dimanche 27 novembre 2016

j'écris avec la bouche, avec les yeux
avec les mains, macache
je ne fais rien
la droite, la gauche
ne servent à rien
j'écris un peu
je n'écris rien
sifflote, cocotte, un air du temps

pendant qu'autour de moi
des gens avancent
des politiques tracent
des poètes percent
des familles pleurent
je fais
je refais
du surplace
j'écris
un peu de poésie
chosettes en ligne
en vertical
j'y mets des hommes
j'y mets des femmes
des maux de couples
j'écris
gratte au milieu
des caroncules
et sur l'écran
du sang
des larmes
la morve un peu
j'écris
sur la pupille
insiste
je ne vois rien
l’œil bande
mou
j'écris

dimanche 13 novembre 2016

(c) source

écoute
fourre-toi ça dans l'oreille
la gauche, la droite, tu peux
me déshabiller, me rhabiller
montrer mes seins, mon cul
ma rate
poser un voile
pudique sur ma chair hachurée
vas-y, tu peux
décider, disposer, de mon corps, de ma tête
de ma bouche, de mes lettres
dis-le, écris-le, mon cerveau est à toi
tu le penses et le crois
tu sais mieux, tu sais plus
dans ton costume trois pièces
dans ton carnet de chèques
dans ton très grand bureau
et ta langue est habile
pour te mouiller le doigt
pour compter, recompter
les pages du livre, le fric
écoute-moi
fourre-toi ça dans les yeux
ma peau
ma lymphe
ma matière molle
tu sais, cette chair élastique
tu pourras la couper en tout petits morceaux
me pendre au bout d'une branche
exposer en sucette
publicitaire
ma raie et mes tétons
vas-y mon gars
vas-y, fais toi plaisir
passe le moindre de mes centimètres
à la moulinette
tu n'as rien d'autre à faire, tu auras beau y faire
je reste encore
encore
moi
syllabe unique
impossible
moi
arête tranchante
en travers de ta gorge

mercredi 9 novembre 2016

«Peut-être que la poésie est capable d’activer dans la langue ce que la vie aurait manqué dans le monde» 

Stéphane Bouquet, Le grand entretien, Diacritik, 8/11/16
[Aujourd'hui 9 novembre 2016, cette phrase résonne particulièrement]

dimanche 30 octobre 2016

Chapitres de la chute = saga des Lehman brothers de Stefano Massini

« Nous sommes comme une automobile
qui n’a pas de frein
-et vous le savez-
mais tout en le sachant, monsieur mon père,
vous poussez son moteur pour qu’elle monte plus haut
toujours plus haut
tout en haut de la montagne
seulement parce que le moteur est puissant
seulement parce que le moteur est un bolide
et qu’il résiste - et comment ! -
Il résiste parfaitement à l’effort…
Mais je vous demande :
Une fois arrivé là-haut
comment ferez-vous pour redescendre sans les freins ? »

Chapitres de la chute : saga des Lehman Brothers
 de Stefano Massini, L'Arche, 2013


***


Vu au TPN (Toulouse) la présentation du travail du groupe Théâtre -Création, mise en scène librement inspiré des Chapitres de la chute – Saga Lehman Brothers de Stefano Massino, de façon magistrale par Olivier Jeannelle - Quelques photos


Réecouter sur France Culture la pièce en 10 épisodes
l'épisode 1 pour la route ci-dessous

dimanche 18 septembre 2016

lundi 12 septembre 2016

Publication sur Les Cosaques des frontières


Un extrait

"le séisme ne fend pas la terre en deux
c’est ton corps
ton corps seul qui propage les déflagrations
tes angoisses coulent des fentes
quand tes mains peinent à suivre les fourmis
où poser ton regard aujourd’hui
si ce n’est dans le creux de l’arbre
le vide n’est pas rien
apaise


ta bouche
figée depuis la foudre dans un grand O
voilà une lettre qui promettait bien des choses
le plaisir clôturant la peau
dans le cerclage, la ligature des mots
quand tu te regardes dans le miroir
tu vois en ton reflet cette blessure nette
qui pose son ombre sur la page [...]"





samedi 10 septembre 2016

eh chien, écoute-moi
arrête de faire semblant
ouvre la gueule
crache un "e"
mets donc au féminin
l'ouragan et le feu
arrache-leur la boucle
impose-leur la fente
écris ta propre histoire
unique et violente
fais de la béance
le trou noir ta loi

(c) Sylvia Grav

le chien portait autour du cou des marques profondes d'attachement
le maitre portait sur les joues les traces violettes des morsures
et tous deux roulaient dans la terre rouge chaude
c'était à qui serait plus esclave que l'esclave
qui avalerait d'un coup
le vivant et la mort
qui deviendrait l'animal de l'autre
recommencerait dans des aboiements sourds
l'histoire circulaire
continue
qui les faisait glapir, gémir
qui les intimait dans la répétition
de jouir encore
et encore
des odeurs de charogne


(c) Sarolta Bán

vendredi 9 septembre 2016

me revient en mémoire
ce qualificatif de longue laisse
à propos de poèmes
déroulés sur la page
me reviennent en mémoire
les flux incontrôlés
vers après vers
pelure après pelure
mes boyaux dénudés
revenus en mémoire
l'espace de huit vers
la chose et son contraire
car que me dit le mot 
 coupé du dictionnaire
si ce n'est que j'écris
animal domestique
tous les mots en collier
si ce n'est que j'écris
comme un chien aboie
sa rage et sa colère
décuplées par le cuir
du silence des miens

samedi 27 août 2016


The Human condition, 1969 - Part 3 (c) Duane Michals

Parfois, tu portes ta chevelure rousse comme un casque
dans la rue, rien ne te touche
et les dagues coupantes qui fusent de leurs yeux
finissent métal mou dans le feu de ta bouche
plus le temps passe, moins cela marche
ta langue est inaudible, tes lèvres sont muettes
tu es seule, ils sont de plus en plus nombreux
quand tu arrives enfin à atteindre une porte
tu es totalement nue
crâne rasé

D’autres fois, tu poses un voile
sur tes branches de kératine pour avoir la paix
dans la rue, rien ne te touche
tu vaques, vagues, tes pensées secrètes confinées
mais plus le temps passe, moins cela marche
car il y a toujours d’un côté ou de l’autre
une accumulation oppressante de soies
des mots acérés comme des épées

Tu es seule, ils sont de plus en plus nombreux
les uns découpent ce que les autres cousent
que pourrais-tu dire les mâchoires couturées
l’un parle pour toi
l’autre sait à ta place
tu te tais


publication initiale sur Les Cosaques des Frontières

dimanche 14 août 2016

samedi 6 août 2016

Sur la table, fragment - lecture par Brigitte Celerier

 
Lecture d'extraits de Sur la table, éditions QazaQ, par Brigitte Celerier - je l'en remercie.

La Fusillade sur une plage d'Allemagne de Simon Diard (extrait)



"A SPLENDID TIME
PREMIÈRE PRISE : WERNER
1 – Le film de leur premier été à Cuxhaven.
Le visage d’Inge prend bien la lumière, pense Werner. Les garçons aussi : ils se pourchassent, un peu plus bas sur la plage, tout petits, serrés dans leurs maillots de bain, ils sont photogéniques, tu ne trouves pas, alors que le plus petit des enfants est pourchassé hors de l’eau, un peu plus haut sur le sable, Werner filme la séquence avec le camescope, on dirait que la lumière du soleil les rend plus scintillants et vifs.
2 – A splendid time is guaranteed for all.
1 – Werner filme la séquence puis revient sur Inge allongée sur sa serviette de plage. Les seins nus, une jambe repliée. Un bimoteur amorce une traversée du ciel. Les lunettes noires lui font des yeux indiscernables, se dit Werner. C’est si beau, non, de garder une marque. Une trace indélébile.
2 – Une série de photogrammes de Jon et Eckbert dans leur canot pneumatique.
1 – Une séquence où Eckbert et Jon se pourchassent sur le sable.
2 – Le corps d’Inge qui prend la lumière.
1 – Le ciel INTERNATIONAL KLEIN BLUE.
2 – Photogénique.
1 – La mer étale.
2 – Photosensible.
1 – La plage pleine de corps.
2 – Plus désirable encore en plan rapproché.
1 – A splendid time is guaranteed for all, pense Werner. Cette seconde est parfaite. Où que l’on regarde, tu ne trouves pas, imperfectible. C’est le calme absolu sur la mer étale comme au ciel. Des adolescents en bonne santé jouent au beach volley ou à la balle au prisonnier les cheveux dans les yeux. Tous en bermuda hawaïen. Les plus jeunes sont en slip de bain comme Jon et Eckbert et ils se jettent du sable ou creusent des fosses ou s’enterrent et pour une fois, pour une fois…
2 – Tout le monde a l’air heureux.
1 – Le bimoteur sort du cadre. C’est si beau, non, de garder une trace de tout ça. Les plus jeunes font des batailles d’eau ou de sable et les cerfs-volants virevoltent assez haut dans les airs ou descendent en piqué pour frôler les dunes. Les corps prennent la lumière en toute quiétude. Loin des violences. Loin des drames. Certaines femmes ont les seins nus et pour une fois…
2 – La beauté d’Inge est imperfectible.
1 – Werner revient sur elle allongée sur la serviette de plage. Les jambes croisées, une main sur le front. On dirait que ses yeux indiscernables fixent un point hors du monde. Une femme momentanément sans regard, se dit Werner.
2 – Au calme.
1 – Plan fixe.
2 – Retirée en elle-même.
1 – Plongée.
2 – Réconciliée.
1 – Contre-plongée.
2 – Les yeux coupés du monde.
1 – Caméra subjective.
2 – Sans défenses.
1 – D’une beauté provisoirement imperfectible.
2 – Indélébile.
1 – Cible des mouvements de caméra imaginaires de Werner.
2 – Inge en plan rapproché.
1 – En contre-plongée.
2 – En plongée.
1 – En plan fixe.
2 – Cette putain de seconde est parfaite.
1 – Tout comme la précédente, se dit Werner.
2 – Et celle qui va suivre.
3 – Sauf que.
A splendid time is not guaranteed for all.
2 – Ah.
Pause.
3 – Tout allait bien.
2 – Et ?
Pause.
3 – Tout allait bien.
Eckbert regardait Jon plonger et revenir en crawl. Comme une séquence vidéo montée en boucle. Jon se hisse ruisselant d’eau de mer dans le bateau gonflable et repique une tête. Jon se hisse ruisselant d’eau de mer et repique une tête. Ensuite, Eckbert panique. Jon ne revient pas. Eckbert regarde dans l’eau. Il voudrait alerter Inge qui prend un vrai bain de lumière assez haut sur le sable sec. Mais il est pétrifié, Eckbert. Il réfléchit. C’est comme une lumière trop vive qui le paralyse.
1 – Eckbert a sept ans et Jon en a onze.
3 – Il voudrait improviser un signal de détresse. Sauver Jon. D’où est-ce qu’elle sort, pense Eckbert, si vive ? Sauver Jon, c’est ce qu’il aimerait le plus au monde. Alerter Inge. Alerter Werner. Alerter n’importe qui sur la plage. Allumer la mèche et faire de son corps une fusée de détresse sifflante dans l’air.
1 – Mais il y a cette lumière trop vive pour lui.
3 – Comme une fusée aveuglante.
1 – Qui le prend avec elle dans sa fixité.
3 – Rassurante.
1 – Le tranquillise.
3 – Parce que la lumière cache une terreur si vive. La terreur que Jon ne reparaisse jamais. Il ne sait plus ce qu’il voudrait le plus au monde, Eckbert. Il réfléchit. Il réfléchit à ce qui se trouve sous la lumière.
1 – Non.
3 – Ne fais pas ça, Eckbert. Tu n’aimerais pas que les choses s’aggravent. Tu veux que tout aille bien, n’est-ce pas ? Il ne faut pas, Eckbert, p’tit bonhomme. Ne regarde pas sous la lumière.
1 – Voir leur terreur tue les petits garçons sur le coup, Eckbert.
3 – Reste à la surface, Eckbert, p’tit bonhomme.
Ne va pas voir sous la lumière.
Pause.
2 – Sauf que.
Noir."
 

En savoir plus sur Simon Diard sur Remue.net

vendredi 5 août 2016

un jour, tu ouvriras la bouche
quelqu'un t'arrachera la langue
quelqu'une peut-être, te la recoudra
il ou elle
s'appliquera à coups d'aiguille
à tout remettre en vrac
tu peux serrer les lèvres fort
un jour ou l'autre tu finiras
par ouvrir bouche, par perdre langue
ton muscle se tortillera vainement dans la main
de lui ou d'elle
visage fermé, lippe froncée
sa main ne tremblera pas
t'écrira à l'envers
ton histoire au palais
de mots épais
de phrases cimetières
tu ne saisiras rien les lèvres écartelées
puis bouche ouverte, bouche fermée
il ou elle
te baisera profond
et la bouche et le nez

respire      respire
retrouve souffle

respire      respire
le souffle court

obstinément
langue niée