incandescentes : "Visiter le paradis au moins une fois avant de crever"
de Marlène Tissot. Ça s'est passé aux Jardins Paysagers de Mézin (47) - crédits photo : Murièle Modély / Xavier de Bordeaux






dimanche 5 juin 2016
Zombie - extrait de Feu de tout bois
Zombie extrait de "Feu de tout bois" de Murièle Modély, illustrations de Sophie Vissière, collection Délits buissonniers n°1, juillet 2016. Autre extrait lu par là . Commander le recueil à Association Nouveaux délits / Létou / 46330 St Cirq-Lapopie
samedi 28 mai 2016
"Nomme si tu peux ton ombre, ta peur
et mesure-lui le tour de la tête,
le tour du monde et si tu peux,
prononce-le, le mot des catastrophes,
et si tu oses rompre ce silence
tissé de rires muets - si tu oses
sans complices casser la boule,
déchirer la trame,
tout seul, tout seul, et plante là tes yeux
et viens aveugle vers la nuit,
viens vers ta mort qui ne te voit pas,
seul si tu oses rompre la nuit
pavée de prunelles mortes,
sans complices si tu oses
seul venir nu vers la mère des morts -
dans le cœur de son cœur ta prunelle repose -
écoute-la t'appeler : mon enfant
écoute-la t'appeler par ton nom"
et mesure-lui le tour de la tête,
le tour du monde et si tu peux,
prononce-le, le mot des catastrophes,
et si tu oses rompre ce silence
tissé de rires muets - si tu oses
sans complices casser la boule,
déchirer la trame,
tout seul, tout seul, et plante là tes yeux
et viens aveugle vers la nuit,
viens vers ta mort qui ne te voit pas,
seul si tu oses rompre la nuit
pavée de prunelles mortes,
sans complices si tu oses
seul venir nu vers la mère des morts -
dans le cœur de son cœur ta prunelle repose -
écoute-la t'appeler : mon enfant
écoute-la t'appeler par ton nom"
Il suffit d'un mot p. 61, Le Contre-Ciel, René Daumal, Poésie/Gallimard, 2013
mercredi 25 mai 2016
mercredi 18 mai 2016
Nouvelle revue littéraire : Incandescentes
Le premier numéro de la Revue Incandescentes, est paru en mai 2016. Editée par Double Vue Editeur, avec comme directrice de publication Marianne Desroziers, cette revue met à l'honneur une artiste, Sophie Brassart, et vous propose les textes de Sébastien Chagny, Anna de Sandre Christophe Esnault, Francine Charron (IL. Aymé(e) Pawlowski), Gabrielle Jarzynski, Sophie Jaussi, Anna Jouy, Nicolas Le Golvan, Claire Musiol, Marlene Tissot Cécile Vibarel Haddou et Astrid Waliszek
Prix : 5 euros (plus 2 euros de frais de port)
Bon de commande sur le site https://
Un extrait pour la route :
"Cet enfant va naître. Je n'y peux plus rien. Poussée dans les limites de mon humanité. De ma pensée. Réduite à l'instinct.
La responsabilité me pèse surtout, le ventre aussi, mais moins, un ventre qui grossit pourtant, qui étouffe mes organes, mon ventre qui se vomit, un ventre ballon, un ventre œuf, un ventre qui me devient poule mais qui garde un poids humain, un poids physique, un poids que mon dos, mes hanches, mes genoux peuvent porter tout de même, pas comme celui de la responsabilité, responsabilité de l'autre, d'un autre, pas n'importe quel autre, je le sais".
Extrait de "Laissez-nous douter en paix!" de Claire Musiol, publié dans Incandescentes numéro 1.
samedi 14 mai 2016
Inscription à :
Articles (Atom)


















